Suivre l'actu de l'emploi

Reconversion dans le numérique : ce que racontent ceux qui ont sauté le pas 

Par Laura Lamassourre • Publié le

Une étude récente de l’Apec nuance l’image du secteur comme terre promise des reconversions. 

Reconversion dans le numérique : ce que racontent ceux qui ont sauté le pas 
Selon l'Institut Montaigne, 40 % des personnes qui ont rejoint le secteur du numérique en 2022 étaient reconvertis. © marruu@stock.adobe.com

Le numérique n’a cessé de gagner du terrain dans l’emploi. Entre 2021 et 2023, ses professions représentaient 4,6 % des actifs occupés, contre 2,7 % en 2009, selon l’Insee. Depuis deux ans, les recrutements marquent pourtant le pas. L’Apec a vu ceux des cadres dans les activités informatiques chuter de 18 % en 2024, puis reculer encore en 2025. Sur Hellowork, les offres d’emploi dans l’informatique ont baissé de 28 % l’an dernier, presque trois fois plus que sur l’ensemble du marché. L’Apec table sur un rebond de 5 % en 2026, sans garantie au vu du contexte économique.

Le secteur n’a pas perdu son attrait pour autant auprès de celles et ceux qui veulent changer de métier. En 2022, plus de quatre personnes sur dix qui ont rejoint ces métiers venaient d’une reconversion, selon l’Institut Montaigne. Dans une étude publiée le 8 octobre 2026, l’Apec a suivi leur parcours, de l’envie de changer de vie aux premiers mois en poste.

bon à savoir

L’étude de l’Apec repose sur 52 entretiens d’au moins une heure, menés avec Viavoice entre février et mai 2026 auprès de 32 cadres reconvertis, 8 non-cadres devenus cadres, 8 managers et 4 organismes de formation. Qualitative, elle ne mesure pas de proportions mais éclaire les motivations, les obstacles et les ressorts de ces parcours. 

Un secteur fantasmé avant même d’y entrer

Avant de se lancer, une grande majorité des reconvertis interrogés perçoivent le numérique comme un eldorado. Le mythe de la Silicon Valley y contribue, avec ses promesses de salaires attractifs, de carrières rapides, de télétravail et la possibilité de repartir de zéro. Certains nourrissent déjà une passion pour le sujet, d’autres cherchent surtout à rebondir, à retrouver du sens ou, pour les non-cadres, à obtenir de meilleures conditions de travail.

L’enthousiasme n’empêche pas les doutes. Beaucoup se demandent ainsi s’ils seront à la hauteur de métiers aussi techniques, et une minorité, surtout des femmes, redoute un univers très masculin. Et cette crainte n’a rien d’infondé. En effet, en 2023, les femmes n’occupaient que 24 % des emplois dans les métiers du numérique en France, selon l’Insee. À l’échelle européenne, le constat est similaire où 80,5 % des spécialistes des technologies de l’information et de la communication étaient des hommes en 2025, d’après Eurostat.

Des formations plus exigeantes que prévu

Pour les personnes interrogées, se former reste le meilleur moyen de se sentir légitime. C’est aussi ce qui rassure les recruteurs, qui reçoivent par ailleurs des candidatures de jeunes diplômés du secteur. Cursus universitaires ou bootcamps, toutes et tous décrivent un investissement intense, qui déborde largement des heures de cours. Les profils qui ne viennent pas d’un parcours scientifique ou technique doivent, eux, redoubler d’efforts.

Encore faut-il bien choisir son cursus. Selon les managers sondés, les organismes se sont multipliés et leur qualité reste inégale, même s’ils observent une structuration progressive de l’offre. Pour s’y retrouver, les reconvertis regardent la reconnaissance des certifications sur le marché et la place laissée à la pratique, à travers un stage ou une alternance. Le financement pèse aussi dans la balance. Beaucoup regrettent enfin de n’avoir pas été davantage accompagnés pour construire leur projet.

Décrocher un poste, puis tenir le rythme

Dans la majorité des cas, les reconvertis finissent par trouver leur place, d’autant plus vite qu’ils visent une spécialité en forte pénurie, comme la sécurité du cloud ou l’ingénierie des données. Les chiffres de Hellowork vont dans le même sens. En 2025, les offres liées à l’intelligence artificielle ont progressé de 47 %, et celles des métiers de la donnée ont mieux résisté que le reste du secteur.

