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Le « great flattening » : la suppression des managers intermédiaires gagne-t-elle la France ?

Par Laura Lamassourre Publié le

Il a un nom anglais et des ambitions universelles.

Le « great flattening » : la suppression des managers intermédiaires gagne-t-elle la France ?
Selon une étude publiée en 2024, 20 % des entreprises utiliseront l'IA pour « aplatir » leurs effectifs managériaux. © Anthony PELLIEUX@stock.adobe.com

Imaginez une pyramide qu'on aurait écrasée. Depuis 2022, plusieurs géants américains ont entrepris de réduire leurs strates de management intermédiaire, au nom de la rapidité et de la maîtrise des coûts. Le mouvement, baptisé « great flattening », s'est imposé dans le débat sur l'organisation du travail aux États-Unis. Reste à savoir s'il traverse réellement l'Atlantique, ou si la France n'en perçoit pour l'instant que l'écho.

Un phénomène né dans la tech américaine

Depuis 2022, Meta, Amazon, Google, Microsoft et Walmart rognent leurs strates managériales. En tout, Amazon a supprimé environ 27 000 postes, en ciblant notamment l'encadrement intermédiaire. Ce phénomène porte un nom, le great flattening, ou « grand aplatissement », et désigne la suppression volontaire des couches de management pour accélérer la décision et réduire les coûts. Selon Kimberly Brown, consultante spécialisée en leadership citée par le média américain The Everygirl, le poste de manager intermédiaire, longtemps perçu comme un aboutissement de carrière, est désormais « traité comme une charge facultative.»

Ce qui pousse les entreprises à aplatir leur structure

Deux moteurs reviennent dans les analyses de la tendance. D'une part, l'IA générative automatise une partie des tâches de coordination autrefois dévolues aux managers : planification, suivi des objectifs, allocation des ressources. D'autre part, les outils collaboratifs comme Teams ou Slack permettent à la direction de superviser des équipes plus larges sans relais intermédiaire. À cela s'ajoute, selon plusieurs experts américains, une correction du sur-recrutement managérial opéré après la pandémie. Fini le mille-feuilles hiérarchique ?

L’ampleur du mouvement, en chiffres

Les chiffres disponibles donnent une première mesure du mouvement. Selon un communiqué de l’entreprise de recherche et de conseil américaine Gartner publié en octobre 2024, 20 % des entreprises utiliseront l'IA pour « aplatir » leur structure hiérarchique d'ici fin 2026, supprimant ainsi plus de la moitié de leurs postes de management intermédiaire actuels. Une analyse de marché relayée par l'étude Global Human Capital Trends 2025 de Deloitte le confirme : les employeurs américains proposaient 42 % d'offres de postes de management intermédiaire en moins fin 2024 par rapport au printemps 2022. Le cabinet Korn Ferry, dans son rapport Workforce 2025: Power Shifts mené auprès de 15 000 professionnels dans le monde, ajoute que 41 % des salariés déclarent que leur entreprise a réduit ses strates managériales sur l'année écoulée, et 37 % d'entre eux se disent désormais sans repères clairs.

Et en France ?

Le contexte est, pour l'instant, plus suggéré que démontré. Mais il existe au moins un exemple français concret, celui de SCOR. En 2024, cette entreprise cotée du secteur de l'assurance, a annoncé une réduction des niveaux hiérarchiques et la fin de l'organisation matricielle du groupe, jugée diluer les responsabilités. Depuis, le groupe a confirmé avoir « simplifié l'organisation » dans le cadre de son plan stratégique 2026. Si les chiffres manquent encore, le climat du marché de l'emploi cadre ne dément pas la tendance. Selon l'Apec, les recrutements de cadres reculent pour la deuxième année consécutive (294 500 en 2025, soit 3 % de moins qu'en 2024 et 11 % de moins sur deux ans). Mais aucune donnée officielle n'isole, à ce jour, la suppression spécifique de postes de management intermédiaire dans l'Hexagone. Le recul observé est donc global au marché cadre, toutes fonctions confondues, et le cas SCOR demeure, pour l'instant, isolé.

Reste un effet documenté dans le rapport Gartner lui-même, la disparition de la couche intermédiaire risque de rompre les parcours de mentorat et de priver les plus jeunes salariés d'opportunités de développement. De quoi nourrir, en France comme ailleurs, une question simple : qui absorbera ce qui disparaît ?

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