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Quentin, recruteur chez Linking Talents, répond à vos questions !
Quentin Dalessio, directeur cross divisions du cabinet de recrutement Linking Talents, répond à une sélection de questions posées par les abonnés de notre newsletter.
J'enchaîne les refus pour manque d'expérience, on me conseille d'utiliser l'IA pour adapter mes mots-clés. Qu'en pensez-vous ?
Utiliser l'IA, aucun souci. Elle apporte un vrai gain en clarté et en synthèse, et aide à bien comprendre les mots-clés et les compétences recherchées dans une offre d’emploi. Mais elle ne doit pas servir à transformer artificiellement son expérience. Le plus important reste d'avoir un CV qui reflète au plus juste qui l'on est, en adéquation avec les postes visés.
L'exercice reste le même jusqu'à l'entretien : être le plus authentique possible. C'est ce qui permet de trouver une entreprise et un poste qui nous correspondent. L'IA reste un outil, elle ne va pas révolutionner la manière de préparer ses entretiens.
Quel usage de l'IA les recruteurs acceptent-ils ?
Nous la voyons plutôt comme un super assistant, qui fait ce que le candidat aurait pu faire lui-même, avec un gain de temps et de clarté. Améliorer une formulation, identifier les compétences importantes pour une offre, cela ne me choque pas. Mais l'IA a tendance à enjoliver. Le candidat doit rester maître de ce qu'il écrit et être capable de défendre chaque élément en entretien. L'idée, c'est d'avoir un CV qui nous ressemble réellement, pas quelque chose de générique.
Comment faire pour que ma candidature se démarque ?
Par le passé, on adaptait le style du CV au poste : design pour la communication, très carré et chiffré pour la finance. L'IA a lissé les mises en forme, si bien qu’un CV bien écrit ne suffit plus forcément à se différencier.
Ce qui fait la différence, c'est la pertinence du parcours par rapport au besoin du recruteur, des éléments concrets et un CV clair, qui met en avant un fil rouge. Comme dans une démarche commerciale, il s'agit de rendre son discours le plus lisible possible pour la personne en face.
Word converti en PDF ou Canva : quel format de CV passe les ATS ?
Le sujet n'est pas tellement Word versus Canva, mais la lisibilité du CV, par l'humain comme par les outils. Word et le PDF restent les formats les plus utilisés, et c'est très bien. En revanche, un CV très graphique, avec des colonnes mal ordonnées, des pictogrammes dans tous les sens ou du texte intégré dans des images, peut gêner certains ATS. Et on perd l'essence même du document : le fil rouge du parcours.
Et perdre les ATS, c'est aussi perdre les recruteurs. Non pas parce que l’ATS aurait filtré (ce n’est pas le cas chez Linking Talents), mais parce que celui qui traite des CV toute une matinée n'a pas non plus envie de s'éparpiller sur des documents brouillons. La forme ne doit pas desservir le fond.
Comment les recruteurs lisent-ils un CV ?
On dit que les recruteurs passent six secondes sur un CV. Bruit de couloir ou réalité, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne lit pas un CV comme un livre, ligne par ligne.
On regarde d'abord le titre du CV, puis l'intitulé des postes occupés et les entreprises, qui renseignent sur la stabilité du candidat. Les dates, aussi, pour mesurer son expérience et la cohérence du profil par rapport au poste. Si c’est le cas, on entre alors dans le détail : maîtrise d'un logiciel, d'un périmètre, d'une convention collective. Mais le premier tri se fait sur les grandes lignes.
Mon CV tient sur une page, mais on le juge trop dense : comment trouver l'équilibre entre accrocher et détailler ?
Un CV d'une page n'est pas nécessairement un meilleur CV. L'objectif est de permettre au recruteur d'identifier rapidement ce qui est pertinent pour le poste. Pour un profil très expérimenté, je conseille de ne pas se figer sur ce format. Sans tomber dans les CV de sept ou dix pages, très compliqués à lire, deux pages, c'est très bien.
Je conseille de détailler les expériences les plus en lien avec le poste visé, et d'ajuster son CV au fil des candidatures : développer telle expérience pour sa dimension internationale ou tel logiciel, au détriment d'une autre moins pertinente.
Faut-il encore rédiger une lettre de motivation ?
La lettre de motivation est beaucoup moins systématique qu’elle ne l’était il y a quelques années. Avec l'IA, nous recevons des lettres très génériques qui n'apportent rien. Je préfère une candidature sans lettre de motivation à une lettre qui explique pendant vingt lignes que le candidat est « motivé, dynamique et rigoureux ».
Ce qui la remplace, c'est d'entrer en contact avec les décisionnaires par différents canaux. Si l'entreprise ou l'offre a un sens particulier à nos yeux, on peut ajouter au CV un petit message qui explique cet intérêt. Mais la lettre très formelle d'autrefois, j'y crois très peu.
Comment parler de ses défauts et de ses qualités en entretien ?
Les recruteurs savent que les candidats préparent cette question. L'objectif n'est pas de trouver le bon défaut, mais de montrer qu'on a assez de recul sur soi pour identifier ses axes de progression. L'enjeu, encore une fois, c'est l'authenticité : plaire à son futur employeur, mais aussi trouver un environnement où ses défauts ne seront pas bloquants.
Je postule beaucoup, même en intérim, sans résultat. Pourtant, mon CV est jugé bon par les experts. Que faire ?
