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Chômeurs « oisifs » : l'Unédic démonte le cliché, données à l'appui

Par Laura Lamassourre Publié le

1,7 million d’exemples qui donnent à réfléchir.

Chômeurs « oisifs » : l'Unédic démonte le cliché, données à l'appui
Les soupçons envers les chômeurs ont la vie dure. © HJBC@stock.adobe.com

« Assistés », « fainéants », « profiteurs »... Les qualificatifs adressés aux demandeurs d'emploi sont nombreux, et ils ont la vie dure. Une étude de l'Unédic publiée lundi 1er juin 2026 vient contredire méthodiquement l'un des arguments les plus utilisés pour justifier les réformes de l'assurance-chômage : l'idée que les demandeurs d'emploi attendraient la fin de leurs droits pour se remettre à chercher du travail. Portant sur 1,7 million d'allocataires ayant ouvert des droits en 2022, elle montre que la reprise d'emploi intervient rapidement, souvent avant même le premier versement. Le vrai problème est donc ailleurs.

Un soupçon de fainéantise aussi vieux que le système

Dès le tournant du XXe siècle, quand le concept même de chômage se construit et que les premières institutions d'indemnisation voient le jour, la question se pose immédiatement : comment distinguer le chômeur involontaire du « fainéant » ? Le soupçon est né avec l’assurance-chômage, et ne l'a plus quitté. Cette dernière voit le jour en 1958, en même temps que l’Unédic, par accord entre le patronat et les syndicats et, avec elle, presque immédiatement, l’idée que l’indemnisation décourageait la recherche d’emploi. Depuis, chaque réforme du système a été justifiée, au moins en partie, par la nécessité de « remettre les gens au travail ».

La campagne pour les prochaines élections présidentielles ne fait pas exception. En janvier 2026, lors de la présentation de son programme économique, Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat annoncé pour 2027, réclamait un plafonnement des aides sociales et une lutte contre les « stratégies d'alternance emploi/chômage » où « il y a vraiment des abus ».

De son côté, Gabriel Attal, ancien Premier ministre et secrétaire général de Renaissance, lui aussi candidat à l'élection présidentielle 2027, souhaite aussi réformer l'assurance-chômage. Lors de son centième jour à Matignon, en avril 2024, il dénonçait déjà sur BFMTV un système organisé autour de la multiplication des petits contrats, où certains alterneraient emploi et chômage par choix : « Je travaille quelques mois, je touche le chômage quelques mois, je retravaille quelques mois, je touche le chômage. » Le raisonnement est connu, rodé, bipartisan. Problème, les chiffres ne le confirment pas.

La moitié des allocataires ont déjà retravaillé au 4e mois

Le premier enseignement, est sans doute le plus spectaculaire. Entre 18 % et 22 % des demandeurs d'emploi reprennent un emploi avant même d'avoir perçu leur première allocation. Les délais d'attente et différés d'indemnisation font qu'une partie d'entre eux retrouvent du travail entre l'ouverture de leurs droits et le premier versement.

La dynamique ne s'arrête pas là. Au quatrième mois d'indemnisation, entre 46 % et 53 % des allocataires ont déjà retravaillé selon leur durée potentielle de droit. Sur l'ensemble de la période d'indemnisation, cette probabilité dépasse 80 % pour ceux qui disposent de droits de 18 ou 24 mois. Un léger rebond est bien observé au dernier mois du droit, mais il reste marginal à l'échelle de l'ensemble. En effet, il concerne surtout les allocataires qui ont créé ou repris une entreprise parallèlement à leur indemnisation, dont le parcours diffère sensiblement de celui d'un salarié en recherche d'emploi.

 

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bon à savoir

La durée potentielle de droit correspond au nombre maximal de jours pendant lesquels un allocataire peut percevoir une allocation journalière. Elle est définie à l'ouverture du droit selon les périodes d'emploi passées et l'âge. Depuis avril 2025, elle se situe entre six et 18 mois selon la réglementation en vigueur, et peut atteindre 27 mois pour les seniors. Elle est actuellement au cœur des débats : un projet de loi réduisant la durée d'indemnisation des salariés ayant signé une rupture conventionnelle vient d'être adopté en deuxième lecture à l'Assemblée nationale le 26 mai 2026, avec un vote solennel prévu le 2 juin. 

Ils reprennent vite mais reviennent souvent au chômage

D’après les résultats de l’étude de l’Unédic, deux tiers des premiers contrats retrouvés durent moins de six mois. Autrement dit, ils sont trop courts pour constituer une sortie durable du chômage. Résultat ? Seulement un allocataire sur quatre quitte définitivement le système d'indemnisation après sa première reprise d'emploi. Les trois quarts restants se retrouvent de nouveau au chômage, ou continuent de percevoir des allocations en parallèle de leur nouveau contrat.

Les intérimaires illustrent le mieux ce paradoxe. Ce sont ceux qui reprennent le plus vite le chemin de l’emploi : entre 36 % et 51 % ont déjà retravaillé avant même d'être indemnisés au titre de leur droit actuel. Mais dans environ huit cas sur dix, le contrat retrouvé est une nouvelle mission d'intérim, d'une durée inférieure à deux semaines en moyenne selon les données de la Dares d'avril 2026. La vitesse de reprise est record mais la durabilité, quasi nulle.

Ce que l'étude de l'Unédic dessine, en creux, c'est un marché du travail où les contrats courts occupent une place croissante, où les trajectoires alternant emploi et chômage sont devenues une norme pour une large partie des allocataires. La motivation des demandeurs d'emploi n'est peut-être pas le seul levier à actionner.

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