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Pourquoi les emplois occupés par des femmes sont près de trois fois plus menacés par l'IA
Selon une étude de l'Organisation internationale du travail, 9,6 % des emplois féminins sont fortement exposés à l'automatisation par l'IA générative, contre 3,5 % des emplois masculins.
L'intelligence artificielle ne bouleverse pas le marché du travail de manière neutre. Selon une étude de l'Organisation internationale du travail (OIT), menée avec l'institut polonais de recherche NASK sur l'analyse de près de 30 000 tâches professionnelles, les emplois occupés par des femmes sont nettement plus exposés à l'automatisation par l'IA générative que ceux occupés par des hommes.
Un risque près de trois fois plus élevé pour les femmes
Dans les pays à hauts revenus, dont la France, 9,6 % des emplois féminins présentent un fort potentiel d'automatisation par l'IA générative, contre seulement 3,5 % des emplois masculins, soit près de trois fois plus, selon les chiffres détaillés dans le rapport complet de l'OIT-NASK.
L'explication tient à la nature des métiers concernés. Les femmes sont surreprésentées dans les fonctions de bureau et de soutien administratif (secrétariat, saisie de données, gestion de dossiers, accueil, comptabilité) où une part croissante des tâches (rédaction de courriers, production de comptes rendus, traitement des demandes courantes) peut désormais être effectuée par des outils d'IA. À l'inverse, les hommes occupent davantage de postes dans le bâtiment et les métiers manuels, moins automatisables. L'OIT précise toutefois que la plupart de ces postes seront surtout transformés en profondeur plutôt que purement supprimés.
Absentes des métiers qui construisent l'IA
Le paradoxe est que si les femmes sont plus exposées aux bouleversements de l'IA, elles restent très minoritaires dans les métiers qui la développent. Selon les données du réseau Women for Ethical AI de l'Unesco, relayées dans un rapport d'information du Sénat consacré aux femmes et à l'IA, seulement 12 % des chercheurs en intelligence artificielle et 6 % des développeurs de logiciels professionnels dans le monde sont des femmes. Elles ne représentent que 20 % des employés occupant des fonctions techniques dans les entreprises d'apprentissage automatique.
Ce déséquilibre prend racine dès la formation. En France, toujours selon ce même rapport du Sénat, seulement 18 % des ingénieurs informatiques sont des femmes, et à peine 15 % des lycéens qui choisissent la spécialité « numérique et sciences informatiques » sont des filles. Un vivier de candidates qui se réduit avant même l'entrée sur le marché du travail.
Un effet de ciseaux à anticiper
Le risque identifié par l'OIT est donc celui d'un double mouvement : d'un côté, une partie des emplois occupés aujourd'hui par des femmes se trouve fragilisée par l'automatisation. De l'autre, les nouveaux métiers créés par l'essor de l'IA, mieux rémunérés, à plus fort pouvoir de décision, restent majoritairement occupés par des hommes. Sans politiques de formation et de reconversion ciblées, cet écart de départ pourrait se traduire par un creusement durable des inégalités professionnelles entre les sexes.
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