Suivre l'actu de l'emploi

Ce que le recul de la tech américaine dit aux candidats français 

Par Laura Lamassourre Publié le

Outre-Atlantique la tech tousse. Doit-on s'inquiéter en France ? 

Ce que le recul de la tech américaine dit aux candidats français 
Le pays a créé deux fois plus d'emplois en août que ce que prévoyaient les économistes. © Neil@stock.adobe.com

Vendredi 4 septembre, le Bureau of Labor Statistics (BLS) a publié son rapport mensuel sur l'emploi américain pour le mois d'août. Le pays a créé 162 000 emplois, deux fois plus que ce qu'attendaient les économistes. Le taux de chômage y reste stable à 4,1 %, et les chiffres du début de l'été ont même été révisés à la hausse. De quoi laisser penser que le marché du travail américain tient bon.

Sauf sur un point. Dans le détail de ce même rapport, un secteur détonne, celui de l'information, qui regroupe notamment l'hébergement informatique, le traitement de données, l'édition et la diffusion de contenus. 23 000 emplois de moins en août, dans un secteur qui en perdait déjà 8 000 par mois en moyenne depuis un an*. Pendant que la restauration et l'éducation publique locale recrutaient, ce secteur, lui, continuait de dégonfler.

La finance affiche un repli comparable depuis un an, avec plus de 100 000 emplois perdus depuis un pic atteint en mai 2025, concentrés dans le crédit et l'assurance, deux activités elles aussi régulièrement citées parmi celles exposées à l'IA. Mais le parallèle s'arrête là. En France, la banque recule légèrement quand l'assurance continue de recruter, rien qui ressemble au phénomène observé côté tech.

Une surprise qui n'en est pas une

Depuis plus d'un an, l'emploi dans l'information recule mois après mois aux États-Unis, alors que l'ensemble (ou presque) du marché du travail progresse. CNN Business relève que la reprise du marché du travail américain reste, sur les derniers mois, tirée par un nombre restreint de secteurs, la santé en tête, plutôt que par l'ensemble de l'économie. Le mois d'août lui-même fait toutefois figure d'exception. Les créations d'emplois y ont été plus largement réparties entre secteurs qu'à aucun autre mois depuis décembre 2024.

bon à savoir

Le « secteur de l'information » au sens du BLS ne recouvre pas toute la tech américaine. Il regroupe l'édition, l'audiovisuel, les télécommunications et certains services informatiques, mais pas, par exemple, l'ensemble des entreprises de la Silicon Valley, dont beaucoup relèvent d'autres catégories statistiques.

En France, un ralentissement à nuancer

On ne peut pas faire un simple copier-coller du récit américain.

Le numérique français a bien subi un coup de frein. Selon Numeum (ex-Syntec Numérique), principal syndicat professionnel du secteur en France, les recrutements sont passés de 83 000 en 2023 à un peu plus de 51 000 en 2025, un niveau stable par rapport à 2024. Résultat, les effectifs du secteur ont reculé, retombant en 2024 à un niveau proche de celui de 2022. Mais pour 2026, le syndicat anticipe un retour de la croissance à environ 3 %, porté notamment par les éditeurs de logiciels. Attention, en revanche, ce chiffre porte sur l'activité économique du secteur, pas sur les créations de postes.

Du côté des cadres, l'Apec confirme un ralentissement spécifique à l'informatique : les recrutements ont reculé de 4 % en 2025, portant le cumul à 21 % de baisse par rapport au pic de 2023. L'association prévoit toutefois un rebond de 5 % en 2026 pour les activités informatiques et télécoms, avec environ 60 100 recrutements de cadres attendus dans cette catégorie.

bon à savoir

Le secteur numérique français regroupe plusieurs réalités distinctes. Les ESN vendent des compétences et des projets, le conseil en technologies travaille surtout au contact de l'industrie et de la R&D, les éditeurs de logiciels et plateformes cloud vendent des produits. Ces trois marchés n'avancent pas à la même vitesse, ce qui explique pourquoi un même secteur peut sembler à la fois en difficulté et en croissance selon l'angle choisi.

