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Ce que les chiffres disent des métiers d'avenir : les filières pro au sommet

Par Laura Lamassourre Publié le

Les signaux convergent. On les a suivis !

Ce que les chiffres disent des métiers d'avenir : les filières pro au sommet
En 2026, près de 80 % des projets de recrutement de couvreurs sont jugés difficiles par les employeurs. © edojob@stock.adobe.com

« Si tu ne travailles pas à l'école, tu finiras maçon. » Menace pour les uns, fierté pour les autres... de là où on se place, cette phrase résonne différemment. Pour beaucoup, ces métiers issus des filières professionnelles étaient ceux de leurs parents, de leur entourage ou tout simplement ceux qui les faisaient rêver. Des métiers concrets, au sein desquels se transmettent de nombreux savoir-faire, parfois ancestraux. Pour d'autres, le message était le suivant : ces professions, c'était un horizon bouché, une punition annoncée.

Au fil des ans, un consensus s'est imposé dans les discours d'orientation : les métiers d'avenir, c'était le numérique, l'intelligence artificielle, la data science. Les diplômes du supérieur étaient valorisés, les filières technologiques encensées. Les filières professionnelles, elles, peinaient à attirer au-delà de ceux qui les choisissaient par vocation ou par tradition familiale.

Mais le marché du travail raconte une autre histoire. Les chantiers manquent d'électriciens, les maisons de retraite d'aides-soignantes, les usines de chaudronniers. Les besoins n'étaient pas là où les projecteurs étaient braqués. Les études les plus récentes le montrent : trois évolutions convergent pour rebattre les cartes. Les métiers manuels et du soin seront parmi les plus déficitaires à l'horizon 2030, la révolution technologique touche davantage les salariés de bureau que les ouvriers, et les jeunes générations regardent de plus en plus vers l'artisanat. Ces tendances ne constituent pas des certitudes car l'IA est encore trop jeune pour qu'on puisse en mesurer les effets réels. Mais les signaux convergent, et ils méritent qu'on s'y arrête. Début de réponse, en chiffres.

Ce que disent les projections de recrutement

En mars 2022, France Stratégie et la Dares publiaient leur quatrième exercice de prospective sur les métiers français à l'horizon 2030. Résultat ? 760 000 postes seraient à pourvoir chaque année entre 2019 et 2030, tous secteurs confondus. Parmi eux, une part significative ne trouvera pas preneurs si rien ne change.

Or, ce n'est pas une découverte récente*. Dès 2005, l'enquête BMO réalisée par le Crédoc pour l'Unédic signalait déjà que 45 % des embauches étaient jugées difficiles, dans le BTP, le domaine médico-social et plusieurs spécialités industrielles.. En 2015, ce taux atteignait 45,4 % dans la construction, contre 32,4 % en moyenne nationale. En 2019, 6 métiers sur 10 étaient en forte tension, contre 1 sur 4 quatre ans plus tôt, selon la Dares. Le rapport de 2022 n'a fait que confirmer, chiffres à l'appui, ce que les acteurs du secteur alertaient depuis vingt ans.

Les aides à domicile, les ouvriers qualifiés du bâtiment, les mécaniciens, les bouchers, les conducteurs de véhicules figurent parmi les professions les plus exposées aux déséquilibres de recrutement. Pour les seuls ouvriers qualifiés du second œuvre du bâtiment, France Stratégie et la Dares chiffrent un déficit potentiel de 70 000 postes, c'est-à-dire 177 000 besoins de recrutement entre départs en retraite et créations nettes d'emploi, pour seulement 107 000 jeunes susceptibles d'y débuter. Soit quatre recrutements sur dix qui pourraient se révéler difficiles.

Selon l'enquête BMO 2026 de France Travail, les difficultés de recrutement ont reculé de 6 points par rapport à 2025 pour s'établir à 43,8 % en moyenne nationale. Dans les métiers manuels et du soin, elles restent structurelles : couvreurs, carrossiers, chaudronniers, bouchers, chefs cuisiniers, coiffeurs, aides à domicile, tous affichent des taux de difficulté deux fois supérieurs à la moyenne nationale.

 

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La raison tient à deux facteurs principaux : le départ en retraite des dernières générations de baby-boomers, massives dans ces secteurs, et la désaffection durable pour ces filières. En 2023, le baromètre Unédic sur la perception des métiers d'avenir apportait pourtant une nuance révélatrice. Interrogés librement, les Français citaient spontanément les métiers manuels et les aides à domicile en tête des professions qu'ils jugeaient porteuses. Une intuition collective que les projections institutionnelles confirment, mais que les politiques d'orientation ont contredite dans les faits.

bon à savoir

Un métier est dit « en tension » lorsque les employeurs peinent à recruter les profils dont ils ont besoin. Cela peut résulter d'un manque de candidats, d'une inadéquation entre les compétences disponibles et celles recherchées, ou d'une attractivité insuffisante du secteur. France Travail publie chaque année une liste des métiers en tension, qui varie selon les régions. 

L'IA, révélateur inattendu

L'ironie dans tout cela ? La révolution technologique tant redoutée ressemble davantage à une aubaine qu'à une menace pour les métiers manuels. Selon un reportage de France 2 diffusé en février 2025, 44 % des jeunes reconnaissent avoir été influencés dans leur choix de carrière par les vidéos d'artisans qu'ils visionnent en ligne. Les métiers qu'on brandissait comme une menace dans les couloirs des collèges sont devenus des objets de fascination en ligne.

