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Une mise en disponibilité est-elle envisageable si je travaille dans le privé ?

Par Johannie BONIN • Publié le

Suspendre son CDI dans le privé, c'est possible. La "mise en disponibilité", en revanche, ne s'applique pas aux salariés du secteur privé. On fait le point sur ce qui existe vraiment.

Une mise en disponibilité est-elle envisageable si je travaille dans le privé ?
Une pause professionnelle bien préparée, c'est un retour serein assuré. © DimaBerlin/stock.adobe.com

Vous envisagez une reconversion, un projet personnel ou une longue escapade à l'étranger ? Dans le secteur privé, le dispositif adapté à votre situation s'appelle le congé sans solde. Moins connu, souvent confondu avec la mise en disponibilité, il mérite qu'on s'y attarde. Définition, procédure, droits et impacts : voici tout ce qu'il faut savoir.

Mise en disponibilité : un dispositif réservé aux fonctionnaires

La mise en disponibilité est un mécanisme propre à la fonction publique. Elle désigne la situation du fonctionnaire titulaire qui, à sa demande ou à celle de l'administration, cesse d'exercer son activité pendant une certaine période, sans démissionner. Sa rémunération et ses droits à la retraite sont suspendus le temps de la disponibilité.

bon à savoir

Seuls les titulaires peuvent en bénéficier. Les stagiaires et contractuels se tournent vers le congé sans solde, dont le fonctionnement est très proche.

Autre évolution récente à connaître : un décret du 5 décembre 2025 met fin à l'obligation, pour les fonctionnaires, de réintégrer temporairement l'administration pour bénéficier d'un renouvellement de disponibilité pour convenance personnelle. Une simplification bienvenue pour ceux qui exercent une activité dans le privé.

Si vous êtes salarié du secteur privé, ce terme ne vous concerne donc pas directement. Mais rassurez-vous : un dispositif équivalent existe.

Dans le secteur privé, quel est l'équivalent ?

Dans le secteur privé, suspendre son CDI est possible. Le dispositif s'appelle le congé sans solde. Moins encadré que la disponibilité, il offre néanmoins une protection réelle au salarié.

Le congé sans solde : définition et fonctionnement

Le principe est simple : durant ce congé, le contrat de travail est suspendu sans être rompu, comme durant un arrêt maladie ou un congé maternité. A l'issue du congé, le salarié doit retrouver son emploi précédent ou un poste similaire.

Concrètement, cela signifie que vous n'êtes plus rémunéré pendant toute la durée du congé. La période de congé sans solde ne compte pas dans le calcul de l'ancienneté ni des droits à congés payés. Un point à bien anticiper avant de se lancer.

Sur la durée, le Code du travail ne prévoit aucune disposition spécifique. Elle est librement négociée avec l'employeur. En pratique, quelques semaines à plusieurs mois sont les cas les plus courants.

Congé sans solde et congé sabbatique : quelles différences ?

Les deux dispositifs permettent de suspendre son CDI, mais ils ne fonctionnent pas de la même façon. Le congé sans solde est souple : aucune condition d'ancienneté, aucune durée imposée par la loi. En revanche, l'employeur peut le refuser sans justification.

Le congé sabbatique, lui, est encadré par le Code du travail. Il dure entre 6 et 11 mois et ne peut pas être prolongé. Pour en bénéficier, le salarié doit justifier d'au moins 36 mois d'ancienneté dans l'entreprise et de 6 ans d'activité professionnelle. Avantage non négligeable : si l'employeur ne répond pas dans les 15 jours, le congé est automatiquement accordé.

Comment demander un congé sans solde en CDI ?

