Ruptures conventionnelles en baisse : quels sont les secteurs qui n'ont pas suivi ?
En 2024, les ruptures conventionnelles reculent pour la première fois en dix ans.
C'est une première depuis 2013. En 2024, 538 433 ruptures conventionnelles ont été homologuées dans le secteur privé, soit un recul de 1 % par rapport à 2023, nous apprend la publication de la Dares du 8 avril 2026. La courbe n'avait jamais fléchi, à l'exception du trou d'air de 2020. En dix ans, cette rupture du contrat de travail à l'amiable avait progressé de 65 % et semblait inébranlable. Or, derrière la baisse globale, les trajectoires sectorielles sont bien différentes. Et ce sont elles qui racontent vraiment ce qui se passe sur le marché du travail.
Immobilier, restauration : le recul s'explique
Certains secteurs concentrent l'essentiel de la baisse. L'immobilier enregistre la chute la plus marquée : -12 % en 2024, après deux années de forte progression. Un retournement qui intervient dans un contexte de fort ralentissement du marché : selon les notaires, les transactions ont chuté de 22 % en 2023, soit le recul le plus important depuis dix ans. L'hébergement-restauration recule de 5,4 % : le secteur avait connu un cycle intense de recomposition des effectifs post-Covid, avec 75 % des entreprises déclarant des difficultés de recrutement fin 2022 d'après les données de la Dares. Ce cycle semble s'être refermé. Les autres activités de services accusent -5,3 %, les transports -3,7 %, le commerce -2,0 %.
Ces baisses ont une explication commune, au moins partielle : le durcissement réglementaire. Dans les secteurs à bas salaires et faibles anciennetés, où les indemnités sont modestes, l'alourdissement de la contribution patronale pèse davantage sur la décision de l'employeur. L'équation financière de la rupture conventionnelle y est moins favorable qu'elle ne l'était.
bon à savoir
Tech et conseil : pourquoi la courbe continue de monter
À rebours de la tendance générale, l'information-communication affiche +7,9 % en 2024, après +19,7 % en 2023. Les activités spécialisées, scientifiques et techniques progressent de +3,7 %. Ces deux secteurs représentent ensemble près de 127 000 ruptures conventionnelles sur l'année, soit près d'un quart du total national. Ils emploient une part élevée de cadres, seule catégorie socioprofessionnelle en hausse en 2024 (+5,7 %). Or les cadres disposent d'un levier de négociation nettement supérieur : 54,5 % d'entre eux obtiennent une indemnité supérieure de plus de 5 % au minimum légal, contre 17,1 % chez les employés. Dans ces branches, la rupture conventionnelle reste un outil de mobilité attractif des deux côtés de la table, et l'alourdissement de la contribution patronale y est plus facilement absorbé.
Part des fins de CDI : l'autre lecture
En 2024, les ruptures conventionnelles représentent 19,2 % des fins de CDI dans l'immobilier et dans l'information-communication et n'en constituent que 7,1 % dans les transports et 8,9 % dans l'hébergement-restauration. Dans les secteurs à forte rotation des effectifs, la démission et les fins de CDD dominent largement. Dans les secteurs à emplois plus stables et plus qualifiés, la rupture conventionnelle est devenue un mode de séparation central.
Un ralentissement, pas un retournement
La baisse de 2024 s'inscrit dans un contexte de durcissement délibéré, qui ne s'arrête pas au « forfait social ». Les partenaires sociaux ont conclu un accord le 25 février 2026, formalisé le 23 mars, prévoyant une réduction de la durée maximale d'indemnisation chômage après une rupture conventionnelle : de 18 à 15 mois pour les moins de 55 ans, de 27 à 20,5 mois pour les plus de 57 ans. Le Sénat a adopté le projet de loi le 1er avril par 236 voix contre 39 et l'Assemblée nationale devait l'examiner le 16 avril, pour une entrée en vigueur envisagée dès septembre 2026. Les économies attendues sont estimées entre 600 et 900 millions d'euros par an selon les sources.
Pour l'heure, le recul reste donc limité. La vraie question est de savoir si la réduction des droits à l'indemnisation, attendue à l'automne, changera davantage la donne que les hausses successives du coût patronal.
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