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Emploi saisonnier : les chiffres d'une réalité sous-estimée

Par Laura Lamassourre Publié le

Un recrutement sur trois, quatre saisons, zéro statut unifié.

Emploi saisonnier : les chiffres d'une réalité sous-estimée
Sur les 83 800 recrutements de viticulteurs et arboriculteurs prévus en 2026, plus de 95 % sont saisonniers. © andreymuravin@stock.adobe.com

Servir des cocktails au bord de la mer, ce n’est pas que ça, le travail saisonnier. En France, les saisonniers sont des centaines de milliers à cueillir le raisin, préparer les commandes de Noël ou surveiller les baigneurs. Ils représentent un recrutement sur trois, travaillent toute l'année et pourtant, leur statut si particulier les fait souvent passer sous les radars. Décryptage en chiffres.

L'emploi à caractère saisonnier, c'est quoi ?

Selon le Code du travail, il se caractérise par des tâches appelées à se répéter chaque année « selon une périodicité à peu près fixe, en fonction du rythme des saisons ou des modes de vie collectifs ». Il ne correspond pas non plus à un contrat unique et prend généralement la forme d'un CDD classique ou d'usage, d'un contrat vendanges, intermittent ou d'une mission d'intérim. Il ne peut pas comporter de date précise d'échéance mais doit mentionner une durée minimale d'emploi.

Le contrat saisonnier, contrairement à ce que l'on pourrait penser, couvre les quatre saisons : tourisme hivernal (stations de ski, de décembre à mars), cueillettes de printemps, été touristique (mer, montagne, parcs), vendanges et récoltes d'automne, commerce de Noël.

Une saisonnalité qui gagne du terrain

Cette année, les employeurs ont déclaré 2,28 millions d'intentions de recrutement à France Travail. Ces chiffres sont importants même si largement en recul : -6,5 % par rapport à 2025, le plus bas niveau depuis 2018.

Cette baisse ne touche pas les besoins en emplois saisonniers, au contraire. Selon l'enquête BMO 2026, ils représentent 32,2 % du total des projets de recrutements, une hausse de 1,2 point par rapport à l'année précédente. À noter qu'en 2026, les employeurs peinent moins à recruter et jugent 43,8 % des projets difficiles (-6,3 points).

 

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Impossibles à compter, difficiles à protéger

Combien les saisonniers sont-ils, exactement ? La réponse est particulièrement épineuse car, en dehors des projets déclarés par les employeurs, il n'est pas aisé de trouver des chiffres récents sur le sujet, et toutes les institutions ne s'accordent pas sur les chiffres.

Selon la Dares, 1 050 000 personnes ont occupé au moins un contrat saisonnier en France entre avril 2018 et mars 2019. Pour France Stratégie*, le nombre d'emplois saisonniers se situerait plutôt entre 500 000 et 700 000. L’Insee, de son côté, recensait 4 millions de postes saisonniers en 2017, soit 11 % du secteur privé.

Ces chiffres ne se contredisent pas, ils ne mesurent pas la même chose. La Dares comptabilise les personnes ayant eu au moins un contrat sur douze mois et l'Insee les postes (chaque rotation comptant pour un). Sans oublier que les périmètres varient selon les études : fonction publique territoriale, contrats d'intérim, inclus ou non selon les méthodes.

Ce flou n'est pas anodin. En 2025, la Cour des comptes le soulignait encore : l'absence de définition universelle du statut de travailleur saisonnier « conduit à des situations hétérogènes qui ne permettent pas de les décompter de manière fiable ». Autrement dit, la France ne sait pas précisément combien de saisonniers travaillent sur son territoire. Ce qui ne l'empêche pas de leur consacrer, chaque année, un recrutement sur trois.

Agriculture, tourisme : des profils qui ont peu en commun

Si l'on se base sur les estimations de la Dares, l'agriculture et le tourisme concentrent l'essentiel des travailleurs saisonniers. Plus d'un sur quatre travaille dans les champs pour la récolte de fruits, le maraîchage et les vendanges. Ces saisonniers représentent un tiers de l'emploi agricole total. Près de la moitié exercent dans la restauration, l'hébergement ou les loisirs, principalement sur les lieux de vacances. Logiquement, les zones côtières, les massifs montagneux et les territoires viticoles (Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Grand-Est) sont les plus concernés. Le commerce représente quant à lui 15 % des emplois saisonniers et ce, de façon constante tout au long de l'année.

