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Et si ce n'était pas les vacances le problème, mais le retour ?
Vacances et problème dans la même phrase, quelque chose ne fonctionne pas.
Une boule au ventre difficile à expliquer le dimanche soir, une irritabilité qui augmente à mesure que le bronzage s'estompe, l'impression que quelque chose ne tourne plus tout à fait rond. On range souvent ce ressenti dans la case du « blues de la rentrée », considéré comme un moment désagréable mais passager. Mais ce moment de bascule mérite parfois d'être pris au sérieux, plutôt que relégué au rang des petits tracas de rentrée.
Cette appréhension, vous n'êtes pas seul à la ressentir
Reprendre le travail après une coupure réveille souvent un mélange d'émotions contradictoires. Une part de soi a envie de retrouver ses collègues et ses habitudes, une autre redoute déjà la charge qui attend (d'autant plus vrai si vous avez eu la malheureuse idée de septemcrastiner. Pour la plupart des salariés, il s'agit d'une appréhension classique, celle de reprendre un rythme après plusieurs semaines de calme. Pour d'autres, c'est plus lourd : une vraie difficulté à se reconnecter mentalement à leur poste, parfois une peur précise de retrouver un manager ou des collègues identifiés.
Ce que la science dit sur votre cerveau pendant l'été
L'Observatoire B2V des Mémoires a consacré son étude annuelle à ce qui se joue réellement dans le cerveau pendant la pause estivale. Premier constat : il ne se met jamais vraiment en pause, même allongé dans un transat. Il continue de consommer près de 20 % de l'énergie totale du corps, contre seulement 5 % de plus lorsqu'il est mobilisé pour résoudre un problème. Ce fonctionnement au ralenti active un mécanisme précis, le réseau du mode par défaut, un ensemble de zones cérébrales qui s'activent justement quand on n'a rien à accomplir.
Ce réseau est directement relié à la mémoire autobiographique, celle qui abrite les souvenirs personnels et la compréhension de soi. Laisser l'esprit vagabonder sans objectif, dans les transports ou sur un chemin de randonnée, active ce mécanisme aussi efficacement qu'une longue escapade. La durée des vacances compte donc moins que leur qualité, à condition de se couper vraiment du flux d'informations quotidien.
Pourquoi la plupart des salariés n'arrivent pas à décrocher
Dans les faits, cette coupure reste rare. Selon une étude Deskeo, 47 % des actifs consultent leurs e-mails professionnels de temps en temps pendant leurs congés, 27 % le font régulièrement, et seuls 26 % parviennent à ne jamais ouvrir leur messagerie. Les raisons invoquées éclairent un point souvent négligé : la pression vient rarement de l'employeur. 37 % des sondés estiment que leurs responsabilités ne peuvent pas attendre, 32 % craignent de prendre du retard, et seuls 9 % pointent une attente explicite de leur hiérarchie.
Chez les cadres, le phénomène s'aggrave nettement : la Dares relève que près de 38 % d'entre eux travaillent régulièrement le soir ou le week-end, une proportion qui dépasse 60 % chez ceux soumis au forfait jours. Sur le plan légal, un arrêt de la Cour de cassation du 25 mars 2026 est venu préciser les limites du droit à la déconnexion : il n'y a pas de manquement de l'employeur dès lors que le salarié se connecte de sa propre initiative, en l'absence de toute contrainte démontrée.
La rentrée, ce moment où tout resurgit
C'est là que les choses deviennent intéressantes. Un sondage mené par le cabinet Reversens auprès de plus de 3 200 salariés et 1 000 professionnels RH montre que la rentrée agit comme un révélateur du mal-être, avec un pic observé après une quinzaine de jours de coupure. Les signaux qui remontent le plus souvent aux ressources humaines touchent l'épuisement, la démotivation et la surcharge de travail :
- 61 % des RH constatent une hausse des alertes liées au mal-être au retour de congés, dont 23 % de façon très marquée.
- Le pic de remontées se situe après environ deux semaines de coupure, pour 49 % des DRH interrogés.
- Les signaux les plus fréquents : épuisement ou démotivation (59 %), surcharge de travail (55 %).
Sans surprise, plus le mal-être est grand, plus la déconnexion est compliquée. Seuls 10 % des salariés ayant fait un signalement de harcèlement parviennent à déconnecter totalement pendant leurs vacances, contre 27 % pour les salariés sans historique de signalement, et 39 % avouent n'avoir jamais réussi à décrocher mentalement. « Les vacances ne créent pas les situations nocives, mais elles peuvent les rendre plus visibles et devenir un véritable moment de bascule », précise Anne-Sophie Chéron, psychologue clinicienne et fondatrice du cabinet Reversens. De fait, 71 % des professionnels RH estiment que les congés permettent à certains salariés de prendre conscience qu'une situation professionnelle n'était pas normale.
Si ce malaise persiste après la reprise, que faire ?
Une appréhension de rentrée qui s'estompe au bout de quelques jours reste normale, presque universelle. Ce qui doit alerter, c'est sa persistance ou son intensité : une boule au ventre qui ne passe pas, une peur précise de croiser certaines personnes, une envie soudaine de tout quitter. Dans ce cas, mettre des mots sur ce qui se passe est déjà une étape utile, avant même d'envisager une démarche formelle.
Plusieurs interlocuteurs peuvent recueillir une parole difficile à porter seul : les ressources humaines, un représentant du personnel ou le CSE, la médecine du travail, ou un collègue de confiance. Solliciter l'un d'eux n'engage à rien d'irréversible, c'est une étape pour clarifier une situation avant de décider comment agir.
La rentrée n'invente pas les problèmes de travail, elle les rend simplement visibles à un moment où on a justement le recul pour les regarder en face. Et ce recul, aussi inconfortable soit-il, vaut souvent mieux qu'un mal-être qu'on continue d'ignorer toute l'année.
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