Pendant la révolution industrielle, c'est le travail des mains qui avait été le premier sacrifié. Les machines avaient remplacé les tisserands, les meuniers et les forgerons. Cette mémoire collective a longtemps alimenté la crainte, justifiée, que l'automatisation, une fois de plus, s'en prenne en priorité aux travailleurs de l'exécution.

bon à savoir

Dans les années 2000, l'économiste David Autor (MIT) a formalisé l'hypothèse de « routinisation » : l'automatisation cible en priorité les tâches répétitives et codifiables, manuelles ou cognitives. L'IA générative vient aujourd'hui compliquer ce schéma. Dans une interview de janvier 2026 pour Issues, Autor reconnaît lui-même qu'on ne sait pas encore combien d'emplois ont réellement été détruits, et que l'incertitude reste entière.

Les études disponibles, aussi récentes que provisoires, dessinent un tableau différent de celui redouté. Un rapport d'Anthropic publié en 2025 — à lire en gardant à l'esprit qu'Anthropic est lui-même un acteur de l'IA — l'établit clairement : les travailleurs les plus exposés à l'IA générative sont les plus diplômés. Les titulaires d'un master ou d'un doctorat sont près de quatre fois plus représentés dans les métiers fortement exposés, et l'entrée en emploi des 22-25 ans dans ces métiers a reculé de 14 % par rapport à l'ère pré-ChatGPT. Selon le Forum économique mondial, la dextérité manuelle et l'endurance physique figurent parmi les compétences dont le déclin est attendu d'ici 2030. Or, ce sont les gestes répétitifs et standardisés qui sont menacés, pas le jugement technique d'un artisan qualifié, d'un aide-soignant ou d'un mécanicien face à l'imprévu.

Et, cela commence déjà à se voir sur le marché du travail. Dans une enquête publiée le 15 avril 2026Le Monde documente des jeunes diplômés en design ou développement logiciel qui se réorientent vers des métiers manuels précisément parce qu'ils sont, selon leurs propres mots, « peu remplaçables par une IA ».

 

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Un renversement des représentations

S'il est encore discret, le retour des métiers de la main est déjà documenté, en particulier dans les chiffres de la reconversion. Selon l'étude #MoiJeune de janvier 2025 menée par OpinionWay pour les Chambres de métiers et de l'artisanat auprès de 503 jeunes de 16 à 29 ans, 50 % envisagent une reconversion dans un métier de l'artisanat, soit +25 points par rapport à 2021. Près de 7 répondants sur 10 disent également regretter leur choix initial de s'orienter vers des études longues. Selon l'Observatoire des Transitions Professionnelles, six mois après la formation, 92 % des bénéficiaires d'un projet de transition professionnelle ont réalisé leur projet ou poursuivent leur parcours.

Il y a aussi ce qu'on a appelé l'« effet Notre-Dame ». Une aubaine, finalement, pour l’artisanat français. Depuis l'incendie d'avril 2019, en effet, les effectifs en formation dans certaines filières ont bondi, selon le baromètre ISM/MAAF de décembre 2024 : charpente +44 %, zinguerie +84 %, maçonnerie du bâti ancien +94 %, verrerie et vitraux +72 %, facture d'orgue +160 %.

L'orientation à rebours du marché

Les chiffres de l'orientation le confirment. Selon un sondage Odoxa pour Acadomia publié en 2024, les 11-17 ans rêvent de devenir vétérinaires (8 %), médecins (6 %) ou ingénieurs (5 %). Les métiers du bâtiment et de l'artisanat n'apparaissent pas dans le top 10. Au même moment, les filières vers lesquelles on orientait massivement les jeunes montrent leurs limites. Selon le rapport Anthropic de mars 2026, les programmeurs informatiques sont les professionnels les plus exposés à l'IA (75 % de leurs tâches couvertes). Et si le taux de chômage global du secteur n'a pas augmenté significativement, l'entrée en emploi des 22-25 ans dans ces métiers a reculé de 14 % (N.D.L.R : ce signal, le rapport le qualifie lui-même de provisoire). La raison ? Les tâches absorbées en premier par l'intelligence artificielle sont celles qui constituent l'entrée dans ces métiers (résumés, premières analyses, productions exécutives).

Ces mêmes années où les formations au numérique se multipliaient, les besoins dans les métiers manuels et du soin ne faisaient que croître sans trouver preneur. Dans le seul secteur du bâtiment, en ajoutant départs en retraite et besoins liés à la rénovation énergétique, la Dares et France Stratégie chiffrent à 635 000 les postes à pourvoir d'ici 2030, soit 37 % de l'emploi actuel du secteur. Les jeunes débutants couvriront moins de la moitié de ces besoins. L'écart entre ce que l'orientation scolaire valorisait et ce que le marché du travail réclame est parfaitement visible. Ce qu'on fait de ce constat reste, pour l'heure, une question ouverte.

* Précision : l'enquête BMO, qui recense chaque année les besoins en main-d'œuvre des employeurs, n'a démarré qu'en 2002.

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