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CDD d'usage : définition, secteurs concernés et droits du salarié

Par Hugo Diverres Publié le

Le CDD d'usage est un contrat de travail dérogatoire réservé à certains secteurs où l'activité ne permet pas de recourir à un CDI.

CDD d'usage : définition, secteurs concernés et droits du salarié
Quels secteurs peuvent recourir au CDD d'usage ? © Studio Romantic/stock.adobe.com

Vous avez signé un contrat à durée déterminée d'usage ou vous vous interrogez sur ce type de contrat particulier ? Le CDD d'usage, aussi appelé CDDU, est un contrat de travail spécifique qui répond aux besoins de secteurs où l'emploi permanent n'est pas la norme.

Contrairement au CDD classique, il permet d'enchaîner plusieurs contrats sans délai de carence et ne donne pas systématiquement droit à l'indemnité de précarité. Dans cet article, nous vous expliquons ce qu'est concrètement le CDD d'usage, les secteurs autorisés à l'utiliser, son fonctionnement pratique et les droits qu'il confère aux salariés.

Qu'est-ce qu'un CDD d'usage ?

Définition et cadre légal du CDD d'usage

Le CDD d'usage, ou contrat à durée déterminée d'usage, est une forme particulière de CDD réservée à des secteurs d'activité spécifiques. Il est prévu par l'article L1242-2 du Code du travail qui autorise ce contrat "pour l'exécution de tâches précises et temporaires" dans les secteurs où "il est d'usage constant de ne pas recourir au contrat à durée indéterminée en raison de la nature de l'activité exercée et du caractère par nature temporaire de ces emplois".

Concrètement, le CDD d'usage s'applique dans des domaines où l'activité est par nature intermittente ou saisonnière. L'employeur peut ainsi recruter pour une mission ponctuelle, un événement, une production ou un projet limité dans le temps. Cette flexibilité est encadrée par la loi pour éviter les abus et garantir un minimum de protection aux salariés.

Le CDDU ne peut être utilisé que dans les secteurs expressément listés par le Code du travail ou par des accords de branche étendus. Son recours doit correspondre à un usage réel et constant du secteur concerné. À défaut, l'employeur s'expose à une requalification du contrat en CDI.

Les différences avec le CDD classique

Le CDD d'usage se distingue du CDD classique sur plusieurs points essentiels.

La première différence majeure concerne l'indemnité de fin de contrat, appelée prime de précarité. Alors qu'un CDD classique ouvre droit à une indemnité égale à 10 % de la rémunération brute totale, le CDD d'usage en est dispensé selon l'article L1243-10 du Code du travail. Cette exception s'explique par le caractère répétitif et prévisible de ces contrats dans certains secteurs.

La deuxième différence porte sur le délai de carence. Pour un CDD classique, l'employeur doit respecter un délai entre deux contrats successifs sur le même poste. Ce délai équivaut généralement à un tiers de la durée du contrat précédent. Le CDD d'usage, lui, permet d'enchaîner immédiatement plusieurs contrats sans attendre, ce qui facilite la gestion des activités intermittentes.

Enfin, le CDD d'usage peut être conclu pour une durée minimale très courte, parfois de quelques jours seulement, alors que le CDD classique est soumis à des durées minimales plus contraignantes. Cette souplesse répond aux besoins des secteurs concernés où les missions peuvent être très variables.

Exemple

Sophie, technicienne audiovisuelle, enchaîne trois CDD d'usage successifs pour trois festivals différents en l'espace d'un mois, sans délai de carence entre chaque contrat. Avec un CDD classique, son employeur aurait dû respecter un délai d'au moins une semaine entre chaque mission.

Quels secteurs peuvent recourir au CDD d'usage ?

La liste des secteurs d'activité autorisés

L'article D1242-1 du Code du travail établit une liste précise des secteurs autorisés à utiliser le CDD d'usage. Ces secteurs correspondent à des activités où l'emploi permanent est incompatible avec la nature même du travail. Parmi les principaux domaines figurent le spectacle, l'action culturelle, l'audiovisuel, la production cinématographique et l'événementiel.

Le secteur du spectacle vivant et enregistré est le premier concerné. Il regroupe les artistes interprètes, les techniciens du spectacle, les musiciens ou encore les danseurs. Les structures comme les théâtres, les festivals, les salles de concert ou les compagnies artistiques y recourent quotidiennement. L'audiovisuel et le cinéma constituent un autre pilier du CDD d'usage, incluant la production de films, de séries, d'émissions télévisées ou de publicités.

