2 % : le chiffre qui résume l'alternance et le handicap en France
... et qui prouve une nouvelle fois la difficile intégration des travailleurs handicapés sur le marché de l'emploi.
En 2024, l'alternance française franchissait pour la première fois le million de contrat. Malgré des chiffres en baisse, ce système de formation séduit toujours les jeunes (et moins jeunes) comme les entreprises. En une décennie, l'alternance s'est féminisée, a conquis les études supérieures et des profils en reconversion. Elle s'adresse aussi davantage aux profils de travailleurs handicapés. Mais, pour ce public divers, les obstacles sont encore nombreux sur le marché du travail. On vous explique en chiffres.
Une contre-tendance qui ne suffit pas
En 2025, les entrées en apprentissage des travailleurs handicapés progressent nettement : + 18 %. Au total, 18 800 travailleurs handicapés ont débuté un contrat d'apprentissage. Un bond notable dans un contexte où l'ensemble des contrats d'apprentissage recule de 5 % sur la même période, selon les données de la Dares.
Une contre-tendance franche mais qui ne peut occulter une autre réalité : les apprentis en situation de handicap ne représentent toujours que 2 % de l'ensemble des nouveaux contrats commencés cette année. Un taux identique à celui de 2023, déjà jugé insuffisant par le ministère du Travail.
Un an auparavant, 15 700 contrats avaient été signés (+ 12 % en 2024), sans que la part de ce public ne dépasse 1,8 % des apprentis. La dynamique est réelle et s'accélère ; le poids relatif de ces alternants, lui, stagne.
Un profil à part dans l’alternance
Qui sont les apprentis en situation de handicap ? Leur profil tranche avec celui de l'alternant type. Leur âge moyen s'élève à 24,7 ans, contre 20,5 ans sur l'ensemble des nouveaux contrats. Une différence directement liée au fait que l'apprentissage leur est ouvert sans limite d'âge. Ils sont majoritairement des hommes (58 % des entrées, en hausse de 1 point), et se forment plus souvent dans l'enseignement secondaire : 62 % de leurs contrats relèvent de ce niveau, contre 41 % pour l'ensemble des apprentis.
Côté employeurs, le profil est proche de la moyenne : 43 % des contrats débutent dans une TPE de moins de 10 salariés, une proportion stable sur un an.
Ce que le contrat aménagé change concrètement
Le contrat d'apprentissage aménagé est accessible à tout titulaire d'une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), dès 16 ans et sans limite d'âge. Cette dernière peut être obtenue à tout moment, même en cours de contrat ; un avenant est alors signé pour adapter la durée et le financement. Pour les jeunes de 15 à 20 ans, les bénéficiaires de l'AEEH, de la PCH ou d'un PPS accèdent aux avantages de la RQTH sans démarche auprès de la MDPH.
Concrètement, le contrat peut être prolongé jusqu'à 4 ans, avec un temps de travail et un parcours de formation ajustés en CFA : supports en FALC, outils numériques, aménagement de l'espace. Ces adaptations couvrent l'ensemble du parcours : tests d'entrée, temps en entreprise et examens finals.
bon à savoir
Côté financier, le décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 prévoit une aide exceptionnelle à l'embauche pour la première année du contrat, dont le montant varie selon la taille de l'entreprise et le niveau de diplôme préparé. Pour les apprentis reconnus travailleurs handicapés, ce montant est porté à 6 000 €, quelle que soit la taille de l'entreprise. L'aide est cumulable avec les dispositifs Agefiph et FIPHFP. Par ailleurs, le CFA perçoit via l'Opco une majoration du niveau de prise en charge pouvant aller jusqu'à 4 000 € par an pour couvrir les besoins d'adaptation liés au handicap de l'apprenti.
La rémunération de l'apprenti, elle, progresse selon l'âge et l'ancienneté du contrat. De 27 % du Smic en première année pour les moins de 18 ans, jusqu'à 100 % pour les 26 ans et plus, avec une quatrième année aménagée dont le taux est majoré de 15 points par rapport à l'année précédente.
Le contrat de professionnalisation, un dispositif à la traîne
L'alternance, ce sont aussi les contrats de professionnalisation. Moins populaires que l'apprentissage, ils sont également en recul ces dernières années. En 2025, 81 800 contrats de professionnalisation ont débuté au niveau national, soit 5 % de moins que l'année précédente.
Les données de la Dares concernant les travailleurs handicapés sont ainsi plus sobres : 2 % des contrats débutés en 2025 les concernent, un taux stable sur un an. Cela représente à peine plus de 1 600 contrats. Un dispositif moins dynamique que l'apprentissage et qui, pourtant, s'adresse à des profils souvent plus âgés, en reconversion ou en retour à l'emploi, surreprésentés parmi les demandeurs d'emploi handicapés.
Un marché de l'emploi peu favorable
Ces chiffres modestes, même en progression, ne sont pas propres à l'alternance : ils reflètent des difficultés structurelles plus larges sur le marché du travail. En 2024, 720 800 travailleurs handicapés étaient employés dans les entreprises assujetties à l'obligation d'emploi, soit un taux d'emploi de 4 % (ou 5,1 % après majoration des salariés de 50 ans et plus), en progression de 0,2 point par rapport à 2023 (Dares, OETH 2024, novembre 2025).
Mais le taux d'emploi direct reste bloqué à 3,6 % en équivalent temps plein dans les entreprises de 20 salariés et plus, loin du seuil légal de 6 %. Et 28 % de ces entreprises n'emploient toujours aucun travailleur handicapé en direct, malgré l'obligation. La progression des embauches (+ 2 %, environ 210 000 recrutements en 2024) reste insuffisante pour combler l'écart (Dares, ibid.).
On compte désormais 515 631 demandeurs d'emploi en situation de handicap inscrits à France Travail (+ 5,9 % en un an au 1er semestre 2025), soit 9,4 % du total des demandeurs d'emploi. Le taux de chômage reste stable à 12 %. Cette progression s'explique en partie par l'augmentation du nombre de personnes reconnues handicapées ; elle traduit aussi des difficultés structurelles d'accès à l'emploi. D'après l'Agefiph, seulement 32 % des demandeurs d'emploi handicapés accèdent à l'emploi dans les 6 mois suivant leur inscription, contre 53 % pour les autres demandeurs.
bon à savoir
Alternance et handicap, des freins structurels
Derrière les chiffres en hausse, les freins demeurent structurels. Le profil des demandeurs d'emploi handicapés cumule les fragilités : 54 % sont en chômage de longue durée, 52 % ont 50 ans ou plus, 40 % n'ont pas le baccalauréat selon les données de l'Agefiph (Agefiph, tableau de bord emploi et chômage, 1er semestre 2025). Et l'accès à l'emploi reste deux fois plus difficile que pour le reste de la population.
La discrimination s'exerce dès la candidature. Selon une enquête réalisée par l'APF France handicap et l'Université Claude Bernard Lyon 1, mentionner son handicap sur un CV coûte 5,6 points de chances d'obtenir un entretien. La question de la divulgation reste entière : mentionner sa RQTH, c'est prendre un risque réel ; ne pas la mentionner, c'est s'exposer à des difficultés non anticipées une fois en poste.
Pourtant, là où l'expérience a eu lieu, elle est jugée positive. La Cour des comptes note qu'à l'issue d'une alternance, le taux d'emploi des travailleurs handicapés atteint 61 % à six mois, soit un point de plus que pour l'ensemble des alternants. La voie fonctionne, le problème reste d'y entrer.
* Pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées
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