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Alternance en 2026, le décryptage : ce que les chiffres disent vraiment

Par Laura Lamassourre Publié le

Autrefois cantonnée aux filières manuelles, l'alternance a profondément changé en dix ans. Les données 2025 de la Dares le confirment, avec quelques bémols.

Alternance en 2026, le décryptage : ce que les chiffres disent vraiment
En 2026, l'alternance a largement brisé l'image d'une voie de relégation. © Hellowork

Un million. C’est le cap franchi par l’alternance française pour la première fois en 2024. En moins d’une décennie, ce mode de formation a conquis tous les niveaux, tous les secteurs, tous les profils : on y entre à 16 ans comme à 35 ans, pour préparer un CAP comme un master.

Les données les plus récentes de la Dares, permettent de brosser un portrait précis de cette réalité. Tour d'horizon des chiffres.

Apprentissage et professionnalisation : deux contrats, deux logiques

Alternance, de quoi parle-t-on ? De deux dispositifs aux trajectoires divergentes. Le contrat d’apprentissage, d’un côté, a atteint un pic en 2023 avec 890 670 entrées ; il a reflué à 846 683 en 2024 (-5 %) avant de se stabiliser en 2025 à 846 700. De l’autre, le contrat de professionnalisation a largement moins tenu le large : 86 399 entrées seulement en 2024, soit -63 % par rapport au pic de 2017. Ce recul a été précipité, en mai 2024, avec la suppression de l’aide à l’embauche. Pour Bruno Coquet, expert associé à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le dispositif « demeure à un niveau élevé sur le plan quantitatif, témoignant de la forte croissance enclenchée à partir de la réforme de 2018» malgré ce tassement (Le Monde, 30 décembre 2025).

 

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bon à savoir

Adoptée en septembre 2018, la loi « Avenir professionnel » a profondément transformé l'apprentissage : relèvement de l'âge limite de 25 à 29 ans, liberté d'ouverture des CFA sans agrément préalable, financement des centres basculé vers les opérateurs de compétences (Opco) au coût par contrat, et création d'une aide unique à l'embauche pour les employeurs. C'est cette réforme qui a déclenché l'explosion des entrées en apprentissage à partir de 2019.

L’âge : au-delà de la moyenne, une grande diversité

Exit l’image de l’adolescent. D’années en années, l’âge de l’apprenti moyen augmente : de 19 ans en 2018 à 20,5 ans en 2024. Un glissement qui traduit la montée en puissance de l’apprentissage dans le supérieur mais qui masque une réalité bien plus hétérogène. D'un côté, les 15-17 ans représentent encore 20 % des entrées, essentiellement concentrés dans les CAP ; de l'autre, près d'un apprenti sur trois a 22 ans ou plus. Deux jeunesses coexistent dans un même dispositif, avec des attentes et des trajectoires très différentes.

Ce vieillissement est d’autant plus saisissant côté professionnalisation : l'âge moyen y atteint 31,1 ans en 2024 ; les moins de 26 ans ne représentent plus que 40,6 % des entrants, contre près de 89 % en 2004. En vingt ans, le contrat de professionnalisation a changé de nature : il est devenu, bien plus qu'à l'origine, un outil de reconversion pour les adultes.

La féminisation : une transformation discrète mais profonde

Moins commentée que son vieillissement, la féminisation de l’alternance est pourtant bien réelle. En 2018, les femmes représentaient 34,3 % des nouveaux apprentis ; en 2024, elles en constituent 44,9 %. En six ans, la parité n'a jamais été aussi proche. Cette évolution tient en grande partie à la montée de l'apprentissage dans le supérieur, qui touche des filières historiquement mixtes (voire féminisées) : commerce, ressources humaines, communication, santé, services à la personne.

 

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Niveaux de formation : le supérieur prend la main

En France, l'alternance a mis des décennies à se défaire de son image de voie de relégation. Les chiffres montrent que ce temps est révolu.

Par le passé, moins de 4 contrats d'apprentissage sur 10 visaient un diplôme de niveau bac+2 ou plus (2018). En 2024, c'est près de 6 sur 10, dont 21 % au niveau bac+5 et au-delà. La transformation est structurelle, et elle ne ralentit pas. En miroir, la part des formations de niveau CAP est tombée de 40,4 % à 24 %

Autre signal fort : la montée des titres à finalité professionnelle (TFP), certifications privées inscrites au RNCP. Leur part est passée de 6 % en 2018 à 35,2 % en 2024. L'apprentissage ne se limite plus aux diplômes de l'Éducation nationale ; il embrasse désormais un écosystème de certifications bien plus large, dont la lisibilité sur le marché du travail reste variable.

 

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Secteurs et géographie : les écarts se creusent

Cette transformation induit une concentration nouvelle dans certains secteurs : en 2024, le tertiaire représentait ainsi 74,2 % des entrées, suivi du soutien aux entreprises (13,5 %) et de l’hébergement-restauration (9,5 %). La construction et l'industrie restent présentes, mais à la marge. Côté employeurs, la dualité s'est accentuée : les TPE (moins de 5 salariés) accueillent encore 29,3 % des apprentis, mais les grandes entreprises ont massivement investi le dispositif depuis 2018 et représentent aujourd'hui 22,7 % des contrats, contre 16,4 % il y a douze ans.

Dans certains territoires, aussi. L'Île-de-France concentre près d'un contrat sur quatre (24,7 % en 2024), une part en progression constante. L’Auvergne-Rhône-Alpes suit à 12,1 %, l'Occitanie à 8,8 %.

