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Madjid, gestionnaire de stocks et sourd profond : « Mon handicap n’a rien changé à mon parcours professionnel »
Interviewé avec l’aide d’un interprète, il revient sur sa carrière chez Proxiserve.
« Mes collègues m’ont salué en langue des signes. » Voilà comment Madjid a été reçu y a quelques jours à peine, en rejoignant l’agence Proxiserve de Bordeaux. Sourd profond, ce gestionnaire de stock a pourtant derrière lui près de 30 ans de métier, dont une quinzaine auprès de ce grand groupe spécialisé dans l’installation et la maintenance des installations énergétiques.
Électricien de formation, passé par le milieu de plomberie avant de devenir gestionnaire de stocks, il revient pour Hellowork sur son parcours et sur la manière dont il compose avec son handicap au quotidien.
« Mes collègues m’ont aidé à maîtriser les outils informatiques »
Avant de gérer des stocks, Madjid a d’abord été électricien. Titulaire d’un CAP, il peine alors à trouver du travail, jusqu’à ce qu’un patron décide de lui ouvrir sa porte. « Il était ouvert au recrutement des malentendants, je me suis senti très bien accueilli », se souvient-il.
Dans cette petite entreprise de chauffage, Madjid part de zéro. « Je n’avais jamais touché au gaz. Un collègue m’a formé, il m’a appris tous les tenants et les aboutissants du métier, en me prodiguant de nombreux conseils. C’est comme ça que j’ai complètement laissé tomber l’électricité. » Pendant six ans, il répare des chaudières et des robinets à l’atelier, et prête main-forte à ses collègues lors des manutentions lourdes. « J’ai eu la chance d’évoluer dans un petit collectif de moins de 20 salariés, cela m’a mis en confiance », souligne-t-il.
Il y a une quinzaine d’années, Proxiserve rachète l’entreprise et conserve l’équipe au complet. Pour Madjid, l’événement marque néanmoins un virage. Il troque l’atelier de réparation contre le magasin, et devient gestionnaire de stocks. « J’ai dû redoubler d’efforts pour apprendre ce nouveau métier. J’ai observé mes collègues et reproduit leurs gestes. Ces derniers m’ont beaucoup aidé à maîtriser les outils informatiques et à passer les commandes. C’est grâce à eux que j’ai gagné en autonomie. » Si Madjid acquiert vite la technique, il lui est au départ plus difficile de se faire comprendre, et de comprendre les autres.
« J’arrivais de mieux en mieux à lire sur les lèvres de mes collègues »
Au début, la communication passe surtout par l’écrit. Madjid, lui, s’entraîne à déchiffrer la lecture labiale. « Je devais faire des efforts pour lire sur les lèvres de mes collègues, puis une habitude s’est installée. Aujourd’hui, j’arrive assez facilement à déchiffrer leurs mots, car je connais bien leur manière de s’exprimer », explique-t-il.
Ces premiers temps demandent de la patience, des deux côtés. « Les débuts ont été un peu difficiles. Mais j’ai pu compter sur des collègues très ouverts et compréhensifs. Nous avons rapidement noué une relation et, au fil du temps, nous avons appris à nous adapter les uns aux autres. »
Titulaire de la RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), Madjid s’en sert surtout pour les réunions : « Elle me permet notamment de bénéficier d’interprètes et d’aides à la communication, dont j’ai besoin dans certaines situations. »
Pour le reste, son quotidien ne diffère en rien de celui de ses collègues entendants. Et pour cause : « Je travaille comme tout le monde, sur des horaires classiques de 39 heures par semaine. J’ai les mêmes pauses méridiennes que mes collègues et il m’arrive aussi de travailler le samedi. »
bon à savoir
Son quotidien de magasinier ? Gérer les stocks et dépanner les techniciens
Seul gestionnaire de stock dédié au chauffage, Madjid veille à ce que chaque technicien parte en intervention avec les bonnes pièces. Sa mission première ? Les commandes. « Je m’assure que les factures correspondent bien aux pièces envoyées sur les chantiers, ainsi qu’aux quantités demandées », détaille-t-il.
