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Experte cloud à la MAIF, Manon cherche le meilleur toit pour les données de l'assureur
Un choix qui se joue désormais aussi sur le terrain géopolitique.
À chaque clic, nous laissons des données derrière nous, que les entreprises doivent stocker, traiter et protéger. Pour cela, elles peuvent posséder leurs propres data centers ou partager ceux d'un fournisseur avec d'autres entreprises. Ce principe a un nom, le cloud.
Pour celles et ceux qui en ont fait leur métier, la question a longtemps porté sur ce qu'on gagnait à mutualiser. Mais face aux tensions géopolitiques et à l'essor de l'intelligence artificielle, le rôle de ces experts a pris une nouvelle dimension. Concevoir des infrastructures performantes et sécurisées ne suffit plus. Dans la balance, s'est ajoutée la dépendance envers une poignée de géants américains de la tech.
Manon Pernin en fait l'expérience au quotidien. Conseillère de domaine SI, experte cloud et Product Owner de la squad Cloud Public au siège de la MAIF, à Niort, elle conduit notamment l'intégration d'un fournisseur français, Scaleway, dans les infrastructures de l'assureur.
« Un terrain de jeu intéressant pour débuter »
Diplômée d'une école d'ingénieurs, Manon découvre le cloud en 2012, quand le sujet commence à émerger en France. « La promesse était de mettre en commun les ressources physiques et d'ajuster la capacité selon l'affluence, au moment où les utilisateurs sont les plus nombreux, se remémore-t-elle. En tant que jeune diplômée, la diversité des services proposés m'a permis de tester une grande partie des périmètres d'un système d'information. C'était un terrain de jeu vraiment intéressant pour débuter ! »
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Manon en explore toutes les facettes pendant près de neuf ans dans le conseil, de ses premières missions techniques jusqu'au poste de CTO cloud d'un cabinet. Au fil des ans, son envie d'inscrire ses missions dans la durée prend le dessus. « Je voulais m'impliquer sur le long terme dans la stratégie d'une entreprise », précise-t-elle. À l'automne 2021, elle rejoint MAIF comme tech lead cloud.
« Traduire la stratégie en actions réalisables »
Son premier poste à Niort est transverse, au service de plusieurs équipes à la fois. Manon y accompagne notamment la migration du site maif.fr vers le cloud public. Début 2023, elle prend la tête de l'équipe Cloud Public, qui gère les briques communes sur lesquelles s'appuient les équipes de développement. Si cette équipe existe, c'est que MAIF a fait un choix structurant, que résume Guillaume Rincé, Chief Technology Officer (CTO) du groupe : « Sur notre cœur de métier, l'assurance, nous avons choisi d'être éditeurs de nos solutions logicielles, c’est-à-dire que nos équipes fabriquent tous les composants essentiels. Nous consommons en revanche les infrastructures, à la fois dans nos propres data centers et dans le cloud. »
Piloter ces briques communes demande à Manon de jongler entre deux versants de son métier. « Il y a d'abord un aspect descendant, où l'on vient décliner la stratégie, éclaire-t-elle. On l'explique à l'équipe, pour lui donner du sens et la traduire en actions réalisables tout de suite. » L'autre versant, plus horizontal, consiste à se coordonner avec les équipes voisines. Prenons l'exemple d'une base de données : « Avant de la mettre à disposition, nous travaillons avec l'équipe sécurité pour définir les protections à mettre en place, puis avec des spécialistes pour vérifier que la solution tient la route d'un point de vue technique. Enfin, nous expliquons aux utilisateurs comment s'en servir. »
Performance, sécurité, souveraineté : un équilibre à trouver
Ces décisions techniques s'inscrivent dans un cadre plus large, celui des fournisseurs auxquels MAIF confie ses données. Le plus performant n'est pas toujours le plus souverain, et inversement. Il faut donc arbitrer : « Quand on choisit un fournisseur, on passe en revue l'ensemble de nos critères. La performance et la sécurité restent prioritaires, on ne peut pas faire de concessions dessus. En revanche, on accepte parfois d'en faire de petites pour gagner en souveraineté ou en engagement environnemental. » La politique de données de l'assureur détermine ensuite quelle application peut aller chez quel fournisseur. « Par le passé, nous utilisions essentiellement Microsoft, mais toutes les applications n'y étaient pas éligibles parce qu'elles contenaient trop de données sensibles », indique Manon.
