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Entretien annuel : 5 phrases à éviter si vous visez une augmentation 

Par Laura Lamassourre • Publié le

Même si le fond est juste, la forme peut vous être préjudiciable. 

Entretien annuel : 5 phrases à éviter si vous visez une augmentation 
Selon une enquête récente de WTW, seules 17 % des entreprises implantées en France ont eu recours en 2026 à des augmentations générales liées à l’inflation. © YesPhotographers@stock.adobe.com

La saison des entretiens annuels s’ouvre dans beaucoup d’entreprises au moment où les directions arrêtent leurs budgets de rémunération pour 2027, et ces enveloppes n’ont rien de généreux. Les enquêtes publiées cet été les situent entre 2,3 % et 3 % de la masse salariale, avec une médiane de 3 % selon WTW*, de 2,5 % selon Mercer et une moyenne de 2,3 % dans les grandes entreprises interrogées par Alixio.

Ces sommes ne seront surtout plus réparties de manière uniforme. Seules 17 % des entreprises implantées en France ont eu recours en 2026 à des augmentations générales liées à l’inflation, contre 61 % un an plus tôt d’après l’édition de juillet de l’enquête de WTW, si bien que l’essentiel des hausses se décide au cas par cas, souvent lors d’un tête-à-tête avec son manager. Votre augmentation dépend ainsi en partie de la façon dont vous la demandez, et certaines phrases jouent contre vous, aussi sincères et répandues soient-elles.

bon à savoir

L’entretien annuel d’évaluation n’est imposé par aucune loi, contrairement à l’entretien de parcours professionnel, qui a remplacé l’entretien professionnel avec la loi du 24 octobre 2025. Organisé dans l’année qui suit l’embauche puis tous les quatre ans, ce dernier porte sur vos perspectives d’évolution et ne doit pas servir à évaluer votre travail. Rien ne vous empêche, par ailleurs, de solliciter un rendez-vous consacré à votre rémunération en dehors du calendrier fixé par votre entreprise.

1. « Ça fait trois ans que je n’ai pas été augmenté »

Trois ans sans augmentation, alors que les prix ont continué de monter, c’est une perte de pouvoir d’achat bien réelle, et vous êtes loin d’être seul(e) dans ce cas. Près d’un cadre sur deux n’a d’ailleurs pas été augmenté en 2025, selon le baromètre de l’Apec. Le sentiment d’injustice n’a rien d’illégitime, mais formulée ainsi, la demande présente une attente là où votre responsable cherche une contribution. Or les augmentations individuelles se fondent d’abord sur la performance, un critère que 97 % des entreprises interrogées par WTW prennent en compte, loin devant les autres. Votre manager, qui devra ensuite défendre votre dossier face à d’autres demandes, a besoin d’éléments qu’il puisse reprendre à son compte devant sa hiérarchie. Mieux vaut partir de ce qui a changé depuis votre dernière revalorisation, qu’il s’agisse des missions qui se sont ajoutées, des responsabilités que vous avez prises ou des résultats que vous pouvez chiffrer, et laisser la durée de votre gel salarial en toile de fond.

2. « Mon collègue gagne plus que moi »

Découvrir qu’un collègue au poste équivalent gagne davantage a de quoi blesser, d’autant que l’écart ressemble vite à un manque de reconnaissance de votre travail. Le mettre sur la table en entretien revient toutefois à inviter un absent dans la discussion et à demander à votre interlocuteur de justifier une rémunération qui n’est pas la vôtre, ce qu’il refusera de faire. L’échange bascule alors sur la défensive, et votre demande disparaît derrière la polémique. La question de l’égalité n’en est pas moins fondée, en particulier quand un écart semble lié au sexe, mais elle gagne à être posée autrement, à partir de repères qui ne mettent personne en cause. Si votre entreprise relève d’une convention collective, celle-ci classe les emplois par niveaux ou par coefficients, à chacun desquels correspond un salaire minimum, et beaucoup d’employeurs disposent en outre de leur propre grille, avec des fourchettes par poste.

