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Conditions de travail : pour la première fois depuis les années 1980, le travail s'intensifie moins
Pour toutes les catégories socioprofessionnelles, ou presque.
L'intensité du travail, contrairement à la productivité, mesure la cadence imposée aux travailleurs eux-mêmes, et non la performance des équipements ou des outils utilisés. Un ouvrier qui règle sa respiration sur la cadence d'une machine. Une salariée qui ne peut pas interrompre sa tâche sans faire attendre toute la chaîne. Un employé de bureau qui doit répondre immédiatement à une demande. Ces situations, et bien d'autres, la Dares les traduit en un indicateur. Et depuis le début des années 1980, il n'avait cessé de croître. Mais, pour la première fois depuis son existence, une nouvelle étude publiée le 9 septembre 2026 constate un recul entre 2016 et 2024, de 43 % à 38 %.
Si cette baisse depuis 2016 est appréciée, elle reste mesurée. Elle n’efface pas non plus une hausse de plusieurs décennies. Un salarié sur deux doit encore répondre dans l'instant à une demande extérieure. Il y a quarante ans, ils étaient un quart. Explications.
bon à savoir
Un recul qui ne profite pas à tout le monde
Ce recul est commun à presque toutes les catégories socioprofessionnelles. Chez les ouvriers peu qualifiés, la baisse atteint 10 points entre 2016 et 2024, la plus forte de toutes. C’est également le cas pour les ouvriers qualifiés qui restent, malgré tout, la catégorie la plus exposée, à 55 % en 2024. Chez les cadres, la part de ceux qui déclarent travailler toujours ou souvent sous pression passe de 43 % à 39 %.
Le secteur privé porte principalement le mouvement, là où la part de salariés devant se dépêcher recule de 7 points, alors qu'elle progresse de 3 points dans la fonction publique sur la même période. Une catégorie, cependant, ne suit pas la tendance. Pour les employés peu qualifiés, l'exposition à ces contraintes ne diminue pas, ou seulement de façon marginale. Elle augmente même sur certains points précis comme la dépendance vis-à-vis des collègues (+6 points), et la sollicitation pour une quantité de travail excessive (+4 points).
Moins de tensions, plus de fierté
Les relations des salariés avec leur hiérarchie s'améliorent aussi nettement. Ils étaient 21 % à décrire des rapports dégradés avec leurs supérieurs en 2024, contre 26 % huit ans plus tôt, et le sentiment de ne pas être aidé par sa hiérarchie recule dans les mêmes proportions. La sensation d’isolement au travail suit la même courbe, à 23 % en 2024.
Un mieux qui se retrouve jusque dans le rapport au travail accompli. Huit salariés sur dix se disent aujourd'hui souvent ou toujours fiers de leur travail bien fait, contre sept sur dix en 2016. Le sentiment d'être utile progresse dans toutes les catégories socioprofessionnelles, tout comme celui d'être reconnu pour ce qu'on fait, la part de salariés s'estimant mal payés au regard de leur travail passant de 37 % à 33 %.
bon à savoir
Des questionnements accentués sur l’avenir
L’amélioration collective des conditions de travail ne suffit pourtant pas à rassurer les salariés. En 2024, 41 % d’entre eux ne se sentent pas capables de faire le même travail jusqu’à la retraite, contre 38 % huit ans plus tôt.
Ce doute augmente moins chez les plus jeunes que chez les salariés plus âgés, pourtant supposés plus confiants à l'approche de la retraite. Il s'installe aussi dans un contexte particulier, celui de la réforme des retraites adoptée en 2023, depuis suspendue, qui a relevé l'âge d'ouverture des droits et allongé la durée de cotisation nécessaire pour un taux plein. La Dares associe cet indicateur non seulement aux conditions de travail, mais aussi à l'état de santé des salariés.
Les employés peu qualifiés, déjà pénalisés par la hausse de l'intensité du travail, sont de même les plus inquiets concernant leur fin de carrière. La part de ceux qui ne se sentent pas capables de tenir jusqu'à la retraite progresse chez eux de 6 points, davantage que pour l'ensemble des salariés. À l'inverse, la crainte de perdre son emploi à court terme recule sur la même période, la part de salariés qui s'en inquiètent pour l'année à venir passant de 25 % à 18 %.
Le travail fait moins mal aujourd'hui qu'en 2016, mais c’est pour demain que les salariés s'inquiètent, et en particulier ceux à qui ce mieux a le moins profité.
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