Le profil de ces travailleurs varie fortement selon le secteur. Dans l'agriculture, ils sont majoritairement des hommes (62 %), ouvriers non qualifiés à 90 %, et âgés en moyenne de 36 ans. Hors agriculture, le tableau est différent. Les saisonniers sont plus jeunes (31 ans en moyenne), leurs catégories socioprofessionnelles plus diversifiées (53 % sont employés, 14 % ouvriers non qualifiés) et la parité est quasiment atteinte, avec 51 % de femmes.

bon à savoir

Dans les vergers et les vignes, la main-d'œuvre étrangère est indispensable. En 2022, 4 616 travailleurs étrangers ont été détachés en France pour travailler dans le secteur agricole, selon la Dares. Le taux de recours à l'emploi détaché y est le plus élevé de tous les secteurs. Dans les Bouches-du-Rhône, ce chiffre monte à près de 20 % des emplois agricoles. Ces travailleurs peuvent obtenir une carte de séjour « travailleur saisonnier », valable trois ans. Mais elle ne permet d'être présent en France que six mois sur douze, sous réserve d'avoir un contrat, et oblige à maintenir sa résidence principale à l'étranger. La loi du 26 janvier 2024 sur l'immigration a ouvert, jusqu'au 31 décembre 2026, un dispositif expérimental de régularisation pour les travailleurs étrangers en situation irrégulière exerçant dans les métiers en tension, dont l'agriculture. Mais il contient un angle mort : les périodes travaillées sous couvert d'un titre de séjour « travailleur saisonnier » n'y sont pas prises en compte. Un saisonnier étranger qui travaille légalement en France depuis des années ne peut donc pas s'appuyer sur cette expérience pour se régulariser.

Un contrat saisonnier dure en moyenne deux mois et pour plus de la moitié des saisonniers (55 %), ce n'est qu'une partie de leur activité annuelle. Concrètement, cela veut dire qu'ils cumulent avec au moins un autre emploi salarié dans l'année. Les 45 % restants, eux, n'ont aucun autre contrat. Ce sont les plus exposés aux aléas du secteur, à la fois climatiques, économiques ou législatifs.

De la vigne aux pistes enneigées, les mêmes tensions

Certains métiers sont concernés à quasi-totalité. C'est le cas des viticulteurs et arboriculteurs : sur les 83 800 recrutements prévus en 2026, plus de 95 % sont saisonniers. Premier métier en volume toutes catégories confondues, les aides de cuisine et employés polyvalents de restauration concentrent 97 100 projets, portés à la fois par la saison estivale sur le littoral et hivernale dans les stations de ski. Les agriculteurs suivent avec 82 000 projets.

Les disparités régionales sont marquées. La Corse affiche la part la plus élevée du pays, avec 64,3 % de ses projets de recrutement sont saisonniers. La Provence-Alpes-Côte-d'Azur (44,3 %), la Nouvelle-Aquitaine (43,0 %), la Bretagne (41,3 %) et l'Occitanie (40,9 %) complètent ce palmarès. En Auvergne-Rhône-Alpes, la part atteint 33 % : la région concentre à elle seule 11 % des intentions d'embauche nationales, portées par un tourisme de montagne actif l'hiver comme l'été. À l'opposé, l'Île-de-France, première région en volume absolu de recrutements (388 810 projets), n'affiche que 11,3 % de projets saisonniers.

 

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Des recrutements de plus en plus difficiles

La progression des recrutements saisonniers ne signifie pourtant pas qu'ils se déroulent sans accroc. En 2026, 43,8 % des projets sont jugés difficiles par les employeurs. Le chiffre recule pour la quatrième année consécutive, mais il reste élevé. Et dans le tourisme, depuis les saisons 2022-2023, 65 000 postes saisonniers restent non pourvus chaque été.

Selon le BMO 2026, les employeurs qui peinent à recruter avancent deux raisons principales : l'inadéquation des profils des candidats (84 %) et la pénurie de candidats (82 %). Mais 39 % citent aussi les conditions de travail ; un levier que les employeurs ont directement en main et qu'ils mobilisent peu.

Car depuis la crise sanitaire, les viviers de candidats se sont réduits. Selon la feuille de route gouvernementale sur l'emploi saisonnier dans le tourisme, la concurrence d'autres secteurs offrant davantage de stabilité, comme la logistique ou le e-commerce, contribue aux difficultés de recrutement. Une tendance signalée, mais non chiffrée à ce stade.

