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Peut-on licencier un apprenti pour motif économique ?

Par Johannie BONIN • Publié le

Le licenciement pour motif économique n'est pas prévu par la loi pour les contrats d'apprentissage. Mais certaines situations peuvent y ressembler.

Peut-on licencier un apprenti pour motif économique ?
Apprenti en entreprise en difficulté : vos droits, vos recours et les exceptions à connaître. © Monster Ztudio/stock.adobe.com

Un apprenti dont l'entreprise traverse des difficultés financières peut légitimement s'interroger sur son sort. La réponse du droit est claire : le licenciement pour motif économique n'est pas un mode de rupture valide pour un contrat d'apprentissage. La loi prévoit une liste limitative de cas dans lesquels l'employeur peut mettre fin au contrat, et le motif économique n'en fait pas partie. Pour autant, certaines situations — liquidation judiciaire, difficultés graves — peuvent conduire à la rupture du contrat selon des règles spécifiques. Ce guide fait le point sur ce que dit la loi, les droits de l'apprenti et les recours disponibles.

Ce que dit l'article L6222-18 du Code du travail

L'article L6222-18 du Code du travail est le texte de référence sur la rupture du contrat d'apprentissage. Il fixe une liste limitative des cas dans lesquels l'employeur peut rompre unilatéralement le contrat après la période probatoire des 45 premiers jours. Le motif économique n'y figure pas.

Pour rompre unilatéralement un contrat d'apprentissage, l'employeur ne peut invoquer que les motifs suivants : la faute grave de l'apprenti, l'inaptitude constatée par le médecin du travail, un cas de force majeure, ou l'exclusion définitive de l'apprenti du CFA. Le décès de l'employeur maître d'apprentissage dans une entreprise unipersonnelle constitue également un motif valide. La rupture par l'employeur d'un contrat d'apprentissage hors des cas prévus par l'article L6222-18 du Code du travail est sans effet.

bon à savoir

Une difficulté économique ne constitue pas un cas de force majeure. L'employeur ne peut donc pas contourner l'interdiction en invoquant la force majeure pour masquer des difficultés financières.

Les cas de rupture unilatérale valides après les 45 premiers jours

Une fois la période probatoire terminée, seuls quelques motifs précis permettent à l'employeur de mettre fin au contrat.

Chaque motif impose une procédure distincte. En cas de faute grave ou d'inaptitude, l'employeur doit respecter la procédure de licenciement pour motif personnel ou disciplinaire. L'exclusion définitive du CFA suit la même logique. Dans tous les cas, la rupture doit être notifiée par lettre recommandée au CFA et à l'OPCO ayant financé le contrat, conformément à l'article L6222-18 du Code du travail.

La rupture peut également résulter d'un commun accord entre l'employeur et l'apprenti, quel que soit le motif.

La liquidation judiciaire : un cas à part

La liquidation judiciaire de l'entreprise est le seul cas économique dans lequel le contrat d'apprentissage peut être rompu. Ce n'est pas pour autant l'employeur qui prononce la rupture.

En cas de liquidation judiciaire sans maintien de l'activité, c'est le liquidateur qui notifie la rupture du contrat à l'apprenti. En cas de cessation d'activité, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire, l'employeur n'est pas habilité à mettre fin au contrat : seul le mandataire judiciaire le peut.

En cas de liquidation judiciaire d'une entreprise sans poursuite d'activité, l'apprenti a droit à une indemnisation au moins égale aux rémunérations qu'il aurait perçues jusqu'à la fin du contrat. Cette indemnisation est garantie par l'Assurance Garantie des Salaires (AGS) lorsque l'entreprise ne peut plus payer.

Exemple

Dieynaba, apprentie en BTS comptabilité, voit son entreprise placée en liquidation judiciaire au septième mois de son contrat. C'est le liquidateur judiciaire qui notifie la rupture de son contrat, et non son employeur. Elle perçoit une indemnité équivalente aux trois mois de salaire restant, versée par le liquidateur sur les fonds de la liquidation

Difficultés économiques sans liquidation : que peut faire l'employeur ?

Une entreprise en difficulté financière, mais non placée en liquidation judiciaire, ne dispose d'aucun droit légal de mettre fin à un contrat d'apprentissage pour motif économique. Après les 45 premiers jours, la rupture du contrat peut résulter d'un commun accord entre l'employeur et l'apprenti.

L'employeur peut donc proposer une rupture d'un commun accord à l'apprenti. Cependant, si l'apprenti accepte de signer une rupture d'un commun accord, il n'aura pas droit aux indemnités. L'apprenti n'est jamais obligé d'accepter cette proposition. Si l'employeur exerce une pression pour obtenir cette signature, cela peut constituer un vice du consentement invocable devant le conseil de prud'hommes.

bon à savoir

En cas de difficultés économiques de votre entreprise sans procédure collective, vous n'avez aucune obligation d'accepter une rupture d'un commun accord. Votre contrat continue de s'exécuter jusqu'à son terme ou jusqu'à l'ouverture d'une procédure judiciaire.

Que faire si votre employeur vous licencie pour motif économique ?

Si votre employeur rompt votre contrat en invoquant un motif économique hors liquidation judiciaire, la rupture est illégale. Plusieurs recours sont disponibles.

La première étape est de contacter le médiateur de l'apprentissage, prévu par l'article L6222-39 du Code du travail. Le CFA est tenu de permettre à l'apprenti de continuer à suivre sa formation théorique pendant six mois et de l'aider à trouver un nouvel employeur. Pendant cette période, l'apprenti bénéficie du statut de stagiaire de la formation professionnelle et conserve ses droits sociaux. En revanche, il ne perçoit plus de rémunération tant qu'il n'a pas signé un nouveau contrat

Si la médiation échoue, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes. En cas de rupture anticipée abusive, l'apprenti peut demander des dommages et intérêts d'un montant au moins égal aux rémunérations qu'il aurait perçues si le contrat était allé à son terme.

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