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Cadres : un pouvoir d'achat en recul, pas un niveau de vie en péril 

Par Laura Lamassourre Publié le

La baisse est réelle selon une nouvelle étude de l’Insee et de la Dares, mais elle ne dit pas tout. 

Cadres : un pouvoir d'achat en recul, pas un niveau de vie en péril 
C'est en fait le renouvellement des générations qui tire la moyenne vers le bas. © K@stock.adobe.com

Les cadres doivent-ils se serrer la ceinture ? Malgré un salaire qui reste, en moyenne, deux fois et demie supérieur à celui d'un employé, ces derniers voient reculer leur pouvoir d’achat depuis cinq ans. C’est ce que met en lumière l’édition 2026 de l’ouvrage Emploi, chômage, revenus du travail publié par l’Insee et la Dares le 2 juillet. De quoi nourrir un malentendu si on s'arrête aux seuls chiffres : la baisse est réelle, mais elle ne raconte pas une histoire d'appauvrissement.

Une hiérarchie des salaires qui se resserre (un peu)

Reprenons depuis le début. Entre 2019 et 2024, le pouvoir d'achat moyen des salaires nets a progressé de 0,8 % dans le secteur privé. Au-delà de cette moyenne, on trouve des trajectoires très différentes selon les métiers. En effet, sur 343 professions et catégories socioprofessionnelles étudiées, seules 121 ont vu leur pouvoir d’achat progresser sur cette période.

Les professions de santé affichent la meilleure progression du classement (+3,7 %), portées par les revalorisations du Ségur de la santé engagées pendant la crise sanitaire. Un rattrapage à nuancer, puisqu'il concerne notamment des professions intermédiaires comme les infirmiers ou les puéricultrices, dont le salaire net moyen reste parmi les plus modestes de l'étude, à 2 638 € en 2024. Les grands perdants ? Les cadres et professions intermédiaires (hors professions de santé), avec un recul de 2,0 %. Les employés et ouvriers, eux, s'en tirent mieux, avec une quasi-stabilité (-0,3 %).

Un rappel s'impose avant d'aller plus loin : ce recul reste relatif, pas absolu. Même après cette baisse, un cadre administratif et commercial d'entreprise touche en moyenne 4 997 € nets par mois en 2024, contre 2 242 € pour un employé administratif et 1 724 € pour un ouvrier non qualifié de type artisanal. La hiérarchie des salaires s'est resserrée, elle ne s'est pas inversée.

 

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Un filet de sécurité qui ne concernait pas les cadres

Le choc inflationniste de 2021 à 2024 n'a pas frappé tout le monde de la même façon. Les employés et ouvriers comptent une proportion nettement plus élevée de salariés proches du Smic : 15,3 % d'entre eux touchaient, en 2019, moins de 1,1 fois le salaire minimum, contre moins de 3,0 % chez les cadres et professions intermédiaires. Or le Smic a progressé de 16,7 % en moyenne entre 2019 et 2024, à la faveur des revalorisations automatiques déclenchées par la hausse des prix (on détaillait ce mécanisme dans un précédent article). Ce filet de sécurité a mécaniquement protégé le pouvoir d'achat des bas salaires. Les cadres, eux, n'y ont quasiment pas eu accès.

Un phénomène statistique autant qu'individuel

Le Smic n'explique pourtant pas tout. Une bonne partie du recul chez les cadres tient à un mécanisme démographique plus qu'à un appauvrissement individuel généralisé, qu’on appelle l'effet de noria.

bon à savoir

L'effet de noria désigne, en matière de gestion des ressources humaines, la part de l'évolution du salaire moyen d'une profession liée aux départs de salariés expérimentés, mieux rémunérés, remplacés par des entrants plus jeunes et moins bien payés. Il fait mécaniquement baisser la moyenne d'une profession, sans qu'aucun salarié en poste ne perde en réalité de pouvoir d'achat.

Cet effet contribue à hauteur de -4,4 points chez les cadres et professions intermédiaires, contre -2,8 points chez les employés et ouvriers. Preuve la plus parlante, les cadres restés dans le même poste entre 2019 et 2024 ont vu leur pouvoir d'achat progresser de 3,0 %, quand la moyenne de la catégorie reculait de 2,0 %. Autrement dit, ce ne sont pas les cadres en poste qui s'appauvrissent, c'est le renouvellement des générations qui tire la moyenne vers le bas.

Entre les cadres, des disparités importantes

Le mot « cadre » recouvre des réalités très différentes, ils ne sont donc pas tous touchés de manière équivalente par cette baisse, loin de là. Les cadres des marchés financiers affichent la meilleure performance de toute l'étude, avec une hausse de 19,9 % sur la période. À l'inverse, plusieurs métiers reculent nettement plus que la moyenne des cadres : les cadres de l'immobilier perdent 8,5 %, les cadres de la publicité 8,3 %, les cadres spécialistes des ressources humaines et du recrutement 5,8 %, les cadres des services financiers ou comptables des grandes entreprises 3,8 %, les ingénieurs et cadres d'étude et de recherche en informatique 2,8 %. Les chefs de projets informatiques et responsables informatiques font quasiment jeu égal avec l'inflation (0 %). Aucune de ces catégories ne forme donc un bloc homogène de perdants ou de gagnants.

Le tableau s'améliore depuis peu. Le salaire moyen par tête réel a progressé de 0,7 % en 2025, après 0,2 % en 2024. Mais ce regain reste insuffisant pour effacer les pertes des années précédentes : en moyenne sur 2025, le pouvoir d'achat du salaire moyen par tête demeure inférieur de 0,6 % à son niveau de 2019. Au premier trimestre 2026, les salaires horaires de base progressent de 1,9 % sur un an, un rythme qui accompagne, sans encore le compenser, le repli de l'inflation. Pas de quoi se serrer la ceinture, donc, mais pas de quoi la desserrer non plus.

 

 

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