Vérifier où vous vous situez, voire demander aux ressources humaines quelle classification vous est appliquée, permet de discuter de votre positionnement et non de la paie d’un collègue. Si vous soupçonnez une discrimination, vous n’avez pas à mener ce combat seul(e). Les représentants du personnel restent les premiers interlocuteurs à solliciter, et le Défenseur des droits peut aussi être saisi gratuitement.

bon à savoir

Le projet de loi qui transpose la directive européenne sur la transparence des rémunérations a été présenté en Conseil des ministres le 10 septembre 2026. Il prévoit que chaque salarié puisse situer sa rémunération par rapport au niveau moyen de sa catégorie d’emploi, sans pour autant accéder aux salaires individuels de ses collègues, et interdit les clauses qui empêchent d’évoquer son salaire avec eux. Une fois la loi publiée, l’interdiction de ces clauses s’appliquerait immédiatement, tandis que le droit de situer sa rémunération pourrait attendre jusqu’à un an de plus.

3. « Avec l’inflation et mon loyer, j’en ai vraiment besoin »

Vous avez de vraies contraintes financières et il est normal de vouloir que votre salaire suive quand le loyer grimpe et que les courses coûtent plus cher. En 2026, le budget médian consacré aux augmentations du salaire de base s’est limité à 2 % selon Mercer, alors que les prix devraient progresser de 2,3 % sur l’année d’après les projections publiées en septembre par la Banque de France, de quoi rogner le niveau de vie de nombreux salariés.

Le problème tient donc moins à votre demande elle-même qu’à la façon dont elle sera reçue, dans la mesure où votre manager, même compréhensif, ne pourra pas plaider votre situation personnelle devant sa hiérarchie, qui raisonne en valeur du poste et en performance. Pendant les années de flambée des prix, l’inflation justifiait des augmentations générales accordées à tous. La plupart des entreprises y ont depuis renoncé pour réserver leurs budgets au mérite, et invoquer la hausse des prix pour obtenir votre propre augmentation convainc rarement. Cet argument perdra sans doute encore du poids en 2027, année où l’inflation devrait retomber à 1,9 % selon ces mêmes projections. Votre meilleur levier se trouve du côté du marché, c’est-à-dire de ce que touchent les personnes qui occupent un poste comparable au vôtre, dans votre secteur et dans votre région.

4. « Je vous laisse proposer un montant »

Par modestie ou par crainte de paraître gourmand, beaucoup de salariés arrivent sans chiffre, laissant de fait à l’autre le soin de fixer le plafond de la négociation. L’habitude est ancrée puisque 38 % des candidats interrogés par Hellowork ne se renseignent pas sur les niveaux de salaire avant de postuler ou de négocier, une proportion qui atteint 43,9 % dans la génération Z. Les repères ne manquent pas, à commencer par les offres d’emploi, où les trois quarts des recruteurs interrogés dans la même enquête disent désormais afficher systématiquement le salaire, sans compter les études de rémunération par métier. Arriver avec une fourchette argumentée, dont le haut correspond à ce que vous jugez défendable, donne à l’échange un point de départ qui vous appartient.

5. « Si je ne suis pas augmenté, je pars »

Quand on se sent dans une impasse, la tentation de poser un ultimatum se comprend, et l’envie de partir n’a rien de honteux. Lancée en plein entretien, la menace referme cependant la conversation au lieu de l’ouvrir, et elle vous engage, car un employeur qui ne peut ou ne veut pas céder risque de vous prendre au mot. Brandie sans offre concrète, elle fragilise votre position bien au-delà de l’entretien. Bouger reste pourtant le moyen le plus sûr d’obtenir une augmentation, comme le montre le même baromètre de l’Apec, selon lequel 64 % des cadres qui ont changé d’entreprise et 70 % de ceux qui ont changé de poste en interne ont été augmentés, contre 49 % de ceux qui n’ont pas évolué. Plutôt que de menacer, parlez d’évolution et demandez quelles perspectives s’offrent à vous, ce qui laisse à votre entreprise la possibilité de vous retenir sans perdre la face.

Et si la réponse est non ? Le refus est difficile à encaisser, surtout après avoir pris sur vous pour oser la demande, mais il n’a pas à clore le sujet, à condition de repartir avec des éléments concrets, comme les critères qui conditionnent une augmentation, les objectifs à atteindre et une date pour en reparler. Dans de nombreuses entreprises, les enveloppes sont fixées avant même les entretiens annuels, de sorte que ce rendez-vous pris dès maintenant pour l’an prochain peut peser plus lourd que la négociation du jour. Et si rien ne bouge d’ici là, aller voir ailleurs deviendra un choix assumé, et non plus une menace.

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