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CDD à répétition : quand pouvez-vous exiger un CDI ?

Par Johannie BONIN • Publié le

Pas de chiffre magique dans la loi, mais des règles précises que tout salarié en CDD devrait connaître.

CDD à répétition : quand pouvez-vous exiger un CDI ?
Plusieurs articles du Code du travail vous permettent d'y voir plus clair. © Daniel/stock.adobe.com

Vous enchaînez les CDD chez le même employeur et vous vous demandez à quel moment il est obligé de vous proposer un CDI ? La réponse va vous surprendre : la loi ne fixe pas de nombre précis de contrats. Ce qui déclenche la transformation en CDI, c'est le non-respect de trois règles strictes. Un CDD peut être renouvelé deux fois au maximum, ne peut pas dépasser 18 mois au total et doit être suivi d'un délai d'attente obligatoire avant tout nouveau contrat sur le même poste. Dès qu'une de ces règles est enfreinte, vous pouvez réclamer la requalification de votre contrat en CDI. Voici comment ça marche.

Pas de nombre fixe, mais trois règles à ne pas franchir

Aucun article du Code du travail ne prévoit qu'un nombre précis de CDD entraîne automatiquement la transformation en CDI. Ce que le Code du travail encadre, c'est l'enchaînement des contrats à travers trois limites cumulatives.

Première règle : le nombre de renouvellements

Un CDD peut être prolongé deux fois maximum via un avenant signé avant son terme. Au-delà de ces deux renouvellements, tout nouveau contrat sur le même poste expose l'employeur à une requalification en CDI.

Deuxième règle : la durée totale

Renouvellements inclus, un CDD ne peut pas dépasser 18 mois dans la majorité des cas. Cette durée peut être réduite à 9 mois si le contrat est conclu dans l'attente de l'arrivée d'un salarié recruté en CDI, ou portée à 24 mois pour un contrat exécuté à l'étranger ou lié à une commande exceptionnelle à l'exportation.

Troisième règle : le délai de carence

Entre deux contrats successifs sur un même poste. Sans ce délai, le second CDD est illégal et peut être requalifié en CDI.

Ces trois règles forment un cadre protecteur. L'employeur peut théoriquement faire signer plusieurs CDD à un salarié, à condition de toutes les respecter.

Renouvellement ou nouveau CDD : une distinction qui change tout

Beaucoup de salariés confondent deux situations très différentes sur le plan juridique.

Le renouvellement consiste à prolonger le même contrat. L'employeur propose un avenant qui repousse la date de fin. Le nombre de renouvellements est limité à deux, et la durée totale ne doit pas franchir le plafond légal.

La succession désigne la signature d'un contrat entièrement nouveau, après la fin du premier. Si ce nouveau contrat porte sur le même poste, l'employeur doit impérativement respecter un délai de carence. S'il propose un poste différent, la règle de carence ne s'applique pas, mais d'autres conditions entrent en jeu.

Exemple

Simon signe un CDD de 6 mois comme chargé de communication. Son employeur lui propose ensuite un avenant pour 3 mois supplémentaires (1er renouvellement), puis un second avenant de 3 mois (2e renouvellement). Total : 12 mois. C'est légal. Si l'employeur veut prolonger la collaboration au-delà, il doit soit proposer un CDI, soit attendre le délai de carence avant de signer un nouveau CDD sur ce même poste.

Le délai de carence : la pause obligatoire entre deux CDD

Le délai de carence est une période d'interruption imposée par l'article L.1244-3 du Code du travail. Il interdit à l'employeur de réembaucher un salarié en CDD sur le même poste immédiatement après la fin de son contrat.

Sa durée dépend de la longueur du contrat précédent (renouvellements inclus) :

  • CDD d'une durée égale ou supérieure à 14 jours : le délai de carence est égal au tiers de la durée du contrat. Pour un CDD de 6 mois, comptez 2 mois d'attente.
  • CDD d'une durée inférieure à 14 jours : le délai de carence est égal à la moitié de la durée du contrat. Pour un contrat de 10 jours, comptez 5 jours.

Exemple

Amina termine un CDD de 9 mois (renouvellements inclus) comme assistante administrative. Son employeur doit attendre 3 mois avant de lui proposer un nouveau CDD sur le même poste. S'il tente de contourner cette règle, Amina peut demander la requalification en CDI.

