Être bien au travail

Réussir sa déconnexion pendant les congés : les conseils d'un expert

Par Adèle Charrier Publié le

Christophe Nguyen, psychologue du travail et co-fondateur du cabinet Empreinte Humaine, décrypte les erreurs qui plombent nos congés et les bons réflexes pour vraiment déconnecter.

Réussir sa déconnexion pendant les congés : les conseils d'un expert
Les premiers jours de vacances servent souvent de phase d'« atterrissage » pour décompresser du rythme soutenu de l'année. © CandyRetriever / Adobe Stock

Trois jours à peine avant de recharger les batteries, puis déjà l'angoisse du retour qui s'installe. Entre le mail de dernière minute d'un collègue, la to-do list qui n'est pas bouclée, et la charge mentale qu'on oublie de poser avant de partir, la déconnexion est un exercice plus périlleux qu'il n'y paraît.

Christophe Nguyen, psychologue du travail et cofondateur du cabinet Empreinte Humaine, spécialisé dans la qualité de vie au travail (QVT) et la prévention des risques psychosociaux (RPS), partage ses conseils pour des congés qui portent vraiment leurs fruits.

Christophe Nguyen, Psychologue du travail
Christophe Nguyen
Psychologue du travail
Christophe Nguyen est psychologue du travail et cocréateur d'Empreinte Humaine, organisme de formation et cabinet indépendant spécialisé dans la promotion de la qualité de vie au travail (QVT) et la prévention des risques psychosociaux (RPS).

Quelles sont les 3 erreurs les plus fréquentes que font les salariés juste avant de partir (et qui plombent leurs congés) ?

  1. Vouloir tout boucler à tout prix : l'erreur est d'essayer de terminer tous les dossiers au lieu de prioriser ce qui est urgent et de transmettre ou retarder le reste. Il vaut mieux organiser les relais et les « backups » que de partir épuisé.
  2. Négliger le « rituel de départ » : partir sans avoir externalisé sa charge mentale. Je préconise de consacrer 30 à 60 minutes le dernier jour pour lister ses priorités de reprise, ce qui permet de vider son esprit avant de fermer l'ordinateur.
  3. Une déconnexion non annoncée : ne pas prévenir ses interlocuteurs (clients, collègues) suffisamment tôt empêche ces derniers d'anticiper votre absence, ce qui génère des sollicitations de dernière minute.

Les vacances fractionnées (plusieurs courts séjours) sont-elles aussi efficaces qu'une longue coupure ? Si oui, pour quels profils ?

L'idéal est de s'octroyer deux semaines consécutives. En effet, c'est après le huitième jour que l'on observe un pic de restauration profonde des ressources. Cependant, la récupération est un marathon. Il est essentiel de la cadencer tout au long de l'année (toutes les 3 à 5 semaines) avec des week-ends longs pour ne pas arriver épuisé aux grandes vacances.

Pour quels profils ? Les métiers à forte charge cognitive ont besoin de vacances « nature » et physiques, tandis que les métiers physiques doivent privilégier le sommeil et la relaxation.

Que répondre à un collègue ou manager qui vous sollicite « juste 5 minutes » pendant vos congés ?

Il faut comprendre que 5 secondes de lecture d'un mail réactivent l'état mental « travail » pour bien plus longtemps. La réponse doit être protectrice : « Je suis en période de récupération pour être pleinement performant à mon retour. Pour toute urgence, merci de vous référer aux règles définies ensemble et de contacter mon backup. »

Faut-il vraiment couper les notifications pro/arrêter de consulter ses mails, ou existe-t-il des compromis plus réalistes selon les fonctions ?

Le compromis est risqué. Les vacances ne doivent pas être du télétravail déguisé. Le seul compromis réaliste est de limiter les sollicitations aux urgences réelles, définies collectivement avant le départ. Sinon, la déconnexion totale reste la règle d'or pour sortir du mode performance.

Comment un manager peut-il concrètement aider son équipe à vraiment déconnecter sans culpabiliser ?

Le manager doit être un « exemplaire positif » : s'il envoie des mails pendant ses congés, il crée une pression implicite. Il doit clarifier les règles du jeu (définition de l'urgence, organisation des relais) et surtout valoriser la récupération comme un investissement pour la santé mentale et la performance collective, et non comme du temps perdu.

Le « syndrome de la première semaine » (mettre 3-4 jours à décompresser) est-il une fatalité ou peut-on l'éviter ?

Ce n'est pas une fatalité, mais une réalité physiologique qu'il faut accepter. Les premiers jours de vacances servent souvent de phase d'« atterrissage » pour décompresser du rythme soutenu de l'année.

Le constat ? Ce n'est généralement qu'après huit jours que l'on atteint un pic de restauration profonde des ressources.

Comment l'atténuer ? Pour ne pas gâcher ces premiers jours, il est crucial d'externaliser sa charge mentale avant de partir. En instaurant un rituel de départ pour lister ses priorités de rentrée et ranger son espace de travail, on permet au cerveau de quitter plus rapidement le mode « survie ».

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