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De 15 jours à 5 semaines : 90 ans de congés payés en chiffres

Par Laura Lamassourre Publié le

90 ans après les grèves de Mai, promesse tenue ? 

De 15 jours à 5 semaines : 90 ans de congés payés en chiffres
Selon une enquête récente du Crédoc, 14 % des Français ne partent jamais en vacances. © Unclesam@stock.adobe.com

20 juin 1936. La France étend un droit qui n'existait alors que pour une poignée de salariés : partir en vacances sans perdre un centime de salaire. 90 ans plus tard, la durée du congé a plus que triplé, sans pouvoir garantir l'accès aux vacances à tous. Retour chiffré sur neuf décennies d'un droit social qui s'est construit par à-coups, souvent sous la pression de la rue.

De 1936 à 1982, la lente conquête des congés payés

Le Front populaire n'a pas inventé les congés payés, il les a généralisés. Car avant 1936, quelques salariés y avaient déjà droit, ici ou là, au gré des employeurs ou d'accords collectifs isolés. C’est le cas des salariés du métro parisien depuis 1905 ou les couturières parisiennes depuis 1923. Mais c'est bien la loi du 20 juin 1936, promulguée dans la foulée des accords de Matignon, qui étend ce droit à l'ensemble des salariés, pour quinze jours. Une mesure d'autant plus marquante qu'elle ne figurait, avant les grèves, ni dans le programme du Rassemblement populaire ni dans celui de la CGT. Elle était, en effet, jugée illusoire face à des revendications alors estimées plus réalistes comme la hausse des salaires.

L'effet est immédiat, quoique limité. 600 000 personnes partent en vacances dès cet été-là, 1,7 million l'année suivante. Léo Lagrange, tout juste nommé sous-secrétaire d'État à l'Organisation des Loisirs et des Sports, négocie avec la SNCF un billet à tarif réduit qui deviendra vite un symbole, le « billet Lagrange ».

bon à savoir

La loi de 1936 compte en jours ouvrables, c'est-à-dire tous les jours de la semaine sauf le dimanche et les jours fériés. 

Les décennies suivantes, chaque avancée suit un mouvement social ou une négociation collective, jamais une initiative spontanée du législateur. Trois semaines en 1956, portées par des accords chez Renault. Quatre semaines en 1969, dans le sillage direct de Mai 68. Cinq semaines enfin en 1982, sous le gouvernement Mauroy, une durée qui n'a plus bougé depuis.

 

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Qui part vraiment en vacances, 90 ans après ?

C'est peut-être le paradoxe le plus frappant de cet anniversaire. Sur le papier, le droit aux congés payés est universel depuis 1936. Dans les faits, il ne garantit toujours pas un accès égal aux vacances. Selon une enquête du Crédoc réalisée pour l'ANCV (Agence nationale pour les chèques-vacances) et publiée au mois de juillet, 57 % des Français de 15 à 69 ans partent en vacances au moins une fois par an, mais 14 % ne partent jamais.

L'écart se creuse nettement selon les revenus et le milieu professionnel. 21 % des bas revenus ne partent jamais. À l'inverse, 43 % des hauts revenus partent plusieurs fois par an, tout comme 37 % des cadres, contre 21 % en moyenne. Sur dix ans, l'écart reste marqué entre cadres et personnes au foyer : autour de 80 % de départs chez les premiers contre moins de la moitié chez les secondes en période normale, un écart que la crise sanitaire a temporairement creusé encore davantage avant un retour à des niveaux proches d'avant-crise en 2025.

 

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Le premier frein reste financier : 47 % des personnes qui ne partent pas en vacances citent des revenus insuffisants, une proportion qui grimpe à 70 % chez les chômeurs. Un tiers des parents privilégient même les vacances de leurs enfants plutôt que les leurs, faute de budget suffisant pour toute la famille.

L'enquête distingue quatre profils parmi ceux qui ne sont pas partis l'an dernier. Ceux qui cumulent les difficultés financières et d'organisation, en plus d’une réticence marquée à réserver leurs vacances en ligne, par crainte des arnaques ou pour des questions de sécurité (34 %), les « casaniers », qui préfèrent simplement rester chez eux (30 %), ceux qui subissent des contraintes familiales ou de santé (25 %) et ceux qui, faute de moyens, font le choix d'envoyer leurs enfants en vacances sans partir eux-mêmes (11 %).

 

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bon à savoir

Le Crédoc considère qu'il y a « départ en vacances » à partir de quatre nuits passées hors du domicile. Un quart des Français bénéficient d'au moins une aide financière pour partir (employeur, CAF, mairie), et 29 % ont reçu des Chèques-Vacances via leur entreprise, un chiffre qui a doublé depuis 2008. 

Un droit toujours en mouvement

L'histoire des congés payés ne s'arrête pas vraiment en 1982. La loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 est en effet venue modifier les règles d'acquisition de congés payés pendant un arrêt maladie, sous l'effet d'arrêts de la Cour de cassation de 2023 imposant l'application du droit européen, jusque-là en contradiction avec le droit français.

Concrètement, un salarié en arrêt maladie non professionnel acquiert désormais deux jours ouvrables de congé par mois, dans la limite de 24 jours ouvrables par an. À noter que la mesure vaut rétroactivement depuis le 1er décembre 2009, sous certaines conditions.

Neuf décennies pour gagner ce droit, et voilà qu'on discute aujourd'hui de la possibilité d'y renoncer. Le 14 avril 2026, le député LR Éric Pauget a initié un vif débat en déposant une proposition de loi pour permettre aux salariés volontaires de travailler pendant leur cinquième semaine, contre rémunération. « Une conquête sociale arrachée de haute lutte par le mouvement ouvrier », rappelle de son côté la CGT à l'occasion de cet anniversaire. Reste à savoir combien de salariés diront vraiment non, 90 ans après avoir arraché le droit de dire « oui » aux vacances.

 

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