Les centres de loisirs et les structures d'animation utilisent également le CDD d'usage pour recruter des animateurs lors des vacances scolaires. Les exploitations forestières, les entreprises de déménagement, la réparation navale, le sport professionnel et l'enseignement figurent aussi sur cette liste. Chaque secteur doit pouvoir justifier d'un usage constant de ne pas recourir au CDI pour les emplois concernés.

bon à savoir

Les conventions collectives de branche peuvent également prévoir des dispositions spécifiques élargissant ou précisant les conditions du recours au CDD d'usage. Il est donc essentiel de consulter la convention applicable à votre secteur pour connaître les règles exactes.

Les emplois concernés par nature

Au-delà des secteurs, certains emplois sont concernés en raison de leur caractère intrinsèquement temporaire. Il s'agit de postes dont l'activité est liée à un événement ponctuel, une production limitée ou une saison particulière. L'emploi doit être temporaire par essence et non en raison d'un choix organisationnel de l'employeur.

Dans le spectacle, un comédien engagé pour une représentation théâtrale de trois semaines exerce un emploi par nature temporaire. Un ingénieur du son recruté pour l'enregistrement d'un album musical entre également dans cette catégorie. Ces postes n'ont pas vocation à perdurer au-delà de la mission définie. Dans l'événementiel, un chef de projet embauché pour organiser un salon professionnel correspond aussi à ce critère.

L'emploi concerné doit être clairement identifié dans le contrat avec une description précise de la mission. Un poste permanent déguisé en CDD d'usage constitue un détournement sanctionnable. Par exemple, un technicien audiovisuel qui effectuerait des tâches de maintenance permanente dans une salle de spectacle ne peut pas légalement être en CDD d'usage, car son activité relève d'un besoin structurel et non temporaire.

Exemple

Marc est embauché en CDD d'usage comme régisseur pour un festival de musique de cinq jours. Sa mission consiste à coordonner l'installation technique des scènes et à superviser les équipes pendant l'événement. Une fois le festival terminé, son contrat prend fin naturellement, car il n'existe plus de mission correspondante.

Comment fonctionne le CDD d'usage ?

La rédaction et les mentions obligatoires du contrat

Le CDD d'usage doit obligatoirement être établi par écrit et remis au salarié dans les deux jours ouvrables suivant l'embauche, conformément à l'article L1242-12 du Code du travail. L'absence d'écrit ou sa remise tardive peut entraîner la requalification du contrat en CDI. Le document doit comporter plusieurs mentions obligatoires pour être valable juridiquement.

Le contrat doit préciser :

  • Le motif de recours au CDD d'usage en mentionnant explicitement qu'il s'agit d'un contrat conclu pour un emploi à caractère d'usage dans le secteur concerné
  • La désignation du poste de travail, la qualification professionnelle et l'intitulé de la convention collective applicable
  • La durée du contrat ou, à défaut, la durée minimale pour laquelle il est conclu
  • La rémunération avec ses différents éléments
  • Le montant de la période d'essai éventuelle
  • Les coordonnées de la caisse de retraite complémentaire et de l'organisme de prévoyance
  • La clause rappelant la possibilité pour le salarié de bénéficier d'une visite médicale d'information et de prévention

bon à savoir

Si vous constatez des irrégularités, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes dans un délai de deux ans à compter de la fin du contrat.

La durée et le renouvellement du CDD d'usage

Contrairement au CDD classique, le CDD d'usage n'est pas soumis à une durée maximale légale stricte. Sa durée dépend de la mission pour laquelle il a été conclu. Il peut s'agir de quelques jours pour une représentation théâtrale ponctuelle ou de plusieurs mois pour une production audiovisuelle complexe. La durée doit correspondre au temps nécessaire pour réaliser la tâche précise et temporaire définie.

Le contrat peut être conclu avec ou sans terme précis. Lorsqu'il est conclu sans terme, il doit comporter une durée minimale et prévoir les conditions de renouvellement ou de reconduction. Dans ce cas, il prend fin à l'achèvement de la mission pour laquelle il a été signé. L'employeur doit alors en informer le salarié dans un délai raisonnable, généralement fixé par la convention collective.

Le renouvellement du CDD d'usage est possible dans les mêmes conditions que pour un CDD classique. Le contrat peut être renouvelé deux fois maximum, sous réserve que l'accord du salarié soit recueilli. Chaque renouvellement doit faire l'objet d'un avenant écrit signé avant l'échéance du contrat initial. La durée totale du contrat, renouvellements compris, ne peut excéder dix-huit mois dans la plupart des secteurs, sauf dispositions conventionnelles plus favorables.

