Suivre l'actu de l'emploi

Votre employeur peut-il vous géolocaliser ? Ce que la justice vient de préciser

Par Laura Lamassourre Publié le

Surveiller pour mieux protéger, c'est le pari que vient de valider la Cour de cassation. 

Votre employeur peut-il vous géolocaliser ? Ce que la justice vient de préciser
C'est à l'employeur de démontrer qu'aucune autre solution, aussi fiable, ne permettrait le même résultat. © DedMityay@stock.adobe.com

Au bureau, sur le terrain, en télétravail... La question du contrôle par l'employeur se pose partout, sous différentes formes. Les outils se sont multipliés ces dernières années (badgeuse pour le contrôle des horaires, vidéosurveillance des locaux, contrôle de la messagerie professionnelle et des connexions internet), sous l'œil vigilant de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).

La géolocalisation des véhicules de chantier ou d'intervention de maintenance en fait partie, et c'est même l'un des dispositifs les plus répandus. Mais la règle reste la même partout : aucun de ces outils ne peut fonctionner en continu, sans possibilité pour le salarié de le désactiver sur ses temps de pause ou ses déplacements personnels. C'est précisément ce à quoi s'attaque un nouvel arrêt, pour le cas d'un salarié dont l'essentiel du travail se déroule hors des murs de l'entreprise.

bon à savoir

Le 7 novembre 2023, la Cnil a prononcé dix sanctions dans le cadre de sa procédure simplifiée, notamment contre des employeurs pratiquant une géolocalisation ou une vidéosurveillance continue et disproportionnée. Une géolocalisation active en permanence, y compris pendant les pauses, est jugée excessive au regard du droit à la vie privée.

Un litige vieux de dix ans, une décision qui compte pour tous

La chambre sociale de la Cour de cassation a mis un point final, le 18 mars 2026, à un litige qui opposait un syndicat à une entreprise de distribution d'imprimés publicitaires depuis plus d'une décennie. En jeu, un boîtier de géolocalisation porté par les distributeurs pendant leur tournée, qui enregistre leur position toutes les dix secondes.

La Cour valide le dispositif, et sur ce point précis, rien de nouveau. Ce qui l'est, en revanche, c'est la façon dont les juges arrivent à cette conclusion. Ils s'appuient désormais sur un critère venu du droit européen : celui de la fiabilité du système de mesure du temps de travail.

Pourquoi cette décision compte

Rien, dans cette affaire, n'est vraiment inédit sur le plan des faits. Depuis 2011, la Cour de cassation soumet la géolocalisation à des fins de contrôle du temps de travail à deux conditions cumulatives : ce contrôle ne doit pas pouvoir être assuré par un autre moyen, même moins efficace, et le salarié ne doit pas disposer d'une liberté dans l'organisation de son travail. Pour les distributeurs concernés, les juges estiment que cette liberté est « très relative ». En effet, ni les documents à distribuer, ni les destinataires, ni le parcours, ni les dates ne relèvent de leur choix. Seuls les horaires de la journée le sont.

Le dispositif, par ailleurs, n'a rien d'un mouchard permanent. Le boîtier n'est actif que pendant la phase de distribution, c’est-à-dire qu’il est désactivable à tout moment par le salarié lui-même. De même, les données ne sont pas conservées par l'employeur mais par un tiers de confiance, et l'employeur ne les consulte pas en temps réel. Ce dernier ne peut engager un échange avec le distributeur seulement si, sur une semaine, le temps réellement enregistré s'écarte de plus de 5 % de celui planifié.

Ce que la Cour valide, en somme, n'est pas la surveillance en elle-même, mais un équilibre précis entre fiabilité du contrôle et absence de suivi permanent. Et c'est là que le raisonnement bascule. Ce n'est plus seulement au syndicat de prouver qu'une alternative existe, c'est à l'employeur de démontrer qu'aucune autre solution, aussi fiable, ne permettrait le même résultat.

