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Qualités et défauts, salaire, projection à 5 ans... ces questions ont-elles encore un sens ?

Par Stéphanie Davalo • Publié le

Tous perfectionnistes.

Qualités et défauts, salaire, projection à 5 ans... ces questions ont-elles encore un sens ?
Ça sent le sapin pour "quel est votre principal défaut" © besjunior

Dans un récent sondage sur notre page LinkedIn Hellowork, 42 % des candidats désignaient « quelles sont vos qualités et vos défauts ? » comme la question d'entretien la plus agaçante parmi une sélection. Les commentaires de candidats et recruteurs ont complété la statistique, évoquant un rituel qui ne mesure plus grand-chose.

Un agacement massif et largement partagé

Vos qualités et vos défauts, où vous voyez-vous dans cinq ans, pourquoi vous, quel est votre salaire actuel : quatre questions, quatre incontournables de l'entretien d'embauche. Interrogés sur celle qu'ils redoutent le plus, les 1 464 répondants ont placé le duo qualités/défauts largement en tête, avec 42 % des votes. Suivent la projection à cinq ans (23 %), le « pourquoi vous » (22 %) et la question du salaire actuel (12 %).

Sous la publication, des recruteurs et des professionnels RH reconnaissent volontiers la limite de l'exercice. Le décalage entre ce qui se raconte pendant l'entretien et ce que révèle réellement le poste une fois occupé est revenu plusieurs fois et ce ne sont apparemment pas ces bonnes vieilles questions qui permettent de le réduire.

Le vrai problème n'est pas la question, c'est la réponse qu'elle incite

Pourquoi une question aussi ancienne continue-t-elle de crisper autant ? Parce qu'elle appelle presque mécaniquement une réponse téléphonée. Face à « quels sont vos défauts », la tentation est forte de citer un défaut habillé en qualité. Le fameux "perfectionnisme", par exemple, qui sonne creux. Le résultat ressemble moins à un aveu sincère qu'à un exercice de communication, ce que plusieurs commentateurs du sondage résument comme une forme d'hypocrisie, partagée entre celui qui pose la question et celui qui y répond.

Ce phénomène s'accentue avec l'essor des outils d'intelligence artificielle dans la préparation aux entretiens. Selon une enquête Hellowork, un candidat sur deux déclare déjà utiliser l'IA dans sa recherche d'emploi, une proportion qui grimpe à 63 % chez les moins de 25 ans. Parmi les usages les plus fréquents, s'entraîner aux questions types d'entretien figure en bonne place. Avec un résultat prévisible : plus les questions sont standardisées, plus les réponses le deviennent aussi. En d'autres mots, le jeu de rôle n'apprend plus grand chose à grand monde.

Ce que ces questions cherchent réellement à évaluer

Faut-il pour autant en conclure que ces questions ne servent à rien ? Pas tout à fait. Derrière « où vous voyez-vous dans cinq ans » se cache une tentative d'évaluer la cohérence entre le projet du candidat et celui du poste. On peut comprendre qu'un recruteur ait des réticences à positionner un candidat sur un poste dont il sait que les perspectives d'évolution sont minces.

Derrière « quels sont vos défauts », un recruteur cherche en théorie une capacité d'auto-analyse, pas une confession. Le problème n'est donc pas l'intention de départ, mais la formulation figée qui a fini par vider la question de sa fonction initiale. Une question posée de façon identique à des centaines de candidats produit inévitablement des réponses identiques.

C'est un mécanisme classique en entretien : dès qu'une question devient prévisible, elle cesse de mesurer ce qu'elle était censée mesurer. Un peu comme demander "ça va" machinalement et recevoir un "ça va et toi ?" en réponse, fin de la discussion.

Comment y répondre sans y perdre en sincérité

Pour le candidat, la meilleure stratégie n'est pas d'éviter ces questions, mais de refuser le format récité. Sur les qualités et défauts, un exemple concret ancré dans une situation vécue vaut toujours mieux qu'une liste d'adjectifs. Sur la projection à cinq ans, mieux vaut assumer une part d'incertitude honnête plutôt qu'un plan de carrière trop lisse pour être crédible. Le recruteur qui pose ces questions attend rarement une réponse parfaite : il observe surtout comment le candidat pense, hésite, et reformule.

Sur la question du salaire actuel, la marge de manœuvre est différente. Un candidat n'est pas tenu de communiquer son salaire actuel lors d'un entretien. À ce jour, rien dans le droit du travail français n'oblige à répondre à cette question, qui relève d'une pratique de recruteur et non d'une obligation légale. Il est possible de recentrer la discussion sur ses attentes salariales pour le poste visé, sans dévoiler sa rémunération actuelle.

Cette pratique a d'ailleurs vocation à disparaître complètement : la directive européenne sur la transparence  interdit explicitement aux employeurs d'interroger un candidat sur sa rémunération actuelle ou passée. Quand la transposition en droit français sera effective, l'interdiction le sera aussi.

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