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Absentéisme : 4 % des salariés concentrent 61 % des jours d’arrêt 

Par Laura Lamassourre • Publié le

Et les arrêts, eux, s’allongent. 

Absentéisme : 4 % des salariés concentrent 61 % des jours d’arrêt 
Du côté des cadres, en particulier, l'absentéisme a bondi de 17 % depuis 2023. © AVAVA@stock.adobe.com

Le cabinet de conseil et de courtage WTW a publié le 6 octobre son Baromètre Absentéisme Privé 2026*. Le taux d’absentéisme y atteint 4,95 % en 2025. Il progresse pour la deuxième année consécutive (+1,6 %), sans retrouver le pic de 2022 (5,34 %). Derrière ce taux moyen, les écarts entre salariés sont importants. À noter que l’étude repose toutefois sur les entreprises clientes de WTW, et ses résultats se lisent donc comme une tendance plutôt que comme une photographie de l’ensemble du secteur privé.

Des arrêts plus longs, pas plus nombreux

Selon le baromètre, un salarié sur trois (33,6 %) a été absent au moins une fois en 2025. Cette proportion n’a quasiment pas bougé depuis 2023. Elle atteignait encore 41,8 % en 2022, année marquée par les vagues Omicron, pendant laquelle les salariés testés positifs devaient s’isoler et bénéficiaient d’arrêts dérogatoires sans jour de carence. Ce régime a pris fin le 1er février 2023. Ce qui change depuis, c’est la durée des arrêts. Les salariés arrêtés ont cumulé 38 jours d’absence en moyenne sur l’année, soit deux de plus qu’en 2023. WTW en fait le principal moteur de la hausse.

Surtout, le phénomène est très concentré. Les 4 % de salariés absents plus de 90 jours dans l’année représentent à eux seuls 61 % des jours d’absence, contre 58 % en 2023. À l’autre extrémité, 41 % des salariés arrêtés l’ont été une semaine ou moins au total. Ils pèsent environ 4 % des jours d’absence. Ce sont donc les arrêts de plusieurs mois, et non les absences d’un ou deux jours, qui font grimper la moyenne. De quoi relativiser le procès récurrent fait aux arrêts courts.

© WTW

Le baromètre de WTW ne renseigne pas les motifs de ces arrêts. Une autre étude, publiée en juin par l’assureur Malakoff Humanis, apporte un éclairage sur le sujet. Selon celle-ci, les troubles psychologiques sont devenus la première cause des arrêts de plus de 30 jours. Dépression, troubles anxieux et épuisement professionnel en représentent 37,8 %, une part en hausse de 25 % depuis 2020.

Les femmes 40 % plus absentes que les hommes

Le taux d’absentéisme des femmes atteint 6 %, contre 4,3 % chez les hommes, selon WTW. L’écart tient d’abord au nombre de salariées arrêtées. 37 % des femmes ont été absentes au moins une fois en 2025, contre 30 % des hommes. La durée de leurs absences n’est supérieure que de 3,5 jours en moyenne. Le baromètre relève aussi un pic d’absentéisme chez les femmes de 30 à 40 ans, qu’on ne retrouve pas chez les hommes. D’après les calculs du cabinet, l’absentéisme des femmes augmente de 10 à 15 % dans l’année qui suit une naissance.

Le cabinet rappelle, en s’appuyant sur l’Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact), que les femmes et les hommes n’exercent pas les mêmes métiers et ne sont donc pas exposés aux mêmes contraintes. Côté femmes, on trouve davantage de travail répétitif, de station debout, d’agressions du public, d’horaires atypiques ou de temps partiels. En 2023, un rapport sénatorial sur la santé des femmes au travail relevait déjà que 60 % des personnes atteintes de troubles musculo-squelettiques étaient des femmes, et qu’une femme sur cinq avait subi des violences dans le cadre de son travail au cours de l’année.

bon à savoir

Depuis 2014, l’article L. 4121-3 du Code du travail impose à l’employeur de tenir compte, dans l’évaluation des risques professionnels, de l’impact différencié de l’exposition au risque selon le sexe. Cette obligation reste peu appliquée dans les entreprises, et l’Anact a publié un guide pour aider à la mettre en œuvre.

Cadres et moins de 40 ans, les hausses les plus marquées

Les cadres restent de loin les moins absents, avec un taux de 2,65 %, contre 6,23 % pour les non-cadres. Leur absentéisme a pourtant bondi de 17 % depuis 2023, et leur durée d’absence s’est allongée de 3,5 jours. Selon WTW, ils sont la seule population dont le taux de 2025 dépasse ceux de 2020 et de 2022. Les assimilés cadres suivent la même pente, de 4,4 % à 5,1 % sur la période, une hausse que le communiqué ne mentionne pas.

Chez les moins de 40 ans, le taux progresse d’environ 10 % et atteint 4,14 %, ce qui reste sous la moyenne. À ce sujet, le baromètre avance des attentes de reconnaissance plus fortes de ces générations vis-à-vis de l’employeur. Les seniors, eux, ne portent pas la hausse. Leur taux reste stable, mais à un niveau élevé, 6 % chez les 50-60 ans et 7,4 % au-delà de 60 ans.

© WTW

Ce qui a changé pour les salariés en arrêt

Le baromètre paraît dans une période de durcissement des règles liées aux arrêts maladie. Depuis le 1er septembre, un premier arrêt de travail ne peut pas dépasser 31 jours, et une prolongation 62 jours, sauf exception liée à l’état de santé du patient. Le motif doit aussi figurer sur l’avis d’arrêt de travail. Depuis le 27 juin, un arrêt prescrit en téléconsultation est limité à trois jours au total, sauf s’il est renouvelé par le médecin traitant ou si le patient ne peut pas consulter en présentiel. La personne arrêtée doit en outre signaler à sa CPAM tout changement d’adresse pendant l’arrêt.

Côté employeur, le complément de salaire peut désormais être suspendu lorsque l’Assurance maladie signale une fraude avérée aux indemnités journalières. Le gouvernement a aussi annoncé un « bouton d’alerte » permettant aux employeurs de signaler un arrêt jugé suspect à l’Assurance maladie, dont la mise en service était prévue d’ici la fin de l’année.

Le baromètre ne dit rien, en revanche, de ceux qui viennent travailler malades.

 

*Le Baromètre Absentéisme Privé 2026 de WTW repose sur les déclarations sociales nominatives (DSN) de 3 100 entreprises clientes du cabinet, soit 427 800 équivalents temps plein, observées de 2020 à 2025. Ces entreprises couvrent l’ensemble des grands secteurs du privé, et 67 % des effectifs relèvent du tertiaire. Le baromètre comptabilise les arrêts maladie, les accidents du travail et les maladies professionnelles dès le premier jour. Le panel compte 61 % d’hommes et 64 % de non-cadres.

 

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