Un nouvel ingrédient : la fiabilité

Pour arriver à cette conclusion, la Cour de cassation adosse son raisonnement à un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne datant de 2019. Rendu à propos d'un litige espagnol opposant un syndicat à une banque, il impose aux États membres d'obliger les employeurs à mettre en place « un système objectif, fiable et accessible » permettant de mesurer la durée du temps de travail journalier de chaque salarié.

Ce même arrêt européen a donné lieu à des réponses très différentes. En Espagne, la loi impose depuis 2019 l'enregistrement quotidien du temps de travail de chaque salarié, y compris en mobilité ou en télétravail. À noter qu’une réforme, encore en projet, doit renforcer ces exigences techniques en 2026. En Allemagne, faute de loi votée par le Parlement, c'est la Cour fédérale du travail qui a comblé le vide en 2022, en imposant de facto l'enregistrement systématique du temps de travail à toutes les entreprises.

La France, elle, n'a pas légiféré depuis l'arrêt européen de 2019. C'est la Cour de cassation qui ajuste, dispositif par dispositif, une grille jurisprudentielle déjà ancienne.

Ce que ça signifie pour les salariés, au-delà de ce cas

Le raisonnement des juges ne s'arrête pas à cette seule entreprise. Il vaut, en creux, pour tout salarié itinérant dont le temps de travail échappe à un suivi hiérarchique direct, comme les livreurs, techniciens ou commerciaux terrain sans autonomie réelle sur leurs tournées.

Et cette exigence n'est pas à sens unique. La fiabilité d'un système peut aussi jouer en faveur du salarié. Il peut théoriquement lui permettre de prouver des heures supplémentaires non payées ou un dépassement des durées maximales de travail. Le syndicat, dans cette affaire, avait proposé plusieurs alternatives comme une badgeuse sans suivi longitudinal, l’auto-déclaration ou l’accompagnement par un responsable. Toutes ont été écartées comme insuffisamment fiables, y compris un système comparable testé chez une entreprise concurrente, avant d'être abandonné faute d'efficacité.

bon à savoir

Un système de géolocalisation destiné à contrôler le temps de travail n'est licite que si deux conditions sont réunies : ce contrôle ne peut pas être assuré par un autre moyen, même moins efficace, et le salarié ne dispose pas d'une liberté dans l'organisation de son travail. Cette règle découle de l'article L. 1121‑1 du Code du travail, qui encadre toute atteinte aux libertés individuelles sur le lieu de travail.

Reste à garder en tête qu’un outil fiable qui garantit aujourd'hui le paiement des heures d'un salarié pourrait aussi, demain, servir à justifier un contrôle plus étroit de son activité. Rien n'indique que ce sera le cas, mais la frontière entre les deux tient dans les garanties concrètes qui entourent chaque dispositif, à commencer par sa fiabilité.

Partager l’article
  • Facebook
  • X
  • Linkedin
Les sujets liés
Recevez l’essentiel de l’actu emploi par mail
  • Restez à jour sans effort
  • On trie le meilleur pour vous
  • 2 emails par semaine
S’inscrire à la newsletter

Préparez-vous à
décrocher votre job !

155 000

CV lus en moyenne chaque jour, soyez le prochain à être vu !

soyez visible auprès des recruteurs

Déposer mon CV

891 280

offres en ce moment, on vous envoie celles qui collent ?

soyez alerté rapidement

Créer mon alerte

Toutes les offres d’emploi

  • Paris
  • Lyon
  • Toulouse
  • Marseille
  • Nantes
  • Bordeaux
  • Lille
  • Rennes
  • Strasbourg
  • Nice
  • Montpellier
  • Aix-en-Provence
Voir les offres d’emploi par ville
Les sites
L'emploi
  • Offres d'emploi par métier
  • Offres d'emploi par ville
  • Offres d'emploi par entreprise
  • Offres d'emploi par mots clés
L'entreprise
  • Qui sommes-nous ?
  • On recrute
  • Accès client
Les apps
Nous suivre sur :
Informations légales CGU Politique de confidentialité Gérer les traceurs Accessibilité : non conforme Aide et contact