Quand votre CDD se transforme automatiquement en CDI

Plusieurs situations déclenchent la requalification de plein droit, sans qu'il soit nécessaire de prouver une intention frauduleuse de l'employeur. L'article L.1245-1 du Code du travail en établit la liste.

La requalification s'applique notamment lorsque :

  • le contrat ne comporte pas de motif précis ou que ce motif est inexistant
  • la relation de travail se poursuit après la date de fin du CDD, sans signature d'un nouveau contrat ou d'un avenant
  • la durée maximale légale est dépassée
  • le délai de carence n'a pas été respecté entre deux CDD sur le même poste

Dans tous ces cas, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour demander la requalification. Si le juge fait droit à la demande, le contrat est considéré comme un CDI depuis son origine. Le salarié conserve l'ancienneté accumulée et peut prétendre à des indemnités.

Quand les règles habituelles ne s'appliquent pas

Dans certaines situations, les limites de renouvellement, de durée ou de carence ne s'appliquent pas ou s'appliquent différemment. Ces dérogations concernent aussi bien des secteurs du privé que la fonction publique.

Les exceptions dans le secteur privé

Pas de panique si votre employeur enchaîne les CDD. Dans certains secteurs ou situations spécifiques, c'est tout à fait légal.

Les emplois saisonniers (viticulture, tourisme, agriculture…) peuvent faire l'objet de CDD répétés sans limite stricte de durée totale, dès lors que l'activité reste cyclique et le motif justifié. Même logique pour les CDD d'usage, qui s'appliquent à des secteurs où la nature de l'activité rend difficile la conclusion de CDI : audiovisuel, spectacle, hôtellerie-restauration, événementiel, déménagement, enseignement… Dans ces cas, les règles de carence et de durée maximale ne s'appliquent pas de la même façon.

Le remplacement d'un salarié absent (maladie, congé maternité, congé sabbatique) constitue un troisième cas dérogatoire. L'employeur peut conclure des CDD tant que l'absence se prolonge, y compris au-delà de 18 mois, à condition que le motif reste valable.

bon à savoir

Même dans ces cas d'exception, un usage manifestement abusif des CDD - par exemple, 15 contrats en deux ans alors que le poste correspond à un besoin structurel permanent - peut justifier une demande de requalification devant le conseil de prud'hommes.

La fonction publique, un régime à part

Si vous êtes agent contractuel dans la fonction publique, les règles qui s'appliquent ne sont pas les mêmes que dans le secteur privé.

Dans la fonction publique d'État et la fonction publique hospitalière, le Code général de la fonction publique (CGFP) prévoit une transformation automatique du CDD en CDI dès que l'agent atteint six ans d'ancienneté avant l'échéance de son contrat en cours (articles L.332-4 et L.332-17 du CGFP). Pas besoin de décision expresse de l'employeur : le contrat est réputé conclu à durée indéterminée de plein droit.

Dans la fonction publique territoriale, la situation est différente. La transformation n'est pas automatique : elle nécessite un accord commun entre les deux parties (article L.332-11 du CGFP). Le Conseil d'État l'a confirmé dans une décision du 26 février 2024 (CE, n° 472075).

Dans les trois versants, un CDD est généralement conclu pour une durée maximale de trois ans, renouvelable une fois. Au-delà de six ans cumulés, si l'administration souhaite poursuivre la collaboration, elle doit proposer un CDI.

Comment réclamer la requalification de son CDD en CDI

Vous pensez que votre employeur a enfreint les règles ? Voici comment réagir.

Commencez par rassembler tous vos documents : contrats de travail, avenants, bulletins de salaire, échanges écrits. Ces preuves sont indispensables pour établir la chronologie des faits.

Ensuite, adressez une demande écrite par courrier recommandé avec accusé de réception à votre employeur. Exposez les faits clairement, mentionnez les règles du Code du travail qui n'ont pas été respectées et demandez formellement la requalification en CDI. Ce simple courrier suffit parfois à faire évoluer la situation.

Si l'employeur ne répond pas ou refuse, la prochaine étape est le conseil de prud'hommes. Vous pouvez saisir cette juridiction seul, mais être accompagné par un délégué syndical ou un conseiller du salarié renforce généralement la démarche.

bon à savoir

La demande de requalification se prescrit par deux ans (article L.1471-1 du Code du travail). Le point de départ varie selon le motif invoqué : si l'action porte sur le motif de recours au CDD, ces deux ans commencent à la fin du dernier contrat ; si elle porte sur une irrégularité de forme, ils commencent dès la signature du contrat concerné.

 

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