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Au travail : l'engagement des managers s'effondre plus vite que celui de leurs équipes 

Par Laura Lamassourre Publié le

C’est ce que révèle une récente étude menée dans plus de 140 pays. 

Au travail : l'engagement des managers s'effondre plus vite que celui de leurs équipes 
Entre 2024 et 2025, l'engagement managérial est passé de 27 % à 22 %. © hrui@stock.adobe.com

Sale temps pour le management. Désengagement, désertion, perte de sens… la fonction ne fait plus rêver. Outre-Atlantique, des pans entiers de management intermédiaire disparaissent au nom de l'IA, dans un mouvement baptisé le « great flattening ». Ceux qui restent en poste, eux, ne s'en sortent pas mieux, si l'on en croit la dernière édition du State of the Global Workplace, le baromètre annuel de Gallup sur l'engagement au travail dans le monde, publié en avril. Et pourtant, cette étude annonce une bonne nouvelle : en 2025, le bien-être des salariés dans le monde a progressé.

Le bien-être progresse, l'engagement recule

En 2025, l'engagement mondial des salariés est tombé à 20 %, contre 21 % l'année précédente, d'après les données de Gallup. C'est une deuxième année consécutive de recul, et une première depuis le début du baromètre, en 2009. Toujours selon l'institut américain, ce désengagement coûterait environ 10 000 milliards de dollars à l'économie mondiale, soit 9 % du PIB planétaire.

Le bien-être global, mesuré séparément, a pourtant progressé sur la même période. 34 % des salariés se disent épanouis dans leur vie en 2025, contre 33 % en 2024, une première (petite) hausse en trois ans. Les deux courbes ne se lisent donc pas de la même façon. Les salariés vont, dans l'ensemble, un peu mieux dans leur vie mais ils sont un peu moins engagés dans leur travail.

Un décrochage propre aux managers

Ramené par catégorie, ce recul global cache de fortes disparités. Chez les « contributeurs individuels », c'est-à-dire les salariés sans responsabilité managériale, l'engagement diminue à peine depuis 2022, passant de 20 % à 19 %, avec même un léger rebond sur la dernière année.

Du côté des managers, cette chute est, en revanche, sans commune mesure : 9 points de moins depuis 2022, de 31 % à 22 %. Rien qu'entre 2024 et 2025, l'engagement managérial est passé de 27 % à 22 %, soit la plus forte baisse annuelle jamais enregistrée sur cette série depuis que Gallup la mesure. Les managers avaient pourtant jusque-là une « avance d'engagement » sur leurs équipes. Autrement dit, ils se sentaient plus impliqués dans leur travail que ceux qu'ils encadraient. Cette avance a disparu.

 

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Bien-être et engagement, une question de niveau hiérarchique

Diriger une équipe a aussi un coût émotionnel, mais plus nuancé qu'on pourrait le croire. Comparés aux contributeurs individuels, les managers déclarent un peu plus de stress au quotidien (45 % contre 39 %) et un peu plus de colère (24 % contre 21 %). En revanche, ils ne se disent ni plus tristes (22 % contre 23 %) ni plus seuls (21 % de part et d'autre) que les équipes qu'ils encadrent.

Le détail par niveau hiérarchique montre que plus on monte dans la hiérarchie, plus l'engagement et l'épanouissement augmentent. Sur l'engagement : 26 % des leaders sont engagés, contre 24 % des managers, 19 % des chefs de projet et 19 % des contributeurs individuels. Sur l'épanouissement : 43 % des leaders se disent épanouis, contre 40 % des managers, 39 % des chefs de projet et 32 % des contributeurs individuels.

À noter tout de même que quand les managers sont eux-mêmes engagés, ils déclarent moins d'émotions négatives que la moyenne des contributeurs individuels, et sont 14 points plus susceptibles d'être épanouis que le leader moyen. L'engagement protège, y compris de la charge émotionnelle du rôle.

bon à savoir

Gallup classe les salariés en trois catégories à partir de son questionnaire : engagés (impliqués et enthousiastes), non engagés (psychologiquement détachés, en retrait silencieux) et activement désengagés (mécontents et le manifestant). L'édition 2026 de l'étude s'appuie sur 263 810 répondants dans le monde, dont 141 444 en emploi, interrogés entre janvier et décembre 2025 dans plus de 140 pays et territoires.

La France, dans la moyenne basse d'Europe

Le tableau français ne se distingue pas par sa nouveauté : 8 % des salariés y sont engagés, contre 12 % en moyenne en Europe et 20 % dans le monde. Le bien-être suit une pente comparable : 40 % des salariés français se disent épanouis, contre 49 % en moyenne européenne et 34 % au niveau mondial. Sur ce dernier point, la France se situe donc au-dessus de la moyenne mondiale, mais nettement en dessous de ses voisins européens.

Chez les cadres, un statut qui recoupe largement mais pas totalement celui de manager, deux chiffres de l'Apec vont dans le même sens. Côté volume, d'abord. Les entreprises françaises ont recruté 294 500 cadres en 2025, soit 3 % de moins qu'en 2024 et 11 % de moins qu'en 2023, deux années de recul consécutives. Côté envie, ensuite : entre 2022 et 2025, la part des cadres qui souhaitent encore accéder à des responsabilités hiérarchiques est passée de 42 % à 34 %, avec une chute plus marquée encore chez les moins de 35 ans, de 63 % à 47 %. Le marché de l'encadrement se resserre au moment même où de moins en moins de cadres cherchent à y entrer.

Or, ce déclin managérial n'a rien d'inévitable. Dans les organisations que Gallup qualifie de « best-practice », 79 % des managers sont engagés au travail, soit près de quatre fois la moyenne mondiale. Ces entreprises, présentes dans toutes les régions et tous les secteurs, ont un point commun : elles font de l'engagement des salariés un axe de stratégie de long terme plutôt qu'un sujet secondaire. Le problème n'est donc pas d'être manager. C'est de l'être dans une organisation qui ne donne plus les moyens de bien exercer cette fonction.

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