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Sasha Lanièce, skippeuse de la Route du Rhum : « La compétence qui me sert tous les jours en mer, c’est la résilience »
À quelques jours du départ de la course, la fondatrice de l’écurie féminine Les Déferlantes raconte l’envers de son métier.
Dimanche 1er novembre, Sasha Lanièce s’élancera de Saint-Malo, seule à bord d’Alderan, son Class40, direction Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Ingénieure de formation et docteure en physique et en biologie, elle a troqué la paillasse contre le pont d’un voilier. Son métier, elle le résume en une phrase : « Je fais de la compétition au large sur des bateaux pendant plusieurs jours, voire semaines. » Derrière ces traversées se cachent pourtant une entreprise à faire tourner, une écurie à porter et quelques nuits courtes. Rencontre.
Scientifique et navigatrice
La navigation n’était pas la vocation première de Sasha Lanièce. « J’ai toujours aimé les sciences », raconte-t-elle. La voile, elle, s’est installée plus discrètement : « J’avais une passion pour la voile, très modeste, qui a grandi au fil des années. »
Le déclic survient lorsqu’elle réalise qu’une profession peut réunir ses deux univers. « Quand j’ai découvert qu’on pouvait faire ce métier de navigatrice, de pratiquer la course au large, être sur l’eau tout le temps et en même temps avoir un aspect technique et R&D, je me suis dit que c’était fait pour moi. »
bon à savoir
En sciences, comme sur la mer, il faut s'adapter
De ses années de thèse, la navigatrice n’a pas tout emporté à bord. « La compétence qui ne me sert à rien, c’est d’avoir appris à fabriquer des poumons humains. Ça, je ne le fais pas tous les jours sur mon bateau », sourit-elle.
Un autre acquis, en revanche, ne la quitte jamais. « La compétence qui me sert tous les jours, c’est la résilience. » Et pour cause : « En thèse et en recherche, tu fais des choses qui ne marchent pas, donc tu passes beaucoup de temps dans l’inconnu à trouver ton chemin. C’est un peu la même chose quand tu es en mer, que la météo n’est pas celle qui était prévue et que tu dois savoir où aller. »
Sur l’eau, Sasha Lanièce est skippeuse. À terre, elle est cheffe d’entreprise. Une casquette qui lui demande « pas mal de temps à faire de la comptabilité, de la trésorerie ». Et surtout « beaucoup de choses qu’on n’imagine pas » : « écrire les contrats avec les sponsors, les négocier. Et puis bricoler sur le bateau », énumère-t-elle.
La liste s’étire jusqu’au moindre détail, comme « commander un autocollant pour le sponsor pour le mettre sur le mât ». Résultat : « Il y a 1 001 choses à faire », reconnaît-elle.
Une écurie 100 % féminine
En septembre 2024, elle fonde Les Déferlantes Sailing Team. L’objectif : « être la première écurie féminine de course au large ». Le constat de départ est simple : « Il y a plein de sponsors, il y a plein de bateaux, mais il n’y a jamais cette idée de sponsoriser uniquement des femmes. »
L’écurie compte aujourd’hui un Mini et un Class40, et voit déjà plus loin : « Peut-être qu’un jour on aura 3, 4, 5, 20 bateaux. » La règle, elle, ne bouge pas. « On ne fait naviguer que des femmes en course, et le but est d’inspirer d’autres jeunes femmes à elles aussi se lancer dans des projets qui leur semblent parfois inaccessibles. »
« C'est à moi d'inspirer mon équipe, de les tirer vers le haut »
Naviguer en solitaire ne veut pas dire travailler seule. « Il y a quand même quelques courses en équipage, et puis on est une équipe avant de partir », rappelle Sasha Lanièce. La mer lui a d’abord appris à faire confiance, notamment à Pierrot, le boat captain qui s’occupe du bateau : « Je mets ma vie entre ses mains à chaque fois que je pars. S’il a mal vérifié quelque chose, c’est moi qui en paierai les conséquences. »
Elle en a aussi tiré une leçon de management. « Quand tu mènes un projet solo, quand tu montes ta boîte, il faut inspirer les gens qui travaillent pour le projet. Et ce n’est pas leur projet, donc ils n’ont pas la même passion que toi, c’est normal. » D’où cette conviction : « C’est à moi de les inspirer et de les tirer vers le haut. »
« Ce qui me fait le plus peur au large, c’est le mal de mer »
À quelques jours du départ, les nuits raccourcissent. « Je me réveille très tôt en ce moment. Il y a quelque chose qui m’empêche de dormir, mais je ne sais pas ce que c’est », confie-t-elle.
Sa plus grande crainte, elle, est bien identifiée : « Ce qui me fait le plus peur en mer, c’est le mal de mer, parce que ça te met vraiment KO, tu ne passes pas un bon moment. » La navigatrice le reconnaît : « Je suis assez malade. Mais je prends des médicaments et cette fois, je ne sais pas pourquoi, j’ai décidé que je ne serais pas malade. »
Son rituel la veille du départ ? Manger un dernier bout de fromage
Pour tenir, Sasha Lanièce a sa devise, empruntée au Seigneur des anneaux. « C’est cette idée que quand tu te bats contre quelque chose en course, tu le fais en réalité contre toi-même, contre tes limites. Et si tu ne lâches rien et que tu recommences tous les jours, tu feras une belle course. »
Pour autant, la veille du départ elle garde tout son petit rituel. « Je mange du fromage pour la dernière fois, tant qu’il n’a pas encore chauffé dans le bateau. Je regarde une petite série pour me détendre, et je m’endors dans les bras de mon mari en essayant d’être le plus calme possible. » Dimanche, cap sur la Guadeloupe.
L'intégralité de l'interview à retrouver ce lundi en vidéo !
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