Ces croyances et injonctions vous empêchent de changer votre carrière (et comment s’en affranchir)
Une experte en accompagnement professionnel vous donne ses conseils.
« Et si j’étais mieux ailleurs ? Mieux payée, plus valorisée ou mieux managée ? » Ces questions, vous vous les êtes sans doute déjà posées, ne serait-ce qu’une fois. Elles reviennent même peut-être régulièrement dans votre tête. Seulement, voilà, vous vous empêchez vite de trop y songer : parce que ce n’est pas le bon moment, parce qu’on ne quitte pas un CDI dans votre secteur, parce que vous devriez finalement être satisfaite de ce que vous avez.
Parce qu’elle avait ces mêmes raisonnements, Sophie Gourion, conférencière, formatrice et ancienne consultante en gestion de carrières, a écrit un livre pour toutes les femmes qui se posent la question d’un changement professionnel, que ce soit dans son poste actuel, dans une autre entreprise ou dans un autre métier. Dans cet ouvrage, Cap sur vous aux éditions Alisio, elle donne plein de conseils et quelques exercices pour se recentrer sur soi, en se demandant juste : « Qu’est-ce que je veux vraiment ? »
À qui s’adresse ce livre qui donne plein de conseils pour se recentrer sur soi et ses aspirations professionnelles ?
Sophie Gourion : Il s’adresse à toutes les femmes qui arrivent à un moment de réflexion dans leurs carrières. On pourrait d’ailleurs penser que cela concerne plus les femmes entre 35 et 40 ans, mais je me suis rendu compte quand j’étais consultante en gestion de carrière que j’avais face à moi également des femmes plus jeunes, entre 25 et 30 ans, qui trouvaient qu’elles avaient fait un mauvais choix de parcours professionnel et d’études.
De toute façon, je crois que la question du changement de carrière devient sociétale, puisque le rapport au travail change surtout pour les plus jeunes générations et qu’on envisage désormais de faire plusieurs métiers dans une vie professionnelle.
L’idée principale de ce livre, c’est vraiment d’inviter toutes ces femmes à prendre du temps pour elles et déconstruire toutes les injonctions qu’elles ont au quotidien, et qui font que parfois elles ont des trajectoires professionnelles plus subies que réellement choisies.
Et surtout, pour lire ce livre, il ne faut pas attendre de frôler le burn-out, vous pouvez très bien entamer une réflexion professionnelle si vous êtes bien dans votre poste, mais que vous avez envie de faire un point sur vos compétences ou vos envies d’évolution.
Ce livre est centré sur les carrières féminines. Les enjeux professionnels sont-ils encore différents selon le genre ?
Hélas, oui, même si évidemment certaines choses évoluent en matière d’égalité hommes-femmes. L’équilibre de vie reste déséquilibré, surtout pour les femmes quand elles ont des enfants à charge. La gestion des tâches parentales et domestiques qui incombent encore en majorité aux femmes affectent encore beaucoup les choix de carrière, ce qui peut freiner des envies de changement ou d’évolution.
Les femmes sont aussi souvent jugées plus sévèrement dans le monde du travail, surtout quand elles arrivent à des postes de management.
Il y aussi la notion de prise de risque qui est souvent moins forte chez les femmes car c’est culturel, et cela vient parfois de l’éducation.
Enfin, les femmes n’ont pas l’habitude de se prioriser et de prendre du temps pour réfléchir à leurs aspirations professionnelles, ou même juste, leurs rêves.
Il faut donc réapprendre à se prioriser, à prendre des risques et à s’écouter et surtout ne pas se contenter des discours qui disent simplement aux femmes « d’oser ».
Quelles sont les croyances limitantes qui nous empêchent parfois de nous épanouir professionnellement, et comment s’en affranchir ?
Les croyances limitantes, ce sont tout un tas d’idées reçues que l’on a intégrées, souvent sans s’en rendre compte, et que l’on prend pour des vérités absolues, souvent de manière inconsciente.
Par exemple, les femmes entendent plus souvent : « Ne sois pas trop exigeante », « Contente toi de ce que tu as », ce qui les enferment parfois dans des carrières subies où elles endossent des rôles de bonnes élèves attendant patiemment une reconnaissance ou une valorisation d’un manager.
Ces croyances peuvent venir de votre éducation, de discours prononcés par vos parents ou des proches, de remarques de professeurs pendant vos études ou même juste parfois de votre histoire personnelle.