Ces arbitrages répondent à des enjeux qui dépassent le seul périmètre de l'équipe. Guillaume, le rappelle, la priorité de la DSI reste la continuité de service. « Depuis plus de dix ans, nous nous engageons à travers une charte numérique sur la protection des données de nos sociétaires. Or le cadre des opérateurs américains ne permet en général pas une conformité parfaite, notamment du fait de législations extraterritoriales comme le CLOUD Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act). Il y a aussi le risque de perdre brutalement l'accès à une technologie, ce qui poserait des questions très structurantes sur les services que nous rendons à nos sociétaires. » Une dimension politique vient en complément. « MAIF est une entreprise engagée, souligne-t-il. Garder nos dépenses informatiques dans l'écosystème européen, c'est y maintenir de la valeur économique. »
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« Demander aux fournisseurs le plus de transparence possible sur leur impact »
C'est dans ce contexte que MAIF s'est récemment tournée vers un fournisseur français. Pour Manon et son équipe, ce choix a d'abord été un travail d'analyse, car comparer leurs propositions fait partie intégrante de son métier. « Nous avons évalué plusieurs acteurs nationaux sur leur indépendance vis-à-vis des technologies américaines, leur performance et leur sécurité, et Scaleway offrait le meilleur compromis. »
Une fois le contrat signé, fin 2025, place à la construction. Les grands chantiers démarrent en 2026, avec trois personnes de l'équipe mobilisées à temps plein. « On a déjà participé à installer la suite Mistral sur les infrastructures Scaleway, pour bénéficier de la puissance de calcul nécessaire à l'IA. On construit maintenant le socle technique sécurisé et toutes les briques transverses essentielles », explique Manon. Cette mission a aussi demandé à l'équipe de monter en compétences sur de nouveaux outils, dont une part croissante en open source. « Se poser la question des outils et penser à l'open source fait désormais partie de nos habitudes. » La démarche dépasse d'ailleurs ce seul projet, puisque MAIF remplace aussi certaines technologies propriétaires par de l'open source dans ses data centers. Des choix qui contribuent, pour Guillaume, « à un écosystème de communs numériques en Europe ».
Reste la question environnementale, que l'équipe suit de près sans qu'elle guide encore chaque décision. « Nous demandons aux fournisseurs le plus de transparence possible sur l'impact en équivalent CO₂. Au quotidien, ce n'est pas encore un critère qui influe sur les choix techniques. Il pèse en revanche davantage sur l'IA, où un groupe de travail s'est monté pour en mesurer l'impact », précise Manon.
Un monde technologique « bousculé par le contexte géopolitique »
Avec le recul, Manon mesure ce que MAIF a changé dans sa pratique. « En tant que consultante, j'arrivais en bout de chaîne, quand le choix du cloud avait déjà été fait. Ici, dans un contexte hybride, j'ai échangé avec des personnes pour qui ce modèle n'avait rien d'évident. Cela m'a permis de remettre les choix en perspective. » Son métier de Product Owner demande ainsi de prendre de la hauteur, ainsi qu’une « bonne compréhension de l'écosystème technique pour prioriser les actions, de la pédagogie et une certaine forme de leadership, pour que chacun comprenne pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Et une force de proposition pour orienter les choix futurs », résume-t-elle.
Il faut dire que le paysage a profondément évolué depuis les premiers pas de Manon dans son métier. « Les usages ont explosé, surtout avec l'IA générative. Et le contexte géopolitique a bousculé ce monde technologique, qui reste dominé par les acteurs américains. Voir la géopolitique peser à ce point sur les choix technologiques, c'est encore assez récent. »
MAIF est un acteur majeur de l’assurance des personnes et biens en France. Elle défend une autre idée de l’économie, propose une gamme innovante de produits et services, et place l’humain au cœur de son organisation. La qualité de sa relation client est d’ailleurs reconnue depuis plus de 20 ans.
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