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Au travail aussi, le mieux est l'ennemi du bien
Attention : à ne pas confondre, avec « ça a le mérite d'exister ».
Vous avez relu ce mail trois fois avant de l'envoyer, repris une diapositive (ou une slide, si vous êtes plutôt de ce bord-là), ou gardé un dossier sur votre bureau tant qu'il n'était pas irréprochable. Cette exigence porte un nom, et la recherche s'y intéresse de plus en plus. Toutes proportions gardées.
Cette petite voix qui dit que ce n'est jamais assez bien
Le scénario est bien connu de certains salariés. Un travail est terminé, le résultat est bon, et pourtant la satisfaction n'est pas au rendez-vous. On repère un détail à corriger, une formulation à revoir.
C'est un trait de personnalité qui a un nom en psychologie du travail, le perfectionnisme, et qui touche autant les candidats en recherche d'emploi, jamais satisfaits de leur CV, que les salariés en poste, incapables de considérer un dossier comme terminé. Alors, c'est vrai, plus personne ne veut en entendre parler, car on l'a trop cité comme défaut acceptable en entretien d'embauche (on plaide un peu coupable).
Le perfectionnisme est en hausse (même si ce n'est pas toujours visible à l'oeil nu)
Une équipe de chercheurs britanniques, Thomas Curran et Andrew Hill, suit ce phénomène depuis plusieurs années. Leur dernière analyse, publiée en 2026 dans la revue Psychological Bulletin et portant sur 35 ans de données recueillies auprès d'étudiants américains, canadiens et britanniques, confirme une tendance déjà observée en 2019, la hausse continue de plusieurs formes de perfectionnisme au fil des générations.
Trois dimensions sont mesurées dans ces travaux. La première, c'est le perfectionnisme tourné vers soi, l'exigence qu'on s'impose à soi-même. La deuxième concerne les autres, l'exigence qu'on impose à son entourage professionnel. La troisième, celle qui progresse le plus vite, c'est le perfectionnisme socialement prescrit, la conviction que les autres, employeur, collègues ou clients, attendent une performance sans faille. C'est cette troisième dimension qui explique en grande partie l'épuisement associé au perfectionnisme au travail, parce qu'elle repose sur un jugement extérieur qu'on ne maîtrise jamais complètement.
Deux visages du perfectionnisme au travail
Le perfectionnisme n'a pourtant pas un seul visage. Une méta-analyse de référence, menée par Dana Harari et ses collègues et publiée dans le Journal of Applied Psychology, a cherché à établir un lien clair entre perfectionnisme et performance professionnelle. Le résultat est plus nuancé qu'attendu. Le perfectionnisme est associé à de nombreux facteurs organisationnels, mais son lien avec la performance réelle reste flou.
Des travaux plus récents affinent ce constat en distinguant deux formes de perfectionnisme. La première, la recherche d'excellence, pousse à se fixer des standards élevés et reste positivement liée à la performance. La seconde, les préoccupations perfectionnistes, se nourrit de la peur de l'erreur et du regard des autres, sans apporter le même bénéfice. Les deux formes poussent à travailler davantage d'heures, mais une seule d'entre elles se traduit par un résultat supplémentaire. L'autre consomme du temps et de l'énergie sans rien produire en retour, si ce n'est de la fatigue.
Gardez l'exigence et laissez tomber la charge mentale
Le perfectionnisme n'est donc pas à combattre en bloc. La question à se poser au quotidien est plus précise, ce niveau d'exigence sert-il le résultat, ou sert-il seulement à calmer une inquiétude ?
Un premier repère consiste à définir, avant de commencer une tâche, ce que signifie concrètement « c'est terminé » pour un projet précis. Un mail interne n'a pas besoin du même niveau de finition qu'une proposition commerciale. Fixer ce seuil en amont évite de le redéfinir sans cesse en cours de route, au moment où la fatigue rend le jugement moins fiable.
Un deuxième repère concerne le moment où l'on montre son travail. Demander un avis avant d'avoir peaufiné chaque détail permet souvent de découvrir que la version imparfaite convient déjà, et évite d'investir du temps sur des ajustements que personne n'aurait remarqués. Mieux vaut fait que parfait, c'est parfois bon de se le rappeler. En revanche, si vous devez réparer une soudure précise avec des enjeux de sécurité importants, c'est peut-être un autre collaborateur qui viendra contrôler que le résultat est vraiment au niveau.
Et rappelons-le, la qualité d'un travail rendu est à dissocier de votre valeur professionnelle. Un document imparfait ne dit rien de la compétence de la personne qui l'a produit. C'est justement cette confusion, entre ce qu'on fait et ce qu'on vaut, qui transforme une exigence saine en source d'épuisement.
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