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Rémunération des cadres : les 30-49 ans, grands perdants de 2026

Par Laura Lamassourre • Publié le

Ces derniers mois, seul le fixe tient.

Rémunération des cadres : les 30-49 ans, grands perdants de 2026
En quatre ans, 15 % de trentenaires cadres en moins ont été augmentés. © Joheny@stock.adobe.com

En juillet, on vous expliquait, chiffres de l'Insee à l'appui, que le recul du pouvoir d'achat des cadres entre 2019 et 2024 tenait surtout à un effet de génération, avec des jeunes diplômés moins bien payés qui remplacent des aînés partis à la retraite. Le baromètre 2026 de la rémunération des cadres, publié le 5 novembre par l'Apec*, porte sur l'année écoulée. Ce qu'on y lit ? Une baisse qui n'a plus la même origine. En juin 2026, la rémunération médiane des cadres du privé s'établit à 54 000 € brut annuel, en baisse de 1,8 % sur un an, un repli que l'Apec n'avait en effet plus mesuré depuis 2010. Et ce ne sont ni les plus jeunes ni les plus âgés qui le portent, mais les cadres de 30 à 49 ans, en plein milieu de carrière.

Les deux études ne se comparent toutefois pas terme à terme. L'Insee et la Dares suivent sur cinq ans le salaire net moyen des cadres et professions intermédiaires du privé, pour dégager des tendances de fond par métier. Le baromètre de l'Apec repose, lui, sur les déclarations de 19 000 cadres interrogés chaque année, dont il suit la rémunération brute médiane, primes comprises, afin de prendre le pouls des pratiques salariales du moment, comme les augmentations ou la part variable. L'une décrit une évolution longue, l'autre éclaire ce qui s'est joué sur les douze derniers mois.

bon à savoir

La rémunération médiane partage les cadres en deux groupes de même taille, la moitié gagnant moins et l'autre moitié davantage. Contrairement à la moyenne, elle n'est pas tirée vers le haut par les plus hauts salaires, ce qui explique l'écart entre la médiane des cadres (54 000 €) et leur rémunération moyenne (63 000 €).

Vingt ans d'érosion du pouvoir d'achat

Rapportée à l'inflation, la baisse prend une autre ampleur. En un an, le salaire réel des cadres a reculé de 3,6 %, selon l'Apec, qui inscrit ce repli dans une tendance longue. Depuis 2007, leur rémunération médiane progresse en fait moins vite que le coût de la vie, si bien qu'ils ont perdu 11,6 % de pouvoir d'achat sur l'ensemble de la période, avec un décrochage net à partir de 2022.

 

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À noter que l'enquête a d'ailleurs été menée avant que l'inflation n'accélère cet été. Depuis, elle a presque doublé, passant de 1,8 % en juin à 3,4 % en octobre selon une estimation provisoire de l'Insee. Les cadres abordent donc la fin d'année avec des prix qui accélèrent, sans que le baromètre permette encore d'en mesurer l'effet sur leurs revenus.

Le milieu de carrière, seul à décrocher

Cette baisse ne frappe pas tous les cadres de la même manière. Chez les moins de 30 ans, le début de carrière reste une période favorable à la progression salariale. Leur rémunération médiane est ainsi stable, à 43 000 €, et près de deux sur trois (64 %) ont été augmentés, comme les années précédentes. Le salaire médian des 50 ans et plus ne bouge pas non plus, à 62 000 €, même s'ils sont les moins souvent augmentés (36 %, soit 6 points de moins qu'en 2025).

Entre les deux, le tableau s'assombrit nettement. Un peu plus d'un trentenaire sur deux a été augmenté cette année (52 %), contre 67 % en 2022, et moins d'un quadragénaire sur deux (43 %), contre 56 % quatre ans plus tôt. Leurs rémunérations médianes reculent aussi, à 51 000 € pour les 30-39 ans et à 58 000 € pour les 40-49 ans, ce qui en fait les seuls cadres dont la médiane baisse en 2026.

 

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Voilà qui tranche avec la lecture de cet été. Entre 2019 et 2024, les cadres restés dans le même poste avaient vu leur pouvoir d'achat progresser de 3 %, d'après l'Insee et la Dares, et la baisse de la moyenne s'expliquait d'abord par le renouvellement des générations. Cette année, la médiane recule alors que celle des moins de 30 ans ne bouge pas, signe que le phénomène touche surtout des cadres déjà installés dans leur carrière.

Moins d'augmentations, moins de primes...

Comment expliquer ce décrochage du milieu de carrière ? Le salaire de base, qui reste stable, n'y est pour rien, et la baisse vient de tout ce qui s'y ajoute. Moins d'un cadre sur deux a été augmenté cette année (46 %), contre six sur dix il y a deux ans, et ils sont aussi moins nombreux à toucher une part variable. Dans un environnement économique contraint, les entreprises ont davantage ajusté les primes et les bonus que les salaires fixes, observe l'Apec.

Chez les 30-49 ans, la part de cadres qui touchent une rémunération variable a ainsi perdu 6 à 7 points en deux ans, pour tomber à 48 % chez les trentenaires et à 50 % chez les quadragénaires. L'Apec avance d'autres facteurs, comme la baisse du poids du variable dans le commerce et les services, des effets de structure propres à certains métiers, ou encore un ralentissement des mobilités et des changements de poste, qui sont d'ordinaire l'occasion d'une hausse de salaire. Rester en place rapporte aussi de moins en moins, et seuls 42 % des cadres restés au même poste ont été augmentés cette année, contre 57 % en 2024.