Le chemin n’est pour autant pas sans embuche. Selon l’Apec, le diplôme, les stages et le réseau pèsent lourd dans l’embauche. Les profils les plus âgés se retrouvent parfois en position de junior, et certains acceptent un salaire inférieur à celui de leur emploi précédent. Mais leur savoir-être, forgé dans une autre vie professionnelle, fait souvent la différence.

Les premiers mois en poste sont décrits comme intenses par les sondés. À cet égard, l’accueil en entreprise joue alors un rôle décisif, souligne l’Apec. Les plus grandes accompagnent davantage leurs nouvelles recrues. Mais le télétravail intégral ou, dans les ESN, un placement direct chez un client, rendent les débuts plus difficiles.

Les profils juniors soucieux du déploiement de l'IA

Au retournement du marché s’ajoute l’arrivée de l’IA générative. Les reconvertis y voient d’abord une menace pour les profils juniors, et donc pour eux. Les chiffres leur donnent en partie raison. Selon une étude de la Banque de France et d’HEC publiée le 8 octobre 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé d’environ 28 % entre novembre 2022 et mars 2026 dans les métiers les plus exposés à l’IA, contre 8 % dans les moins exposés. Chez les jeunes développeurs et ingénieurs informatiques, la baisse atteint environ 42 %, d’après les travaux d’HEC.

Les auteurs restent toutefois prudents. Ils rappellent que d’autres facteurs ont pesé au même moment sur ces métiers, comme la hausse des taux d’intérêt ou le contrecoup post-Covid dans la tech ou le télétravail. L’étude ne permet donc pas d’isoler l’effet propre de l’IA. L’écart entre métiers exposés et moins exposés se réduit d’ailleurs nettement avec l’âge, jusqu’à devenir presque inexistant après 50 ans.

Les écoles interrogées par l’Apec font le même constat. Certaines compétences qui suffisaient hier à décrocher un emploi ne sont plus aujourd’hui qu’une première marche. Ces évolutions ne sont pas vécues de la même façon par tous : ceux qui ont déjà quelques années d’expérience estiment être arrivés au bon moment, d’autres expriment une forme de désillusion, parfois nourrie par les promesses d’embauche rapide de certaines écoles. Pour l’Apec, ces transformations pourraient, à terme, écorner l’image du numérique comme le parfait secteur d'accueil des reconversions.

Une fierté durement gagnée

Malgré les obstacles, les reconvertis se disent globalement satisfaits de leur parcours, et fiers des compétences acquises à force de persévérance. Leurs managers reconnaissent aussi leurs qualités. Ces derniers saluent leur motivation et leur maturité professionnelle, mais surtout leur capacité à faire le lien entre les besoins des métiers et les solutions techniques. Une reconversion ne s’achève ni à la fin de la formation ni à la signature du contrat, rappelle l’Apec. Elle se poursuit longtemps après, dans l’entreprise.

 

Partager l’article
  • Facebook
  • X
  • Linkedin
Recevez l’essentiel de l’actu emploi par mail
  • Restez à jour sans effort
  • On trie le meilleur pour vous
  • 2 emails par semaine
Créer mon compte

Préparez-vous à
décrocher votre job !

155 000

CV lus en moyenne chaque jour, soyez le prochain à être vu !

soyez visible auprès des recruteurs

Déposer mon CV

817 217

offres en ce moment, on vous envoie celles qui collent ?

soyez alerté rapidement

Créer mon alerte

Toutes les offres d’emploi

  • Paris
  • Lyon
  • Toulouse
  • Marseille
  • Nantes
  • Bordeaux
  • Lille
  • Rennes
  • Strasbourg
  • Nice
  • Montpellier
  • Aix-en-Provence
Voir les offres d’emploi par ville
Les sites
L'emploi
  • Offres d'emploi par métier
  • Offres d'emploi par ville
  • Offres d'emploi par entreprise
  • Offres d'emploi par mots clés
L'entreprise
  • Qui sommes-nous ?
  • On recrute
  • Accès client
Les apps
Nous suivre sur :
Informations légales CGU Politique de confidentialité Gérer les traceurs Accessibilité : non conforme Aide et contact