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Cléo, 29 ans, ingénieure chez SGD Pharma : « Je considère la production comme un espace de jeu »
Elle a troqué la paillasse de laboratoire contre les ateliers de production verriers, et s’épanouit dans ce poste transverse.
Adolescente, Cléo Bayart se voyait « travailler en laboratoire et faire du parfum ». À 29 ans, c'est pourtant entre les fours et le verre en fusion de l'usine SGD Pharma de Saint-Quentin-Lamotte qu'elle a trouvé sa place. Ingénieure en excellence opérationnelle sur ce site de la Somme, au cœur de la Glass Vallée (« depuis l'usine, on voit la mer », glisse-t-elle), elle pilote des projets d'amélioration continue dans un univers encore largement masculin. Témoignage.
Du laboratoire aux usines, sans quitter l’industrie pharmaceutique
Le premier contact de Cléo avec l'industrie verrière remonte à son DUT chimie, préparé en alternance dans une usine du nord de la France. Deux ans au laboratoire suffisent à la convaincre de changer de cap : « Ce n'était pas un service dans lequel je me voyais m'épanouir. J'étais de plus en plus attirée par les services opérations. »
La jeune femme poursuit avec un diplôme d'ingénieur en génie industriel, toujours en alternance, et bifurque vers l'industrie pharmaceutique. Elle passe trois ans chez un fabricant de médicaments, et y fait ses armes en gestion de projet. « C'était beaucoup plus transverse, on travaillait au cœur des opérations et on voyait un produit se transformer. C'est ce que j'apprécie le plus », raconte-t-elle.
Elle poursuit ensuite avec une expérience de consultante auprès d'un laboratoire spécialisé dans les vaccins, où elle mesure les limites du secteur. « En amélioration continue, notre rôle est de trouver des solutions. Or, en pharma, les exigences réglementaires nous brident beaucoup. J'avais le sentiment de passer plus de temps à remplir des papiers qu'à exercer mon métier », admet-elle.
En 2023, elle rejoint SGD Pharma et renoue avec le verre. Cette fois, côté production. Un monde qu'elle considère comme « un espace de jeu » : « En laboratoire, je me suis dit que j'allais vite m'embêter. Ici, c'est grand, j’ai trouvé ma place. »
« Notre valeur ajoutée se trouve sur le terrain »
Chez SGD Pharma, Cléo porte deux casquettes : le déploiement des méthodes et outils d'amélioration continue, et le pilotage de projets. « Le premier volet revient à installer des équipements industriels ou de résoudre des problèmes. Mais une grande part de mon travail consiste aussi à accompagner les équipes dans le changement, car modifier des méthodes de travail n'est jamais simple », explique-t-elle. Ses missions sont régies par une exigence, la sécurité : « Nous évoluons dans un environnement industriel où les risques sont nombreux. Quoi que l'on fasse, la sécurité reste notre priorité. »
Sa journée type ? « Je n'en ai pas vraiment », admet-elle d'abord, avant de nuancer : « Je m'impose tout de même des routines, sans quoi je perds en efficacité. Je commence par un tour en production, pour savoir comment organiser ma journée. » Vient ensuite le rapport de service quotidien, pour faire remonter les points bloquants. Le reste de sa journée est rythmée par ses projets de fonds, comme la réduction des rebuts, pour lesquels elle met en place de nombreux essais.
Les réunions, elle les limite au strict nécessaire. « Notre valeur ajoutée se trouve sur le terrain, au contact des équipes. C'est pour le terrain que je travaille. » Le soir, elle prépare déjà le lendemain : « Comme ça, j'arrive à tout mener de front, même en cas d'imprévu. Du moins, j'essaie ! »
Ce qui lui plaît le plus ? Le côté transverse et la diversité des interlocuteurs : « Au niveau des opérations, on ne travaille pas qu'avec la production. On échange aussi avec la maintenance, les contrôleurs de gestion, les achats. Et ça, c'est chouette. » Sans oublier la variété des projets : « Je gagne en expertise d’année en année, et je n'ai pas le temps de m'ennuyer. »
Des fours à reconstruire tous les deux ans et demi
Parmi les projets qui ont marqué Cléo, la reconstruction des fours tient une place à part. « Le verre borosilicate est corrosif, et chauffé très fort, ce qui use beaucoup les fours. Tous les deux ans et demi, nous devons donc les refaire. C'était un vrai défi, et l'une de mes premières missions à mon arrivée », se souvient-elle. Elle remplaçait alors la cheffe de projet.
Le chantier mobilise une foule d'intervenants internes et externes. « Nous gérons ce qu'on appelle la coactivité. Rien qu'en macro-tâches, le planning en compte déjà 300, il faut réussir à caler tout le monde. » Pendant l'arrêt, une partie des équipes de production en 5x8 passe sous sa responsabilité pour des travaux de maintenance, après une courte formation. « Ils interviennent dans des zones où ils n'ont pas l'habitude d'aller, comme les caves. » Cléo doit les guider.
Autre projet emblématique dont elle est très fière : l'installation d'un robot de graissage des moules, une tâche jusque-là effectuée manuellement. « Ce sont des machines très rapides, aux mouvements pneumatiques. Le robot réduit les risques de pincement pour les personnes qui les conduisent », détaille l'ingénieure. Le gain se mesure aussi en qualité : « Avec le graissage manuel, nous pilotons la dose au plus juste. » En pilotant ce projet de A à Z, Cléo a renforcé la sécurité de l’installation tout en optimisant sa performance.
L'humilité, avant tout
Cléo considère qu’un solide bagage technique, et une bonne capacité à gérer des projets, sont des prérequis indispensables pour exercer son métier. D’après elle, il faut aussi maîtriser le vocabulaire de l'usine, comme le TRS (taux de rendement synthétique), qui mesure la performance des lignes.
Si les compétences techniques sont incontournables, l’essentiel se joue ailleurs : « Sur notre poste, tout repose sur le savoir-être. Et l'humilité, est le point le plus important. Arriver avec ses gros sabots ne mène nulle part, ce n'est pas nous qui détenons le savoir, ce sont les équipes. » Dans l’ensemble de ses actions, Cléo fait toujours en sorte de sonder les opérationnels pour « ne jamais prendre des décisions hors sol ».
Un secteur qui se féminise
Dans les ateliers de Saint-Quentin-Lamotte, la mixité gagne du terrain : deux femmes travaillent désormais en 5x8 au sein du service opérations. « Ça commence », constate Cléo.
Les idées reçues sur la place des femmes dans les métiers techniques, l'ingénieure préfère y répondre sur le terrain. Arrivée comme cadre sur un chantier de reconstruction de four, elle s'est imposée par ses actes.
« Il faut croire en soi et se faire des alliés »
Et SGD Pharma ? « Notre savoir-faire est impressionnant, les possibilités d'évolution sont réelles, et l'entreprise innove, sans craindre le changement. » Elle-même se verrait, à terme, se rapprocher des opérations. Pour autant, elle ne veut pas brûler les étapes : « Je reste humble, j'ai encore beaucoup à apprendre », conclut-elle.
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