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« Au Cnam, on forme de très bons techniciens de l’IA, mais aussi des utilisateurs éclairés »
Former à la fois à l'excellence technique et à la pensée critique : Cécilia Lo Iacono, chargée de mission, détaille l'approche du Cnam face aux défis de l'intelligence artificielle.
Face à l'essor fulgurant de l'intelligence artificielle, le Conservatoire national des arts et métiers (le Cnam) mise sur une approche qui allie excellence technique et conscience éthique. Cécilia Lo Iacono, chargée de mission pour les nouvelles écoles thématiques, nous explique comment l'institution forme chaque année près de 17 000 personnes au numérique et à l'IA tout en les sensibilisant aux enjeux sociétaux.
Quelles questions l’intelligence artificielle soulève-t-elle pour un établissement comme le Cnam ?
Cécilia Lo Iacono : C'est un défi à la fois technologique et sociétal. L'intelligence artificielle ne peut plus être ignorée, et notre mission au Cnam est double : nous devons transmettre les connaissances techniques liées à l'IA, être à la pointe de l'innovation, tout en intervenant sur la signification de cette technologie pour la société. Il s'agit d'alerter sur les biais algorithmiques sans pour autant renoncer aux avancées qu'elle propose.
Le véritable enjeu, c'est de ne tomber ni dans l'extrême du tout technologique sans interroger l'éthique, ni dans une dénonciation qui nierait le fait que l'usage de ces technologies existe déjà et va continuer à se développer. Nous devons former des professionnels capables de porter un regard critique sur l'IA tout en exploitant son potentiel.
Quels sont, justement, ces biais algorithmiques que vous évoquez ?
L'IA n'a pas de conscience, elle n'est pas politisée. Elle va donc reproduire les points de vue qu'elle récolte, ceux qui pullulent partout, sans filtre ni frein. Cela peut donner lieu à des discriminations, à des perceptions qui peuvent aller jusqu'au racisme.
C'est pour cette raison que l'humain doit intervenir. Il faut d'abord être conscient qu'une technologie n'est jamais neutre et que l'éthique y a toute sa place. Ensuite, il faut agir concrètement pour avoir une IA la plus responsable possible, en étant conscient de ces biais et en travaillant à les surpasser.
Vous restez optimiste malgré ces risques ?
Nous avons conscience du fait que l'IA peut apporter des bienfaits technologiques indéniables, notamment sur des enjeux de santé, qui est aussi un pôle développé au Cnam.
Notre approche n'est pas de dompter cette technologie mais bien d’en faire un objet véritablement utile qui permette d'améliorer le quotidien du travail, en réduisant la charge sur certaines tâches répétitives pour laisser de la place à autre chose.
À qui s'adressent vos formations sur l’IA et, plus généralement, sur le numérique ?
Nous formons un public extrêmement diversifié, ce qui fait d'ailleurs la spécificité du Cnam. Chaque année, ce sont 16 à 17 000 auditeurs et auditrices qui suivent nos programmes, répartis sur plus de 350 enseignements et 160 diplômes.
En formation initiale ou en apprentissage, nous accueillons principalement des futurs ingénieurs sur les métiers du numérique : conception, développement, systèmes et réseaux, ainsi que les nouveaux métiers spécifiques au développement en intelligence artificielle.
Mais ce qui fait notre particularité, c'est la formation continue. Nous permettons aux actifs déjà en poste d'ajouter de nouvelles compétences : des comptables, des managers, des professionnels du tertiaire qui ont besoin d'ajouter ces briques numériques et IA. L'idée est de leur permettre d'accompagner l'évolution de leur métier pour ne pas la subir mais l'anticiper.
bon à savoir
Comment intégrez-vous concrètement la question de l’éthique dans vos programmes ?
Nous avons fait le choix d'aborder l'éthique de manière explicite. Toute personne qui obtiendra une licence en informatique aura accès à un module qui précise les conditions d'éthique, de RSE, de numérique responsable. La formation ne peut pas se borner à être purement technique.
