Pour évoluer sans tout plaquer, faites comme les crabes !
Une product manager IA chez Google conseille d'avancer « en crabe » plutôt que de viser le grand saut.
Changer de métier, beaucoup en rêvent en imaginant une rupture nette : quitter son secteur, reprendre une formation longue, repartir de zéro. Un peu à la manière des ingénieurs partis se reconvertir dans l'agriculture bio post-Covid ou des responsables com qui sont lancés dans la céramique, avec en ligne de mire un métier passion. Marily Nika, product manager spécialisée en intelligence artificielle chez Google depuis plus de dix ans, propose une tout autre logique. Invitée du podcast « The Growth Podcast » en janvier 2026, elle résume son conseil en une image : « Faites comme les crabes. »
Avancer de côté plutôt que de sauter dans le vide
L'idée repose sur un constat simple : l'expertise sectorielle est un avantage compétitif parfois sous-estimé par les candidats. Alors que les compétences techniques d'un nouveau poste peuvent s'acquérir, la connaissance fine d'un secteur, de ses usages et de ses utilisateurs est bien plus difficile à reproduire. Pour illustrer son propos, Marily cite le cas d'un de ses étudiants, spécialiste de l'industrie des prothèses auditives, qui se sentait enfermé dans son domaine et qui lorgnait du côté d'entreprises vraiment tech. En explorant les offres d'Apple, ils découvrent ensemble un poste de product manager dédié aux AirPods, où son expertise en audition devenait un atout décisif.
Le conseil peut sembler anecdotique, il est en réalité confirmé par les chiffres. Une étude de l'Apec réalisée en 2022 auprès de 2 000 cadres du secteur privé (en coopération avec le Credoc) montre que dans plus de six cas sur dix, les cadres qui envisagent une reconversion s'orientent vers un métier proche de leur fonction actuelle. Seuls 15 % optent pour un métier radicalement différent.
Une métaphore qui s'applique au-delà de la tech
Si la métaphore est née dans la Silicon Valley, le principe vaut largement au-delà du monde de la tech. En France, les parcours professionnels sont de moins en moins linéaires et les recruteurs s'adaptent. Ils cherchent de plus en plus des profils capables de mobiliser des compétences transversales (travail en équipe, communication, gestion de projet, sens du client) pour évoluer d'un métier à l'autre sans nécessairement repasser par la case formation longue. Et ces reconversions sans révolution peuvent aussi se mettre en place plus facilement, levant les barrières évoquées par Bleuenn, recruteuse chez Hellowork, dans un récent article.
Bleuenn Passelande, recruteuse désormais business developper
France Travail a d'ailleurs identifié seize familles de compétences transversales communes à de nombreux métiers, de la compréhension de documents écrits à la gestion du stress, en passant par la maîtrise des outils numériques. Ces passerelles existent, mais elles restent souvent invisibles pour les candidats eux-mêmes. Un commercial aguerri possède des réflexes de négociation qui intéressent les fonctions achats. Un chef de projet dans le BTP maîtrise la coordination d'équipes et la gestion de délais serrés, des compétences recherchées bien au-delà du secteur de la construction. C'est là que la logique du « mouvement de crabe » prend tout son sens : il ne s'agit pas de se réinventer, mais de regarder autour de soi avec un œil neuf.
Et les données le montrent : bouger paie. Selon le baromètre 2025 de la rémunération des cadres publié par l'Apec (26 000 cadres interrogés), 70 % des cadres ayant changé de poste en interne ont été augmentés, contre 49 % pour ceux qui n'ont pas bougé. Même constat pour la mobilité externe : 64 % des cadres ayant changé d'entreprise ont vu leur rémunération progresser.
Comment repérer ses propres mouvements de crabe
Le paradoxe est connu : l'envie de bouger est commune à de nombreux salariés, le passage à l'acte reste rare. Selon le Baromètre Formation & Emploi 2025 de Centre Inffo, plus d'un actif sur deux envisage une reconversion, mais seuls 18 % se sont engagés dans des démarches concrètes. Et l'étude Ifop « Mobilité souhaitée vs mobilité bloquée » enfonce le clou : 71 % des salariés estiment qu'il est difficile de changer de métier. Le frein n'est pas seulement financier ou logistique. C'est souvent un problème de méthode : on ne sait pas par où commencer.
La stratégie du crabe offre justement un point d'entrée accessible, à condition de changer de regard sur son propre parcours. La première étape ? Identifier non pas son intitulé de poste, mais les domaines dans lesquels on a accumulé une connaissance fine (un secteur, un type de client, un usage, un public). C'est cette expertise qui constitue le socle d'un mouvement latéral. Deuxième étape : repérer les compétences transférables qu'on mobilise au quotidien sans forcément les nommer. Capacité à convaincre, à organiser, à analyser des données, à gérer une relation client : autant de savoir-faire qui ont de la valeur dans des contextes très différents de celui où on les a développés. Et en dernière étape : explorer les offres d'emploi avec un angle différent, en cherchant non pas le même intitulé de poste mais les missions qui font appel à son domaine de compétence.
Le conseil en évolution professionnelle (CEP), gratuit et accessible à tous les actifs, peut aider à formaliser cette démarche. Un bilan de compétences permet aussi de poser à plat ce qu'on sait faire et de le traduire dans un vocabulaire lisible par les recruteurs d'autres secteurs.
L'IA, compétence transversale de plus en plus attendue
Marily Nika insiste sur un autre point : la culture IA est en train de devenir une compétence transversale à part entière, attendue bien au-delà des métiers tech. Comprendre ce que l'intelligence artificielle peut (et ne peut pas) faire, savoir comment les données alimentent un outil, connaître les bases du fonctionnement d'une API : autant de repères qui deviennent utiles dans de nombreuses fonctions.
Cette acculturation ne concerne pas que les métiers du numérique. De la gestion de projet à la relation client, de la logistique au marketing, la capacité à dialoguer avec des outils d'IA et à en comprendre les limites devient un marqueur d'employabilité.
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