Son travail repose aussi sur l’anticipation. « Lorsqu’un client commande des pièces et que je sais que le technicien a rendez-vous, je prépare tout ce dont il aura besoin pour son intervention. Ainsi, le jour du rendez-vous, tout est prêt, et il n’a plus qu’à emporter le matériel. »
D’autant que sur le terrain, les imprévus ne manquent pas. Une erreur de devis, une chaudière qui n’a pas les bonnes dimensions… et c’est Madjid qui prend la route. « Il arrive qu’un collègue en intervention constate qu’il lui manque une pièce. Je prends alors la voiture pour la lui apporter. »
Deux fois par an, il s’attelle également à l’inventaire, terminal portable en main. « Je bipe absolument tout ce qu’il y a dans mon stock, seul. C’est moi qui en ai la responsabilité », affirme-t-il. Une organisation bien rodée, qu’il a dû transposer il y a quelques jours dans un tout nouveau décor.
« Mes collègues m’ont salué en langue des signes »
En effet, pendant plus de 20 ans Madjid a travaillé à Lormont, sur l’ancien site de Dépagaz (filiale du groupe Proxiserve). Son transfert vers l’agence de Bordeaux, est tout récent : « Je prends mes marques. Tout se passe bien, même si la taille des lieux m’impressionne », confie-t-il. Et pour cause, plus d’une centaine de collaborateurs composent l’agence de Bordeaux, contre une trentaine, en moyenne pour le reste des agences Proxiserve.
Côté accueil, la nouvelle équipe n’a pas tardé à le mettre à l’aise. « Ils ont tous été très chaleureux et respectueux. Et mes responsables sont tout aussi bienveillants. » Mieux, « à mon arrivée, mes collègues m’ont salué en langue des signes », rapporte-t-il touché.
Un geste symbolique, qui ne règle pas pour autant toutes les questions de communication : Madjid n’est pas en mesure de lire sur les lèvres des nouveaux visages, cela demande un temps d’adaptation. « Dans ces moments-là, nous passons par l’écrit ou privilégions des phrases simples composées de quelques mots », précise-t-il.
Ce qui n’a pas changé avec le déménagement, en revanche, c’est la confiance que lui accorde l’entreprise et sa hiérarchie. Lorsque son responsable d’équipe est absent, c’est lui qui tient le secteur chauffage. « Lorsqu’une commande urgente se présente, je m’en occupe immédiatement. L’an dernier, pendant l’absence prolongée du responsable d’équipe, j’ai su gérer seul l’entrepôt. »
Une expérience réussie en tant que tuteur de stage
Ce qui lui plaît le plus ? Les commandes, les vérifications, les allers-retours entre son ordinateur et le magasin. « Au début, curieusement, je n’avais aucun goût pour cela, mais plus le temps passait, plus ma motivation grandissait. Je crois que je suis devenu un peu accro à cette gestion informatique. »
Mais c’est ailleurs que Madjid trouve sa plus grande satisfaction. « J’aime prouver que je suis capable de travailler comme n’importe qui. C’est gratifiant de voir que les autres le remarquent, qu’ils constatent que je fais du bon travail, sans erreur. »
Pour exercer ce métier, plusieurs compétences lui semblent indispensables. À commencer par l’aisance informatique : « Il faut savoir piloter plusieurs logiciels. » Viennent ensuite l’organisation, et la rigueur « dans tout ce qui relève du contrôle et du remplissage des fichiers ».
Trois qualités que Madjid possède, auxquelles s’ajoute le goût de la transmission. Il a déjà encadré des stagiaires pendant trois mois, une expérience qu’il garde en bon souvenir : « J’étais très content de travailler avec eux. Mon responsable m’a d’ailleurs félicité, car selon lui, ils avaient été bien formés. »
Une entreprise inclusive qui ne reste pas sur ses acquis
Madjid tient à rassurer les personnes en situation de handicap qui aimeraient rejoindre Proxiserve : « Les débuts seront forcément un peu compliqués, comme ils l’ont été pour moi. C’est normal, cela fait partie de l’apprentissage. Mais Proxiserve est une entreprise inclusive, où le handicap n’est pas une barrière. »
La preuve : les collaborateurs détenteurs d’une RQTH représentent 5 % des effectifs, et ce chiffre pourrait augmenter avec le dispositif d’auto-diagnostique lancé par l’entreprise à l’occasion de la SEEPH.
bon à savoir
In fine, pour Madjid, le handicap n’est même plus un sujet. Seule compte la satisfaction du chemin accompli : « Je suis fier de mon parcours. J’ai beaucoup appris grâce à mes collègues, et aujourd’hui je suis autonome dans mon travail. Ma surdité et mon mutisme n’ont rien changé à mon parcours professionnel », conclut-il.
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