 

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Se loger près de son lieu de travail : le défi de trop

La concurrence d'autres secteurs n'est pas le seul frein au recrutement. Le logement en est un autre, plus structurel encore. 400 000 saisonniers ont besoin d'un logement à proximité de leur lieu de travail, selon la Cour des comptes, qui a dédié un rapport à ce sujet en juillet 2025. Ces travailleurs arrivent sur un marché déjà sous tension : dans les zones touristiques les plus tendues, l'offre locative disponible est quasiment nulle. L'engouement des propriétaires pour les locations saisonnières, bien plus rentables que les locations classiques, a contribué à assécher l'offre précisément dans les territoires où les saisonniers travaillent.

Les pouvoirs publics ont multiplié les dispositifs, sans convaincre la Cour des comptes, qui juge ces leviers « souvent inopérants » et note que « l'absence de pilotage, au niveau national comme au niveau local, constitue un facteur aggravant ». Fin septembre 2024, la garantie Visale d'Action Logement avait abouti à 50 contrats signés pour 618 demandes.

Les solutions qui fonctionnent « résultent souvent d'initiatives locales, à caractère parfois artisanal », note l'institution. Le rapport de l'Association nationale des élus de la montagne et du Conseil national de la montagne, publié en avril 2026, va dans ce sens : il plaide pour un modèle « quatre saisons » permettant aux saisonniers de s'installer durablement sur leur territoire de travail, à condition de résoudre d'abord la question du logement, sans quoi il est impossible de les fidéliser à l'année.

Une avancée en demi-teinte : la réforme du chômage

La question des droits est peut-être la plus révélatrice du paradoxe saisonnier. Jusqu'au 1er avril 2025, ces travailleurs devaient justifier de six mois de travail sur les 24 derniers mois pour ouvrir des droits au chômage, c'est-à-dire les mêmes conditions que n'importe quel autre salarié, sans tenir compte de la spécificité de leurs parcours.

Depuis cette date, un assouplissement spécifique est entré en vigueur. Cinq mois suffisent désormais (soit 108 jours travaillés ou 758 heures) pour les travailleurs ayant exercé exclusivement sous contrats à caractère saisonnier. La durée minimale d'indemnisation a été alignée en conséquence.

Le gain est réel, mais limité. Le dispositif ne couvre que les contrats strictement « à caractère saisonnier » au sens du Code du travail. Un saisonnier ayant travaillé sous CDD classique, ce qui est fréquent, n'en bénéficie pas. Et passer de six à cinq mois ne résout pas la précarité structurelle des 45 % de saisonniers qui n'ont aucun autre contrat dans l'année.

Certains syndicats pointent depuis plusieurs années l'absence de statut unifié pour les travailleurs saisonniers dans le Code du travail : sans définition légale consolidée, il n'est pas possible de fonder un socle de droits spécifiques. La Cour des comptes le soulignait encore dans son rapport de juillet 2025.

Le climat, nouvelle variable de l'équation saisonnière

À toutes les fragilités déjà évoquées s'en ajoute une autre, moins maîtrisable : le dérèglement climatique. Deux piliers historiques de l'emploi saisonnier, le tourisme de montagne et l'agriculture, sont directement exposés à des conditions météorologiques devenues imprévisibles.

En montagne, les stations de moyenne altitude sont les plus vulnérables, car l'enneigement ne peut plus y être garanti, fragilisant un modèle économique construit sur un seul cycle hivernal.

Dans l'agriculture, les calendriers bougent et les chiffres sont éloquents. Selon le ministère de la Transition écologique, les dates de vendanges ont avancé de 24 jours depuis les années 1970 dans les régions viticoles étudiées, pour commencer dès la fin août. Ce changement complique directement l'organisation des récoltes et la disponibilité de la main-d'œuvre. Les saisonniers agricoles se retrouvent désormais en concurrence avec la fin de la saison touristique estivale, alors que ces deux cycles étaient historiquement distincts. Les canicules estivales aggravent par ailleurs leurs conditions de travail.

La CGT le souligne, les perturbations climatiques « impactent notamment la durée des contrats et les conditions de travail » : inondations, manque de neige, pluies fréquentes, canicules. Et à ce sujet, les saisonniers sont en première ligne.

* Service du Premier ministre dissous en mai 2025, dont les missions ont été reprises par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.

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