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« Il ne faut pas s’autocensurer » : découvrez ce que ces femmes ont appris en travaillant dans un milieu masculin
Bâtiment, transport, industrie : cinq professionnelles racontent ce que leur a appris un environnement de travail majoritairement masculin.
Vous hésitez à postuler dans un secteur où les femmes se comptent sur les doigts d’une main ? Peur de ne pas trouver votre place, de devoir sans cesse faire vos preuves, ou simplement de vous sentir seule au milieu d’une équipe d’hommes. Ces doutes sont légitimes, et beaucoup de candidates les partagent.
Pour y voir plus clair, nous avons posé la question à cinq femmes qui exercent dans le bâtiment, le transport et l’industrie. Leur expérience dessine un portrait nuancé, loin des clichés comme de l’angélisme.
Un milieu franc, où l’on va droit au but
Première surprise pour qui imagine un univers hostile : c’est souvent l’état d’esprit du terrain qui séduit en premier. « Ce que j’aime dans le bâtiment, c’est sa mentalité. Le milieu est franc, authentique, on y va droit au but », explique Laurie Lemoine, cheffe de marché électricien et plombier grands comptes chez Hilti.
Une franchise d’autant plus précieuse que les femmes y restent minoritaires. Selon la Fédération française du bâtiment, leur part dans la profession est passée de 8,6 % en 2000 à 13,6 % en 2025. Une progression lente, mais continue.
L’autonomie comme meilleure réponse aux remarques
Tout n’est pas rose pour autant, et il faut parfois composer avec des collègues moins accueillants. Anaïs, conductrice en formation chez ITM LAI (Groupement des Mousquetaires), en a fait l’expérience par le passé. « J’ai travaillé dans deux milieux majoritairement masculins, la mécanique automobile puis le transport. Ce que j’en retiens, c’est l’importance d’être autonome : savoir faire son travail seule, sans trop demander de coups de main, c’est aussi une façon d’éviter les petites réflexions », raconte la future conductrice.
Son constat fait écho aux chiffres de la branche. D’après le dernier rapport de l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans les transports et la logistique, les femmes représentent 20,4 % des effectifs de la branche, mais seulement 11 % dans les métiers de la conduite. Être l’une des rares femmes au volant demande donc une solide confiance en ses compétences. Anaïs se garde toutefois de noircir le tableau. « Toutes les mentalités ne sont pas ouvertes, mais on n’est pas à l’abri de belles rencontres ! », nuance-t-elle.
Rester humble et prouver par les actes plutôt que par les mots
Cléo Bayart, ingénieure en excellence opérationnelle chez SGD Pharma, quant à elle, a choisi de prouver par les actes plutôt que par les mots. Arrivée comme cadre sur un chantier de reconstruction de four, elle a misé sur l’écoute des équipes plutôt que sur son statut. « Sur notre poste, tout repose sur le savoir-être. Et l’humilité est le point le plus important. Arriver avec ses gros sabots ne mène nulle part, ce n’est pas nous qui détenons le savoir, ce sont les équipes », rappelle-t-elle.
L’autorité ne passe pas par la dureté
Cette primauté de l’écoute, Marta Santos, cheffe de chantier principale chez Baudin Chateauneuf, la partage. Elle a pourtant longtemps cru que l’encadrement exigeait un tout autre tempérament. « Lorsque j’étais assistante administrative, et même préparatrice, je m’imaginais qu’il fallait être une dure à cuire pour encadrer des équipes. Je ne me voyais pas tellement dans ce registre-là », confie-t-elle.
Son passage à l’encadrement de chantier a balayé cette image d’Épinal. « Aujourd’hui, je me rends compte qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un caractère dur pour encadrer une équipe. L’écoute est essentielle, mais elle doit s’accompagner de rigueur, d’organisation et de la capacité à poser un cadre », précise-t-elle.
Ce message rassurera celles qui redoutent de devoir se forger une carapace pour s’imposer. « Il est possible de rester soi-même. Je suis curieuse, j’apprends de tout le monde, mais je n’ai pas eu à devenir quelqu’un d’autre ni à changer de personnalité pour y arriver », poursuit Marta.
Ne pas se fixer de limites
Avant même de franchir la porte d’une entreprise, le premier frein se trouve souvent dans la tête des candidates. C’est le message que porte Laura Bonamy, chargée de méthode chez Normandise Pet Food. « Il ne faut pas s’autocensurer ni se fixer de limites. Il y a plein de métiers méconnus, techniques ou industriels, sur lesquels on peut vite avoir des a priori », souligne-t-elle.
Il faut dire que cette autocensure est bien identifiée. Dans une étude consacrée à l’Île-de-France, l’Observatoire des métiers du BTP observe que, dès l’orientation, les femmes sont peu enclines à intégrer des environnements marqués par les hommes, faute de modèles féminins auxquels s’identifier. Dans l’industrie, la part des femmes stagne sous la barre des 30 % depuis une dizaine d’années, quand France Industrie vise 40 % à l’horizon 2040. Et pour cause : ces métiers restent mal connus, alors qu’ils mobilisent bien d’autres qualités que la force physique. « C’est dommage car les métiers de l’industrie font appel à des compétences très diverses. Pour y accéder, il suffit d’être curieuse et de saisir les opportunités quand elles se présentent ! », ajoute Laura.
Des regards neufs pour des secteurs en mouvement
Reste que ces filières n’ont pas seulement besoin de bras, elles ont aussi besoin d’idées. Productivité, sécurité, transition environnementale, les chantiers à mener sont nombreux et appellent des profils capables de bousculer les habitudes. « Le bâtiment est un secteur clé, qui relève chaque jour des défis liés à la productivité, à la sécurité et à l’environnement. Il a besoin d’innovation et de regards neufs », insiste Laurie Lemoine.
Une conviction qui relègue la question du genre au second plan, au profit de l’envie de construire. « Qu’on le voie comme un secteur masculin ou féminin, au fond, peu importe. Il y a encore beaucoup à faire, et c’est ça qui me plaît avant tout ! », conclut-elle.
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