La différence avec les États-Unis tient surtout à la cause invoquée. Le ralentissement français est d'abord conjoncturel, lié à la prudence des investissements des grandes entreprises clientes. Numeum, cité par La Revue du Digital en juillet 2026, affirme qu'à ce stade « l'IA a un impact limité sur les effectifs » du secteur, la technologie modifiant d'abord les métiers et les compétences avant de peser sur les volumes d'emploi.

Le numérique n'est pas le seul concerné. La presse et l'audiovisuel montrent des signes comparables, un millier de postes supprimés dans la presse française en 2025 et 2026 selon un décompte du Journal du Net, une partie explicitement liée à l'IA, et un recul des effectifs de 4 % dans le cinéma et l'audiovisuel en 2025 selon Audiens. L'Insee confirme le mouvement en Île-de-France, où le volume d'heures travaillées dans l'ensemble du secteur "information et communication" a reculé de 2,8 % entre les premiers trimestres 2025 et 2026. Signe que la tension ne se limite pas aux suppressions de postes, l'Afdas, l'observatoire du secteur, cite justement la presse parmi les métiers où les difficultés de recrutement restent les plus fortes, aux côtés de la publicité et des télécoms.

Ce qui reste recherché, malgré tout

Sur le papier, la tech recule mais continue d'embaucher massivement certains profils. Dans son enquête annuelle sur les besoins en main-d'œuvre (BMO) publiée pour 2026, France Travail dénombre ainsi 84 227 projets de recrutement dans le numérique. Parmi eux, 49,5 % sont jugés difficiles à pourvoir par les employeurs, l'un des taux de tension les plus élevés toutes filières confondues, derrière le bâtiment et les travaux publics (65 %), la santé, le social et les services à la personne (54 %) et devant l'hôtellerie-restauration (44 %). Les profils recherchés sont identifiés : développeurs, data scientists, experts en cybersécurité, chefs de projet digital.

Cette tension coexiste avec la baisse des recrutements observée ces deux dernières années. Les deux mouvements ne se contredisent pas, ils touchent des profils différents. L'Apec note que le ralentissement a d'abord touché les jeunes diplômés et les profils généralistes, tandis que les compétences spécialisées, en particulier autour de la cybersécurité, de la donnée et de l'IA, restent parmi les plus recherchées du marché de l'emploi cadre en France.

Le paradoxe est là, la tech française a traversé deux années compliquées, avec des recrutements plus rares et des jeunes diplômés qui ont eu plus de mal à percer. Mais ce même secteur continue activement à embaucher. Tout dépend, en fait, de quel côté on se place.

 

*Données établissement du BLS, rapport Employment Situation, août 2026. La moyenne mensuelle de pertes sur les douze mois précédents (8 000) est calculée par le BLS lui-même dans son communiqué du 4 septembre 2026.

 

Partager l’article
  • Facebook
  • X
  • Linkedin
Les sujets liés
Recevez l’essentiel de l’actu emploi par mail
  • Restez à jour sans effort
  • On trie le meilleur pour vous
  • 2 emails par semaine
Créer mon compte

Préparez-vous à
décrocher votre job !

155 000

CV lus en moyenne chaque jour, soyez le prochain à être vu !

soyez visible auprès des recruteurs

Déposer mon CV

885 636

offres en ce moment, on vous envoie celles qui collent ?

soyez alerté rapidement

Créer mon alerte

Toutes les offres d’emploi

  • Paris
  • Lyon
  • Toulouse
  • Marseille
  • Nantes
  • Bordeaux
  • Rennes
  • Strasbourg
  • Lille
  • Nice
  • Montpellier
  • Aix-en-Provence
Voir les offres d’emploi par ville
Les sites
L'emploi
  • Offres d'emploi par métier
  • Offres d'emploi par ville
  • Offres d'emploi par entreprise
  • Offres d'emploi par mots clés
L'entreprise
  • Qui sommes-nous ?
  • On recrute
  • Accès client
Les apps
Nous suivre sur :
Informations légales CGU Politique de confidentialité Gérer les traceurs Accessibilité : non conforme Aide et contact