Par exemple, moi, mes parents étaient commerçants et ils travaillaient beaucoup, ils me disaient : « Il faut que tu sois salariée, ce sera mieux pour toi. »
J’ai souvent entendu aussi des phrases chez des femmes, que j’accompagnais en bilan de compétences comme « Je ne suis pas créative, je ne sais pas dessiner », alors que la créativité peut passer par d’autres formes. Bref, parfois ce sont ces croyances limitantes qui nous font penser que nous ne sommes pas compétentes dans un domaine alors que c’est faux.
Le meilleur moyen de s’en affranchir c’est de vous poser la question : est-ce que d’autres personnes pensent différemment de ce que vous pensez ? Est-ce que tout le monde pense forcément ça ? Vous verrez ainsi qu’il peut exister d’autres points de vue.
Il existe aussi un autre frein dont vous parlez dans votre livre, c’est la quête vaine du bon moment… Pourquoi c’est paralysant et comment s’en défaire ?
Oui, la quête du bon moment fait partie des mécanismes d’autosabotage très fréquents, surtout chez les femmes. J’entendais souvent lors des bilans de compétences : « J’aimerais me lancer mais ce n’est pas encore le bon moment, ma cheffe va peut-être m’offrir une promotion, les enfants sont trop petits, il y a le crédit à rembourser… » Et moi-même j’ai eu aussi ce genre de raisonnement, car c’est vraiment difficile de se prioriser en tant que femme, on peut très vite avoir envie de se sacrifier pour le bien-être des autres, notamment de sa famille.
Or, j’ai appris qu’en fait ce bon moment n’existe pas, il cache juste une peur de l’inconnu et du changement. Mais parce qu’on va aussi voir le changement comme une énorme montagne à franchir d’un coup, alors que ce sera forcément progressif. Avant de sauter dans l’inconnu, il y a plein de petits pas à faire, c’est vraiment ce que je défends dans ce livre. Il faut d’abord se questionner et se sécuriser avant de se lancer.
Sophie Gourion, conférencière et autrice
Vous n’êtes pas obligés de faire le grand saut d’un coup, mais vous pouvez y aller progressivement en vous prenant du temps pour réfléchir sur vous-même. L’essentiel, c’est de se mettre en action, et cela passe parfois par des petites choses comme reprendre contact avec un ancien collègue pour commencer à activer son réseau, ou mettre une alerte sur de potentielles offres qui correspondraient à notre profil, réactualiser son CV. Essayez de valoriser la moindre de vos petites réussites, ce sont tous ces petits pas qui sont importants !
Et, surtout, évitez de ne pas mettre trop de poids dans cette idée de carrière. Le travail ne fait pas tout, et il ne peut pas tout combler. D’ailleurs, je suis convaincue que le travail n’est pas le lieu du bonheur, mais de l’épanouissement !
Vous insistez beaucoup dans votre livre sur le fait que la reconversion radicale n’est pas forcément la solution à privilégier…
Oui, c’est vraiment la thèse que je défends dans mon livre, il ne faut pas se précipiter pour tout changer d’un coup, car parfois ce n’est pas le métier qui pose problème mais le cadre dans lequel il est exercé. Parfois, il suffit de changer d’entreprise, de manager ou d’organisation horaire pour aimer à nouveau son métier. Il faut aussi se rappeler qu’une transition professionnelle prend du temps, donc ne culpabilisez surtout pas de ne pas changer rapidement.
Il y a beaucoup de récits positifs sur les reconversions radicales vers des métiers totalement différents mais le côté « tout plaquer pour élever des chèvres ou devenir boucher » est loin de recouper une majorité de situations donc il vaut mieux essayer déjà de bien réfléchir à ses envies profondes.
Le mieux, c’est de partir de sa situation actuelle. Si vous êtes en poste : essayez d’avoir une vision claire des points positifs et de ceux à améliorer…il y a peut-être des choses plus ou moins négociables, vous pouvez déjà essayer de changer certains aspects de votre travail sans en changer. Discutez avec un manager d’un projet qui vous tient à cœur, demandez un temps partiel pour avoir un meilleur équilibre de vie ou pouvoir lancer un autre projet. Il n’est pas forcément nécessaire de tout révolutionner pour trouver l’épanouissement !
Cap sur vous, stratégies féministes pour une carrière choisie par Sophie Gourion aux éditions Alisio
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