Un CV peut être parfaitement correct et ne pas générer d'entretien. Il faut prendre du recul et regarder au-delà. Les postes ciblés sont-ils les bons ? Le niveau de rémunération, d'expérience, la zone géographique sont-ils adaptés ? Le profil correspond-il aux besoins du marché ? Il faut aussi chercher des alternatives à la candidature classique sur les CVthèques les réseaux sociaux professionnels, les salons. Bref, trouver un moyen de se distinguer parmi 100 ou 200 candidatures.
J'ai déposé mon CV sur le site de Linking Talents, sans retour. Est-ce dû à son format ?
C'est très rare que le format soit en cause. Linking Talents compte 14 divisions, chacune avec son expertise métier ou sectorielle. Mieux vaut déposer son CV sur la division la plus en adéquation avec son profil plutôt que sur le site global.
Nous recevons en effet énormément de candidatures et nous nous concentrons d'abord sur celles qui correspondent aux besoins de nos clients partenaires. Ne pas être contacté aujourd'hui ne veut pas dire qu'on ne le sera pas demain, quand d'autres opportunités se présenteront. Pour un échange avec un consultant, j'encourage à appeler le standard ou à utiliser nos formulaires de contact. Généralement, nous ne laissons personne sans réponse.
Faut-il répondre au maximum d'offres pour trouver un emploi en 2026 ?
Il faut viser un juste milieu entre quantité et qualité. Je préfère dix candidatures ciblées et adaptées à cinquante envois standard. On ne peut pas cibler les offres, réajuster son CV et multiplier les canaux en postulant à 200 offres par jour.
Il ne faut pas non plus trop se limiter. Si l'entreprise recherche dix critères et qu'on en a sept ou huit, il faut tenter car c'est un bon compromis. On montera en compétence sur les deux ou trois autres et l'on apportera peut-être d'autres atouts. Ne pas postuler pour postuler, donc, mais pas une heure par semaine non plus.
Gestionnaire de paie en entreprise, comment convaincre un cabinet d'expertise comptable qui exige une expérience en cabinet ?
Notre division Talents AEC, dédiée au recrutement en cabinet d’expertise comptable est la mieux placée pour accompagner ce type de profil. Mais de manière générale, il faut d'abord comprendre ce que le cabinet recherche derrière cette exigence : quelqu'un qui a travaillé sur différentes conventions collectives, plusieurs dossiers, plusieurs interlocuteurs, et qui sait passer de l'un à l'autre. C'est ce qu'il faut mettre clairement en avant, par des mots-clés, des compétences, des éléments en annexe du CV qui montrent la transversalité de son profil.
Préparatrice en pharmacie, je veux quitter la santé sans reprendre de longues études, plutôt via des formations. Vers quels secteurs me tourner pour mieux concilier vie pro et vie perso ?
Lorsqu'on se reconvertit, on ne repart pas de zéro. Il y a des compétences techniques à développer, mais l'expérience passée apporte des savoir-faire et des savoir-être transférables. Pour une préparatrice en pharmacie : relation client, conseil, gestion de stock, rigueur, respect des procédures, tâches administratives.
Il faut chercher des métiers qui valorisent ces compétences, plutôt que de raisonner uniquement à partir du diplôme. Quitte à compléter par une courte formation ou une période d'apprentissage pour combler le petit écart technique.
Les recruteurs demandent des années d'expérience. À qui s'adresser quand on n'a qu'un stage de quatre mois et qu'on cherche depuis un an ?
Après un an de recherche, je conseillerais de ne plus répondre uniquement aux offres qui demandent exactement son profil. Comme dans une démarche commerciale, il faut gagner en impact et frapper à toutes les portes : cabinets de recrutement, agences d'intérim, dont les missions permettent de compléter son bagage technique, PME, qui ont souvent plus de temps pour former des juniors. Et surtout, privilégier les contacts directs avec les opérationnels, via son réseau ou des associations. Il faut adopter une démarche proactive en continu.
Comment négocier son salaire au plus près de la réalité du marché ?
Il n'est pas simple de savoir si son salaire actuel est cohérent avec le marché. L'idée, c'est de s'en détacher et de partir de la valeur du poste. Au fil des annonces, les rémunérations deviennent visibles. Il faut se situer selon son expérience, ses responsabilités, sa localisation, sa maîtrise technique : tel métier, avec telle compétence, se paie tel montant.
Passer des entretiens dans plusieurs entreprises aide aussi à se situer. Et en cas de doute, les cabinets de recrutement, qui voient passer des centaines de candidats, peuvent apporter un point de vue objectif et comparatif. Ils éditent généralement des études de rémunération qui peuvent être téléchargées, comme c’est le cas chez nous.
Après une rupture conventionnelle dans l'agriculture de précision, les postes proposés paient moins que mon indemnisation chômage. Jusqu'où accepter une baisse de salaire ?
Il ne faut pas se presser. Accepter un poste par défaut, c'est risquer de le quitter rapidement, et se desservir comme desservir l'entreprise. Mieux vaut faire les choses sereinement.
Jusqu'où ? C'est une décision personnelle. Une baisse de salaire peut s'accompagner d'un gain de périmètre, de missions, de localisation. Il faut regarder l'ensemble : durée prévisible du chômage, perspectives du poste, avantages, télétravail, possibilité de rebondir. Mais s'il fallait donner un repère, au-delà de 20 % de baisse, il faut être très vigilant. Il doit y avoir un réel gain en face. Mieux vaut prendre son temps plutôt qu'accepter un poste qui dévaloriserait durablement son profil.
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