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Retraite anticipée, calcul de pension, bonification : ce qui change vraiment pour les mères depuis le 1er septembre
La loi change. L'écart de pension, lui, à peine.
Les réformes sociales de ces derniers mois ont donné une place croissante au sujet de la parentalité, et la retraite ne fait pas exception. Depuis le 1er septembre 2026, trois nouvelles mesures visent à corriger un déséquilibre resté longtemps dans l’angle mort des précédentes réformes, celui de la retraite des mères.
Une femme part aujourd’hui à la retraite avec une pension de 37 % inférieure à celle d’un homme. Si elle est mère, elle a souvent réduit son temps de travail à l'arrivée d'un enfant, parfois interrompu sa carrière, et ces années-là pèsent lourd au moment de calculer sa pension. On vous explique ce que changent ces mesures, qui peut en bénéficier, et ce qu'on peut en espérer (ou non).
Ce qui change au 1er septembre
Concrètement, ces trois mesures s'appliquent à toutes les pensions liquidées, c'est-à-dire à tous les départs à la retraite effectifs, à compter du 1er septembre. Elles réduisent le nombre d'années prises en compte dans le calcul de la pension de base, facilitent le départ anticipé pour carrière longue et créent une nouvelle bonification pour les fonctionnaires *.
Le calcul de la pension sur moins d'années
La première mesure touche le calcul du salaire annuel moyen, la base de la pension de retraite. Jusqu'ici, ce salaire de référence était calculé sur les 25 meilleures années de carrière, pour tout le monde.
Pour les parents qui bénéficient de trimestres accordés au titre d'un enfant, ce nombre passe désormais à 24 années pour un enfant et à 23 années pour deux enfants ou plus. Cela revient à écarter du calcul une ou deux années parmi les moins bien rémunérées de la carrière, celles où le salaire a le plus souvent été réduit par un temps partiel ou une interruption liée à la naissance.
Un accès facilité au départ anticipé
La seconde porte sur le départ anticipé pour carrière longue, un dispositif qui permet de partir avant l'âge légal quand on a commencé à travailler jeune. Pour en bénéficier, il ne suffit pas d'avoir cumulé assez de trimestres au total, il faut aussi qu'une partie d'entre eux corresponde à du travail réellement effectué, et non à des périodes simplement créditées comme la maladie ou, jusqu'ici, la naissance d'un enfant. Désormais, jusqu'à deux trimestres accordés au titre des enfants peuvent compter dans ce sous-total : le dispositif s’ouvre ainsi à des mères qui en étaient jusque-là exclues alors qu'elles remplissaient par ailleurs toutes les conditions.
Ce dispositif a toujours été très inégalement réparti entre les sexes. En 2024, au régime général, 25,3 % des hommes partis à la retraite ont bénéficié d'un départ anticipé pour carrière longue, contre 10,3 % seulement des femmes.
Une bonification pour les mères fonctionnaires
Enfin, la troisième mesure concerne les femmes fonctionnaires. Pour les enfants nés à partir du 1er janvier 2004, un des deux trimestres de majoration de durée d'assurance devient une bonification. La différence n'est pas qu'un mot. Un trimestre de majoration classique compte seulement dans le total qui détermine si la pension est complète ou réduite. Une bonification, elle, compte deux fois, elle entre aussi directement dans le calcul du montant de la pension, via la durée de service prise en compte. Elle rapporte donc davantage qu'un simple trimestre supplémentaire.
bon à savoir
Des gains réels, mais modestes face à l'ampleur des écarts
Le gouvernement annonce un gain moyen d'environ 1 % de pension pour les femmes concernées par le nouveau calcul du salaire annuel moyen, et estime que plus de 13 000 femmes nées en 1970 pourront bénéficier du départ anticipé élargi. Ces mesures ont un coût pour les finances publiques. Le nouveau calcul du salaire annuel moyen représente une dépense supplémentaire évaluée à 0,2 milliard d'euros en 2030, qui grimperait à 2,2 milliards d'euros en 2050. L'élargissement de la carrière longue coûterait de son côté environ 200 millions d'euros par an à partir de 2027. Sur le papier, ces chiffres semblent aller dans le bon sens. Rapportés à l'ampleur des écarts de pension, ils donnent surtout la mesure de ce qui reste à faire.
En 2023, la pension de droit direct des femmes s'élevait en moyenne à 1 306 euros bruts par mois, contre 2 089 euros pour les hommes, soit un écart de 37 %. Ce chiffre a beaucoup baissé depuis vingt ans, il était de 50 % en 2004. Ce rythme est lent, un peu moins d'un point de convergence par an en moyenne depuis 2004. À cette vitesse, il faudrait encore plusieurs décennies pour que l'écart se referme complètement.
Cette lenteur s'explique en bonne partie par un autre facteur, moins souvent regardé de près, l'effet de la maternité sur les salaires eux-mêmes, avant même la retraite.
La racine du problème au cœur des carrières
Une étude de l'Insee publiée en 2024 par les économistes Pierre Pora et Lionel Wilner a mesuré précisément cet effet sur des carrières françaises, à partir des données administratives de l'assurance salariée. En moyenne, la naissance d'un premier enfant fait chuter le revenu salarial des mères de 33 % cinq ans après, et l'effet ne s'efface pas complètement, la perte est encore de 20 % dix ans après la naissance. Chez les pères, l'arrivée d'un enfant n'a presque aucun effet sur le salaire, et cet effet est même légèrement positif pour les mieux rémunérés d'entre eux.
L'étude montre surtout que cette pénalité n'est pas la même pour toutes. Les mères qui touchaient les salaires les plus bas avant la naissance perdent 39 % de leur revenu cinq ans après, et 25 % dix ans après. Celles qui étaient le mieux payées perdent 17 % puis 9 % seulement. Autrement dit, ce sont les femmes déjà les moins bien loties sur le marché du travail qui encaissent le plus fort de la pénalité liée à la maternité, celle-là même qui se répercute ensuite, mécaniquement, sur le montant de leur future pension.
L'Insee arrive au même constat par une autre voie, dans une note sur les inégalités de retraite entre hommes et femmes, l'institut relève que les écarts de durée de carrière devraient se résorber d'ici une dizaine d'années, mais que les écarts salariaux, eux, continueront de poser problème. Michael Zemmour, enseignant-chercheur en économie à l'Université Lumière-Lyon-II (laboratoire Triangle), résume ainsi la bascule en cours, « de plus en plus, ces écarts reflètent les impacts que l'arrivée des enfants a sur les salaires des femmes, plutôt qu'un manque de trimestres ».
Un an ou deux de carrière retirés du calcul, cela compte. Cela ne suffit pas à effacer ce qui s'est joué bien avant, sur les bulletins de salaire, pendant les années où les carrières des mères ralentissent ou s'interrompent.
* Trois textes juridiques les portent, la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 pose le principe général dans son article 104, et deux décrets d'application, le n° 2026-699 et le n° 2026-700, publiés le 29 juillet 2026 au Journal officiel, en fixent les modalités concrètes.
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