Trouver un contrat : le passage obligé

Le marché de l’alternance reste globalement porteur. Mais, pour les candidats, trouver un employeur n’est pas toujours tâche aisée : selon le cabinet Walt, entre 10 000 et 20 000 jeunes se retrouveraient chaque début d'année sans contrat malgré une inscription en CFA. Les tensions varient fortement selon les filières : le numérique, la comptabilité ou les ressources humaines font face à une demande supérieure à l'offre ; à l'inverse, commerce, logistique et restauration cherchent souvent des candidats.

Nombre de candidats l’ignorent mais la fonction publique est un vivier porteur pour l’apprentissage : 2,7 % du total. En 2024, 24 140 nouveaux contrats y ont été signés dans des mairies, des hôpitaux, des ministères. La fonction publique territoriale est le premier recruteur (56 %), devant l'État (35 %) et la fonction publique hospitalière (9 %). Le profil des apprentis du secteur public se distingue nettement : plus de la moitié préparent un bac+3 ou plus, et 57 % sont des femmes, une féminisation bien plus marquée que dans le privé.

L’insertion post-alternance : un tremplin qui tient

C'est l'argument le plus solide en faveur de l'alternance. Parmi les apprentis de niveau CAP à BTS sortis en 2021, 65 % occupaient un emploi salarié privé six mois après leur sortie ; ils étaient 71 % à 24 mois (Dares-Depp, InserJeunes). L'alternance n'installe pas seulement dans l'emploi, elle y installe durablement. Le niveau de diplôme joue un rôle déterminant : les titulaires d'un BP atteignent 76 % d'emploi à 6 mois ; les BTS, 70-75 % ; les bac pro, 66-74 % ; les CAP, 58-66 %.

La qualité des emplois décrochés est également notable : 60 % des sortants en emploi à 6 mois sont en CDI ou fonctionnaires, et 27 % travaillent chez leur employeur d'alternance. À noter : ces données ne portent que sur les niveaux CAP à BTS. Les taux d'insertion pour les bac+3 et plus sont structurellement plus élevés. La conjoncture pèse toutefois : la génération 2024 affiche 62 % d'emplois à 6 mois, en recul de 3 points par rapport à 2021. Un effet marché, pas un affaiblissement structurel de la voie.

 

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Le revers de la médaille ? Le taux de ruptures brutes à neuf mois atteint 21,9 % pour les contrats commencés en 2024, son niveau le plus élevé depuis la réforme de 2018 (il était de 15,6 % en 2019). La massification a donc eu un coût. Les profils les plus exposés sont les plus jeunes et les moins qualifiés : les apprentis de 16 ans affichent 28,4 % de ruptures à 9 mois, ceux préparant un CAP 30,6 %, les personnes sans diplôme à l'entrée 32,1 %, les résidents de quartiers prioritaires de la ville (QPV) 30,4 %. À l'opposé, les bac+5 et plus ne dépassent pas 11 %.

Une rupture n'est pas nécessairement un échec définitif : 43 % des apprentis ayant rompu en 2021 ont signé un nouveau contrat dans les six mois. Mais pour les profils les plus fragiles, elle reste souvent synonyme de décrochage.

La mobilité internationale des alternants, un chantier en retard

Sur un million d'alternants en France, seulement 7 000 d'entre eux partent chaque année à l'étranger via Erasmus+. Moins de 1 %. L'objectif affiché est de porter ce taux à 15 % d'ici 2030, autant dire que le chemin est encore long. Les inégalités internes au dispositif sont frappantes : seulement 5 % des apprentis de la voie professionnelle effectuent une mobilité de trois mois ou plus, contre 42 % dans le supérieur.

Un chiffre nuance pourtant le tableau : 45 % des alternants qui partent en Erasmus+ sont d'origine sociale populaire. Contrairement à l'image élitiste que peut véhiculer la mobilité internationale, le programme touche donc des publics qui n'auraient probablement pas eu accès à une expérience à l'étranger par d'autres voies.

bon à savoir

En volume absolu, la France dépasse désormais l'Allemagne (846 000 nouveaux contrats en 2024 contre 487 000 outre-Rhin), un renversement inimaginable il y a dix ans mais trompeur : en Autriche et en Allemagne, près d'un jeune sur deux choisit l'alternance, contre une minorité en France. La structure y est aussi très différente : là-bas, elle reste ancrée dans le secondaire professionnel ; ici, elle est portée par le supérieur (BTS, licences pro, masters), ce qui rapproche le modèle français du modèle britannique plus que du modèle germanique. Sur l'insertion, les leaders européens restent l'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark, avec des taux d'emploi des jeunes diplômés VET supérieurs à 90 %, la France se situant dans la moyenne européenne (Sources : BIBB, Cedefop, Eurostat, 2023-2024).

L'alternance de 2026 a gagné la bataille des chiffres. Elle n'a pas encore gagné celle de l'égalité. Les taux d'insertion témoignent de son efficacité réelle ; les taux de rupture rappellent que la massification a eu un coût, et que tous n'en ont pas bénéficié de la même façon. Le retard sur la mobilité internationale, enfin, signale qu'un pan entier de ce que la voie pourrait offrir reste inexploité. Le défi des années à venir sera moins quantitatif que qualitatif : mieux accompagner ceux pour qui la promesse reste inachevée.

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