Nous proposons notamment un enseignement intitulé « Intelligence artificielle, défis technologiques et enjeux sociétaux » qui permet de comprendre comment une IA est construite, de s'assurer que les jeux de données ont été acquis de manière responsable et juridiquement acceptable.
L'objectif est de former les professionnels à être vigilants en amont – en vérifiant que l'outil et les données sont éthiques – et en aval, dans l'usage qu'ils en feront. Ils doivent être capables d'expliciter ce qu'ils ont fait, de mentionner que l'IA a été impliquée, notamment pour le respect du droit d'auteur.
Comment cette culture éthique irrigue-t-elle l'ensemble de la formation ?
Le fait que le Cnam ne soit pas uniquement une école d'ingénieurs nous permet d'avoir une vision pluridisciplinaire, avec l'apport des sciences humaines et sociales. Les enseignants-chercheurs dialoguent entre eux, les laboratoires sont interdisciplinaires. Tout cela crée un environnement où professeurs comme auditeurs baignent dans une culture enrichie par des disciplines connexes.
Les enseignants-chercheurs eux-mêmes doivent être formés à ces enjeux pour les diffuser et les porter dans leurs propres pratiques de recherche.
Quel est selon vous le défi le plus urgent aujourd'hui ?
Le défi principal, c'est de prendre le temps d'interroger la manière dont l'IA est construite, d'interroger les biais qui existent. Il faut réussir à semer une petite graine chez les personnes qui suivent ces modules pour s'assurer qu'il y a un socle commun de compréhension de l'outil et des enjeux.
Il s'agit de freiner un peu l'enthousiasme « technocentré » pour prendre le temps de poser les bases, d'expliquer d'où vient cet outil. Nous voulons former non seulement de très bons techniciens de l'IA, mais aussi des utilisateurs éclairés.
Le risque est de reproduire ce qui s'est passé avec le numérique : certains ont été laissés sur le carreau. L'IA prend le même chemin. Si nous pouvons éviter une polarisation extrême entre ceux qui l'utilisent sans se poser de questions et ceux qui la subissent, nous aurons réussi notre mission.
L'IA menace-t-elle certains emplois ? Comment le Cnam se positionne-t-il sur cette question ?
Oui, on parle de pertes d'emplois, avec certaines professions lourdement pénalisées. C'est un enjeu indirect pour le Cnam, acteur majeur de la reconversion professionnelle.
Les ingénieurs que nous formons développeront des programmes avec de l'IA qui impacteront les personnes sur le terrain. C'est pour cela que ces enjeux éthiques sont hyper importants. C'est l'ensemble de la société active qui va devoir se former à ces questions.
En quoi le Cnam se différencie-t-il des autres écoles sur ces sujets ?
Notre différence tient à plusieurs éléments. D'abord, cette volonté d'avoir un regard pluridisciplinaire, spécifiquement porté vers l'éthique, plutôt que de se concentrer uniquement sur la technique pure.
Ensuite, le fait que nous soyons un service public de la formation continue dans un marché très concurrentiel. Nous rendons les formations accessibles au plus grand nombre, y compris à des tarifs abordables pour ceux qui doivent les financer eux-mêmes.
Enfin, cette accessibilité est adossée à une ambition d'enseignement et de recherche de très haut niveau.
L’IA nourrit de nombreux débats de société, est-ce également le cas au sein de vos équipes ?
Ces convictions différentes coexistent au sein des enseignants-chercheurs, qui en débattent. Chacun apporte des petites billes qui font avancer le débat. C'est cette diversité qui fait notre richesse !
Quand on forme autant de personnes, c'est d'autant plus important de réfléchir au contenu. Nous voulons que toutes repartent avec le bon bagage : certes les bons réflexes techniques, mais aussi les bons réflexes humains et sociétaux.
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