Bonne nouvelle : la procédure est relativement simple dans le secteur privé. Vous pouvez en discuter directement avec votre service RH. Quelques repères pratiques :

  • rédigez une demande écrite précisant la durée souhaitée et la date de départ prévue. L'envoi en recommandé avec accusé de réception est conseillé
  • transmettez votre demande entre 3 et 6 mois avant la date prévue. Plus vous anticipez, plus vous maximisez vos chances d'accord
  • consultez votre convention collective. Certains secteurs encadrent le congé sans solde avec des règles spécifiques sur les délais ou les conditions d'octroi

Attention toutefois : l'employeur peut refuser la demande sans avoir à en justifier la raison. Il n'a aucune obligation légale d'accepter. En cas de refus, vous n'avez pas de recours direct, sauf si votre convention collective prévoit des dispositions contraires.

Exemple

Tarek, 34 ans, développeur en CDI depuis quatre ans dans une PME, souhaite partir six mois en Amérique latine. Il anticipe sa demande huit mois à l'avance, consulte sa convention collective (rien de spécifique) et adresse un courrier recommandé à son DRH. Son employeur accepte, sous réserve d'un délai de prévenance de trois mois. Résultat : un congé sans solde de six mois, avec retour sur poste garanti par écrit.

Que peut-on faire pendant un congé sans solde ?

Le congé sans solde offre une liberté assez large. La loi ne prévoyant aucune réglementation particulière dans le secteur privé, vous êtes libre d'utiliser ce congé à des fins personnelles (voyage, loisirs) ou professionnelles (création d'entreprise, autre emploi). Deux points méritent cependant une attention particulière.

Travailler pour un autre employeur : ce qu'il faut vérifier

Travailler pour un autre employeur pendant le congé est possible, mais sous conditions. Vérifiez d'abord votre contrat de travail : s'il contient une clause d'exclusivité, vous n'êtes pas autorisé à exercer la moindre activité pour un tiers. S'il contient une clause de non-concurrence, vous ne pouvez pas travailler dans le même secteur d'activité.

En dehors de ces restrictions, vous restez libre. Travailler pour un autre employeur, lancer une activité en micro-entreprise ou réaliser des missions en freelance sont des options envisageables. Dans tous les cas, le principe de loyauté envers votre employeur d'origine s'applique toujours.

Protection sociale : que se passe-t-il pendant le congé ?

Si vous n'exercez aucune activité rémunérée pendant le congé, vous continuez à bénéficier des remboursements de soins et des indemnités journalières pendant un an. Au-delà, il faudra prévoir une couverture complémentaire, par exemple via la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) ou une mutuelle individuelle.

bon à savoir

Si vous bénéficiez d'un compte épargne-temps (CET), vous pouvez l'utiliser pour financer tout ou partie de votre congé. Une option à explorer avec votre service RH pour limiter l'impact financier.

Quels sont vos droits à votre retour ?

C'est souvent la question qui inquiète le plus avant de se lancer. Pas de panique : le cadre légal prévoit des garanties, même si quelques impacts sont à anticiper.

Réintégration : ce que garantit la loi

A l'issue du congé sans solde, l'employeur a l'obligation de vous proposer votre poste précédent ou un poste équivalent. Cette garantie de réintégration est un filet de sécurité non négligeable. Elle s'applique quelle que soit la durée du congé, dès lors que celui-ci a été accordé par écrit.

Exemple

Sonia, chargée de marketing dans une entreprise de services, prend un congé sans solde de quatre mois pour un projet associatif à l'étranger. A son retour, son employeur lui propose un poste de niveau équivalent dans un autre service. Elle l'accepte, son ancienneté étant préservée sur les périodes travaillées.

Ancienneté et retraite : les impacts à anticiper

Le congé sans solde a des effets concrets sur deux points. D'abord, la durée du congé n'entre pas dans le calcul de l'ancienneté : les droits liés à l'ancienneté (primes, congés supplémentaires) ne progressent pas pendant cette période.

Ensuite, aucune cotisation retraite n'est versée pendant le congé, sauf si vous exercez une activité rémunérée en parallèle. Sur une courte durée, l'impact reste limité. Sur plusieurs mois, il peut être judicieux de se renseigner auprès de votre caisse de retraite sur les options de rachat de trimestres.

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