Le secteur et la taille de l'entreprise accentuent encore les écarts. Les cadres des services, du commerce et des PME sont ceux dont le pouvoir d'achat souffre le plus. L'industrie, où la médiane atteint 61 000 €, tient davantage, rejointe depuis deux ans par la construction.

... moins de satisfaction au travail

Les cadres le perçoivent très bien. Six sur dix déclarent que leur pouvoir d'achat s'est dégradé depuis un an, soit 5 points de plus qu'en 2025, et cette impression progresse surtout, à raison, chez les 30-39 ans. Ce sentiment pèse aussi sur leur rapport au travail. Parmi les cadres qui estiment avoir perdu du pouvoir d'achat, seuls 60 % sont satisfaits de leur poste. À l'inverse, chez ceux qui jugent qu'il s'est amélioré, 91 % se disent satisfaits. L'écart entre les deux groupes est le plus marqué sur les perspectives de carrière.

Interrogés par l'association sur les mesures qui leur redonneraient de l'air, les cadres placent la revalorisation des salaires loin devant le reste. Elle est citée par 62 % d'entre eux, et même par 70 % de ceux qui ont vu leur pouvoir d'achat se dégrader. Les avantages, les primes exceptionnelles ou l'épargne salariale recueillent en revanche chacun moins d'une réponse sur dix. Pour Annelore Coury, directrice générale de l'Apec, « ces résultats soulignent l'importance de la question salariale pour les cadres qui reste un enjeu de fidélisation pour les entreprises ».

Changer de poste, en interne de préférence

Faut-il bouger pour s'en sortir ? Le baromètre montre que la mobilité, en particulier interne, reste le moyen le plus sûr de gagner plus. En 2026, 68 % des cadres qui ont changé de poste au sein de leur entreprise ont été augmentés, et leur rémunération médiane (57 000 €) est la plus élevée de tous les cas de figure. Changer d'employeur est une autre option valable (61 % d'augmentés), à condition d'éviter la case chômage (42 % d'augmentés).

Le bénéfice de la mobilité dépend toutefois de l'âge. Avant 40 ans, changer de poste, dans son entreprise ou ailleurs, améliore nettement les chances d'obtenir une hausse. Chez les trentenaires, trois sur quatre ont été augmentés après une mobilité interne, contre moins d'un sur deux parmi ceux qui sont restés à leur poste. Après 40 ans, partir rapporte beaucoup moins, et la mobilité interne devient le vrai levier. Les quadragénaires qui ont changé de poste dans leur entreprise touchent ainsi un salaire médian de 62 000 €, soit 5 000 € de plus que ceux qui n'ont pas bougé. Ces chiffres indiquent toutefois combien de cadres ont été augmentés, pas de combien.

Une timide transparence salariale

Négocier une augmentation ou un nouveau poste suppose encore de savoir où l'on se situe, et c'est loin d'être le cas de tous les cadres. À peine un sur sept (14 %) dit connaître précisément sa position par rapport aux collègues qui occupent un poste équivalent, et 48 % l'ignorent. Une part qui grimpe à 51 % dans les entreprises de 250 salariés et plus. L'Apec y voit notamment l'effet de dispositifs de rémunération plus complexes et de circuits de décision plus éloignés dans les grandes structures. En interne, la transparence avance peu, et 61 % des cadres estiment que leur entreprise n'a rien entrepris en la matière depuis deux ans. Or, pour l'Apec, « plus que l'existence formelle de nouvelles obligations, c'est leur traduction concrète dans les pratiques internes et dans la lisibilité des politiques salariales qui sera décisive ».

Les offres d'emploi, elles, jouent davantage le jeu. Au premier semestre 2026, 68 % des offres cadres publiées sur apec.fr affichaient un salaire ou une fourchette, contre moins d'une sur deux en 2019, et ces annonces reçoivent près de deux fois plus de candidatures. Le mouvement se retrouve dans l'enquête « Recrutement en 2027 » de Hellowork, où 75,4 % des recruteurs déclarent afficher systématiquement le salaire, contre un peu plus de 68 % en 2025. Côté candidats, 57,1 % des cadres et managers interrogés se disent moins enclins à postuler quand le salaire n'est pas indiqué.

bon à savoir

La directive européenne 2023/970 sur la transparence des rémunérations devait être transposée en droit français avant le 7 juin 2026. Le projet de loi, présenté en Conseil des ministres le 10 septembre et déposé au Sénat, prévoit que les candidats soient informés du salaire proposé ou d'une fourchette dès le recrutement, et que les salariés puissent connaître la rémunération moyenne de leur catégorie d'emploi, sans accès aux salaires individuels de leurs collègues. Il n'a pas encore de date d'examen, et le gouvernement table sur un passage au Sénat entre la fin de l'année et le début de 2027.

Cet été, la baisse du pouvoir d'achat des cadres restait surtout une affaire de moyenne, portée par l'arrivée de jeunes diplômés. Cette année, elle se lit sur la fiche de paie de cadres en poste, au moment même où les prix repartent à la hausse. De quoi aborder son prochain entretien annuel chiffres en main ?

 

* Enquête menée en juin 2026 auprès de 19 000 cadres du secteur privé, clients de l'Apec, avec un redressement selon l'âge, le sexe, la taille d'entreprise, le secteur, la région et la mobilité. La rémunération étudiée est le salaire annuel brut, fixe et variable, hors intéressement et participation, et la part de cadres augmentés repose sur leurs déclarations.

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