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Dans la protection sociale et l'assurance, « la priorité, c'est l'adaptation à la transformation »
Décryptage de Laetitia Dupeyrat et Aurélien Jaunet, associés chez Aptic, spécialistes du recrutement dans la protection sociale et l'assurance.
Depuis 2025, les recrutements ralentissent dans la protection sociale et l'assurance, après deux années particulièrement dynamiques. Les entreprises recrutent toujours, mais elles arbitrent davantage et attendent une adéquation immédiate avec le poste. Un profil reste pourtant toujours aussi recherché : celui qui sait prendre du recul et s'adapter à la transformation du secteur. Laetitia Dupeyrat et Aurélien Jaunet, associés chez Aptic, décryptent pour Hellowork l'état du marché de l'emploi dans ce secteur d'activité.
Quel est votre positionnement sur le recrutement dans la protection sociale et l'assurance ?
Laetitia Dupeyrat, associée : Le groupe Aptic est un cabinet de conseil en recrutement et en ressources humaines créé en 2016, labellisé B Corp et fort de 35 collaborateurs. Nous intervenons depuis plus de dix ans sur le marché de l'assurance et de la protection sociale, un secteur plus vaste et plus diversifié qu'on ne l'imagine, avec ses propres métiers, ses enjeux et ses cultures d'entreprise. Nous réalisons plus de 180 recrutements par an avec huit recruteurs dédiés, auprès du secteur assurantiel (compagnies, courtiers, mutuelles, IP ou assurtechs..).
Nous proposons des postes en CDI, CDD, Travail Temporaire et Transition, et nous intervenons sur des fonctions variées : Souscription, Indemnisation, Actuariat et Gestion des Risques, Directions financières, juridiques, etc....
Comment se porte le marché de l'emploi dans la protection sociale et l'assurance en ce moment ?
Laetitia Dupeyrat, associée : Le secteur reste dynamique, mais sensiblement plus prudent qu'il y a deux ou trois ans. Les sociétés d'assurance ont réalisé 18 400 recrutements en 2025, contre 20 100 en 2024 et 20 600 en 2023 : les effectifs continuent de progresser, mais à un rythme plus mesuré. Après les années euphoriques de l'après-Covid, l'inflexion s'est fait sentir à partir du second semestre 2025. Les entreprises recrutent toujours, mais elles arbitrent davantage et attendent une adéquation immédiate entre le candidat et un cahier des charges redevenu plus exigeant.
Cette exigence se traduit notamment par une recherche accrue de profils immédiatement opérationnels. En actuariat, souscription, indemnisation ou protection sociale, les entreprises privilégient davantage les candidats qui connaissent déjà le produit, le risque ou l’environnement réglementaire concerné. Elles recherchent moins un potentiel à former qu’une expertise directement transposable, souvent complétée par une bonne maîtrise de la data et des outils.
Quels types de profils sont les plus recherchés en ce moment dans ce secteur ? Quels métiers recrutent le plus ?
Aurélien Jaunet, associé :
En volume, la distribution (conseillers commerciaux) et la gestion (Contrats et Indemnisation) restent les premiers pourvoyeurs d'emplois, avec des postes comme conseiller clientèle, gestionnaire santé ou prévoyance, ou technicien de souscription. Sur les douze derniers mois les fonctions les plus demandés ont été :
- La gestion de sinistres construction, portée par des programmes engagés depuis 2020.
- Les gestionnaires d’épargne, avec des records de collecte battus presque chaque trimestre.
Sur les profils cadres et experts, les besoins sont moins nombreux mais la recherche est de plus en plus précise.
Sur ces profils, les fonctions liées à la Finance, aux Risques ont été particulièrement plébiscitées.
Par ailleurs, aux regards des enjeux de transformations, les fonctions techniques (Actuariat, data, …) continuent d’être également fortement sollicitées.
La priorité est aujourd’hui donnée aux profils capables de s’adapter à la transformation des métiers, avec curiosité et prise de recul. Un gestionnaire en assurance vie, par exemple, ne se contente plus de traiter des actes de gestion : il doit aussi intégrer les contrôles réglementaires liés à ses dossiers, autrefois confiés à des équipes distinctes.
Les évolutions réglementaires récentes ont-elles créé de nouveaux besoins de recrutement ?
Laetitia Dupeyrat :
Les évolutions réglementaires récentes créent moins de nouveaux métiers qu’elles ne transforment les fonctions existantes. Là où Solvabilité II ou la LCB-FT avaient fait émerger de véritables expertises dédiées, les réglementations actuelles renforcent surtout les compétences attendues en risques, conformité, contrôle, cybersécurité ou encore dans les métiers de gestion. Les postes deviennent plus larges et plus techniques, sans nécessairement donner naissance à de nouvelles fonctions.
La réforme des retraites en est un bon exemple : elle n’a pas créé de nouveaux métiers, mais a renforcé les besoins autour de l’épargne retraite et du conseil. Les entreprises recherchent davantage des profils capables d’avoir une vision globale de la situation du client et de l’accompagner, au-delà de la seule maîtrise d’un produit.