Certaines conventions collectives prévoient des durées maximales spécifiques. Dans le spectacle, par exemple, les usages professionnels et les accords de branche encadrent précisément les durées selon les types de production. Renseignez-vous sur les règles applicables à votre secteur pour connaître vos droits.

Quels sont les droits du salarié en CDD d'usage ?

La rémunération et les congés payés

Le salarié en CDD d'usage bénéficie d'une rémunération au moins égale à celle que percevrait un salarié en CDI de qualification équivalente dans l'entreprise, conformément au principe d'égalité de traitement posé par l'article L1242-14 du Code du travail. Cette règle garantit que le statut précaire du contrat ne justifie pas une rémunération inférieure.

La rémunération comprend le salaire de base, les primes et avantages prévus par la convention collective applicable. Les heures supplémentaires éventuelles doivent être rémunérées selon les mêmes règles que pour les salariés permanents. Certaines conventions collectives prévoient des majorations spécifiques pour les CDD d'usage afin de compenser l'absence d'indemnité de précarité.

Concernant les congés payés, deux modalités existent :

  • Congés payés classiques : calculés sur la base de 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif
  • Indemnité compensatrice de congés payés : égale à 10 % de la rémunération brute totale

Cette seconde option, appelée régime des congés payés à la caisse, est très répandue dans les secteurs utilisant le CDD d'usage.

bon à savoir

Dans le spectacle et l'audiovisuel, les congés payés sont généralement gérés par des caisses spécialisées comme Audiens. Le salarié perçoit alors une indemnité de congés payés versée directement par ces organismes, distinctement de son salaire. Ce système simplifie la gestion pour les employeurs et assure aux salariés intermittents une continuité de revenus pendant leurs périodes sans contrat.

L'indemnité de fin de contrat : une exception importante

L'absence d'indemnité de fin de contrat constitue la principale spécificité du CDD d'usage. Alors qu'un CDD classique donne droit à une prime de précarité de 10 % du salaire brut total, le CDD d'usage en est dispensé selon l'article L1243-10 du Code du travail. Cette exception se justifie par le caractère récurrent et prévisible de ces contrats dans les secteurs concernés.

Certaines conventions collectives prévoient des contreparties. Dans le spectacle, des dispositifs comme les congés spectacles ou des majorations de salaire peuvent compenser partiellement l'absence de prime de précarité. Vérifiez les dispositions de votre convention collective pour connaître les éventuelles compensations prévues.

bon à savoir

Si votre employeur utilise le CDD d'usage de manière abusive, notamment en vous faisant occuper un poste permanent, vous pouvez demander la requalification du contrat en CDI. Dans ce cas, vous auriez droit rétroactivement à l'indemnité de précarité.

Les droits au chômage et à la formation

Le salarié en CDD d'usage bénéficie des mêmes droits à l'assurance chômage que les autres salariés. À la fin de son contrat, il peut s'inscrire comme demandeur d'emploi auprès de France Travail et percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi sous réserve de remplir les conditions d'attribution. Depuis la réforme de l'assurance chômage de 2019, il faut avoir travaillé au moins 130 jours ou 910 heures au cours des 24 derniers mois pour ouvrir des droits.

Le calcul de l'allocation chômage prend en compte l'ensemble des salaires perçus pendant la période de référence. Les salariés en CDD d'usage qui enchaînent plusieurs contrats courts peuvent donc cumuler des droits. Le système d'indemnisation est particulièrement adapté aux parcours professionnels intermittents, avec des règles de rechargement des droits permettant de prolonger l'indemnisation.

Les salariés en CDD d'usage ont également accès à la formation professionnelle via leur Compte personnel de formation (CPF). Ils cotisent au même titre que les salariés en CDI et cumulent 500 euros par an de droits à la formation, dans la limite d'un plafond de 5000 euros. Ces droits restent acquis tout au long de la carrière, quel que soit le parcours professionnel.

Exemple

Thomas, animateur en centre de loisirs, a enchaîné plusieurs CDD d'usage pendant les vacances scolaires, cumulant 150 jours de travail sur l'année. À la fin de la saison estivale, il s'inscrit à France Travail et ouvre des droits à l'allocation chômage. Il utilise cette période pour suivre une formation qualifiante en animation sportive financée par son CPF.

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