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Entretien : ce qui se joue avant la première question

Par Stéphanie Davalo • Publié le

Pas tout, heureusement.

Entretien : ce qui se joue avant la première question
Une appréciation informelle n'est pas une appréciation insignifiante. © Surachetsh

Personne ne vous dira jamais que vous avez perdu le poste sur une phrase, car c'est rarement le cas. Alors, comment se fait la bascule d'un potentiel oui vers un non ? Une partie de la réponse est déroutante : plus tôt que vous ne le croyez, et pendant un moment que personne ne considère encore comme l'entretien.

Le bavardage d'accueil, plus qu'une mise en jambe ?

En 2010, Murray Barrick, Brian Swider et Greg Stewart ont publié dans le Journal of Applied Psychology une étude consacrée à ce qu'on pourrait appeler la phase d'accueil de l'entretien. Deux ou trois minutes de questions sans aucun rapport avec le poste, mais avec la météo ou l'actualité. Le genre d'échange que tout le monde considère comme de la politesse.

Les chercheurs ont demandé aux recruteurs (de stagiaires, en l'occurrence) de noter leur impression juste après ce moment, avant la moindre question de fond, et ont noté un lien entre cette note et l'évaluation rendue en fin d'entretien, et le fait que le candidat reçoive ou non une proposition.

Mais alors, qu'est-ce qui se transmet pendant ces précieuses minutes ? D'après les études, c'est l'impression de compétences, plus qu'un courant qui passe ou non.

Ce que le recruteur retient de ces deux minutes

Une seconde étude des mêmes auteurs, publiée deux ans plus tard sur 130 entretiens simulés, va plus loin. L'impression formée pendant l'accueil est fortement liée à la façon dont le recruteur évaluera ensuite les réponses aux questions structurées. Autrement dit, cette impression ne se contente pas de précéder l'évaluation, elle la colore. Un biais d'ancrage qui vient conforter le recruteur dans ses bonnes ou mauvaises impressions, mais qui ne dicte pas l'issue de l'entretien.

A qualifications égales, la "bonne" impression tient d'abord à deux choses : l'aisance verbale et l'extraversion. Un candidat compétent mais réservé, ou simplement moins à l'aise à l'oral, commence l'entretien avec un malus. Malus qui n'est pas une fatalité, car les recruteurs savent bien identifier ces biais pour ne pas y céder.

De l'importance des soft skills

Le baromètre Apec sur les pratiques de recrutement de cadres, publié en mai 2026 auprès de 1 150 entreprises de 10 salariés et plus ayant recruté au moins un cadre en 2025, montre que 96 % d'entre elles jugent les compétences comportementales au moins aussi importantes que les compétences techniques. Ce qui est plus ou moins vrai selon les métiers, il est toujours bon de le rappeler.

Le point sensible tient à la manière dont ces compétences sont appréciées : 92 % des entreprises s'en font une idée de façon informelle au cours de l'entretien, tandis que 41 % recourent à une évaluation formalisée, tests ou mises en situation. L'Apec relevait en 2025 que les recruteurs considèrent l'évaluation des compétences comportementales comme la phase la plus délicate d'un recrutement de cadre.

Une appréciation informelle n'est pas une appréciation insignifiante. Elle veut aussi dire qu'aucune grille ne vient corriger l'impression de départ, et que rien n'oblige le recruteur à justifier ce qu'il a ressenti. C'est exactement le terrain sur lequel l'ancrage prospère.

Ce que vous pouvez en faire

Si l'aisance verbale est un plus, elle n'a pas le même poids selon le métier exercé. Si vous êtes jeune diplômé et que c'est un point faible qui vous semble à faire évoluer, entrainez-vous. C'est une méthode basique qui fonctionne à peu près pour tout, "c'est en forgeant qu'on devient forgeron". Répéter à voix haute trois ou quatre situations professionnelles réutilisables couvre la majorité des questions posées, et vous pouvez les éprouver avec notre coach virtuel d'entretien. C'est là, et non dans la rédaction de phrases toutes faites, que l'IA rend service. Anticiper les questions fonctionne, réciter un texte produit exactement le discours lisse qui ne donne aucune prise.

Revenir sur une réponse en cours d'entretien, dire que vous l'avez mal formulée et la reprendre, ne passe pas pour une faiblesse. Sur une évaluation qui porte largement sur le comportement, c'est plutôt un signe de lucidité, et il intervient pendant que le recruteur est encore en train de se faire une idée. L'esprit d'escalier n'a jamais été synonyme d'une quelconque incompétence.

Bon à rappeler aussi : l'ancrage décrit par la recherche est une tendance mesurée sur des moyennes, pas un verdict individuel. Les entreprises qui structurent leur processus s'en protègent en partie, et elles sont de plus en plus nombreuses à recourir aux entretiens structurés ou aux mises en situation. Savoir où se joue une partie de la décision ne garantit pas d'être sélectionné, mais cela peut vous éviter de chercher vos erreurs au mauvais endroit. Si erreurs il y a.

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