Quelles sont les tendances en matière de salaires dans ce secteur ? À la hausse ou à la baisse ?
Aurélien Jaunet :
L’assurance reste globalement un secteur attractif en matière de rémunération, y compris sur les postes non-cadres. Toutefois, après plusieurs années de hausses importantes, nous observons aujourd’hui une stabilisation des rémunérations. Si les salaires ne baissent pas, les augmentations sont moins systématiques.
Les entreprises sont désormais plus attentives à leurs équilibres de rémunération et recrutent davantage à salaire constant sur les profils généralistes. Les expertises les plus recherchées ou les plus rares, notamment en actuariat, data ou cybersécurité, conservent en revanche une capacité de négociation plus importante.
Comment la digitalisation et l'IA transforment-elles les métiers de l'assurance et de la protection sociale, et quel impact sur les compétences recherchées ?
Aurélien Jaunet : Cette transformation est déjà très concrète : l'IA intervient dans la tarification, la souscription, la gestion des sinistres, la détection de fraude ou la relation client. Selon une étude de l'EIOPA, près des deux tiers des assureurs européens utilisent déjà activement de l'IA générative, même si une bonne part reste au stade du pilote. Sur les sinistres les plus simples, ceux qui font appel à des conventions déjà normées, l'automatisation progresse vite. Cela ne remplace pas la réflexion, le discernement et l'expertise métier : il faudra toujours un professionnel pour traiter un dossier atypique ou expliquer une décision à un assuré.
Quelles compétences techniques et soft skills font la différence pour les candidats sur ces métiers de l'assurance et de la protection sociale ?
Laetitia Dupeyrat : La maîtrise technique reste indispensable. Mais à niveau technique comparable, ce sont souvent les qualités comportementales qui font la différence : la capacité d'analyse et de prise de recul, la rigueur associée au sens des priorités, la pédagogie pour rendre une information complexe compréhensible face à un assuré ou un dirigeant, et la qualité relationnelle, dans un secteur où l'on travaille rarement seul. L'agilité revient souvent dans nos échanges : la capacité à rester concentré sur plusieurs sujets en même temps.
Ce secteur est-il propice aux profils en reconversion ? Si oui, quels types de profils réussissent le mieux cette transition vers l'assurance ou la protection sociale ?
Aurélien Jaunet : L’assurance reste un secteur assez peu ouvert aux reconversions sur ses métiers les plus techniques, qui nécessitent une connaissance importante des produits, des risques et de l’environnement réglementaire. Les passerelles sont plus naturelles sur les fonctions commerciales, de relation client ou certains métiers de gestion, où des compétences acquises dans d’autres secteurs peuvent être plus facilement transposées.
Au-delà de ces fonctions, les entreprises privilégient généralement des candidats ayant déjà une expérience de l’assurance ou de la protection sociale.
Y a-t-il des idées reçues ou des attentes mal comprises sur ces métiers ?
Laetitia Dupeyrat : L’assurance reste un secteur assez mal connu et souffre encore d’une image parfois peu attractive, notamment auprès des jeunes diplômés. Beaucoup de professionnels nous disent d’ailleurs y être arrivés un peu par hasard, avant d’en découvrir la diversité.
Pourtant, ses métiers répondent à des enjeux très concrets : protéger face aux risques cyber, accompagner les problématiques de santé, indemniser des victimes ou préparer la retraite. C’est aussi un secteur beaucoup plus dynamique qu’on ne l’imagine, qui évolue en permanence avec les nouveaux risques, les usages et les attentes de la société.
Y a-t-il des éléments différenciants à mettre en avant dans son CV ou sa lettre pour candidater dans l'assurance ou la protection sociale ? Comment un candidat doit-il se préparer pour un entretien dans ce domaine ?
Aurélien Jaunet : Le premier conseil, c'est la précision et l'honnêteté. Il ne suffit pas d'écrire « gestionnaire sinistres » : il faut préciser les produits maîtrisés, les types de clients, les outils utilisés, et si possible des éléments chiffrés. Pour l'entretien, mieux vaut préparer trois ou quatre exemples concrets, une difficulté technique résolue, une situation client complexe, plutôt que de simplement déclarer ses compétences, et bien se renseigner en amont sur les produits et la clientèle de l'entreprise.
Quelles évolutions anticipez-vous sur ce marché dans les 12 à 18 prochains mois ? Y a-t-il des compétences émergentes sur lesquelles les candidats devraient se former ?
Laetitia Dupeyrat : À horizon de 12 à 18 mois, selon nous, il n'y aura pas de rupture majeure, mais plutôt la poursuite des transformations déjà engagées. L’IA, la data et l’automatisation vont continuer à faire évoluer progressivement les métiers et les compétences attendues.
La maîtrise des outils numériques prendra davantage de place, y compris dans les fonctions traditionnelles de l’assurance, avec une attente croissante autour de profils capables de conjuguer expertise métier, capacité d’analyse et utilisation pertinente de ces nouveaux outils.
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