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Dans le secteur de la comptabilité et de la finance, « les profils analytiques, capables de piloter la performance tirent leur épingle du jeu »

Par Adèle Charrier Publié le

Décryptage d’Abdelhamid Benhamma, directeur senior chez Michael Page et spécialiste des métiers de la comptabilité et de la finance.

Dans le secteur de la comptabilité et de la finance, « les profils analytiques, capables de piloter la performance tirent leur épingle du jeu »
"Les entreprises sont à la recherche de compétences techniques en comptabilité, en fiscalité, en reporting et en gestion de la performance." © MIND AND I / Adobe Stock

Depuis 2025, les volumes de recrutement baissent en comptabilité et en finance. Pourtant, certains profils n'ont jamais été aussi courtisés : le marché tourne à plein régime sur les postes analytiques, pendant que les fonctions transactionnelles s'effacent sous l'effet de l'automatisation. Abdelhamid Benhamma, directeur senior chez Michael Page, décrypte pour Hellowork l’état du marché de l’emploi dans ce secteur d’activité.

Comment se porte le marché de l’emploi dans ce secteur ? Les volumes de recrutement sont-ils en hausse, en baisse ou stables par rapport à l’an dernier ?

Le marché de l’emploi en comptabilité et finance reste dynamique, mais il poursuit une mutation engagée depuis plusieurs années. On observe depuis 2025 une baisse des volumes de recrutements au global, liée à la conjoncture et à l’automatisation de fonctions transactionnelles.

Néanmoins, la demande reste forte sur tous les profils analytiques, et plus globalement sur tous ceux qui sont capables d’améliorer l’existant et de piloter la performance. Ces profils sont au cœur du réacteur de la transformation financière, elle-même portée par la digitalisation, la montée en puissance de l’IA, et par la nécessité pour les entreprises d’exploiter des datas fiables.

Quels types de profils sont les plus recherchés ? Et à quels postes ?

Les entreprises recherchent des profils qualifiés, capables d’exploiter les données, d’utiliser les outils, de mettre en place ou d’optimiser les process existants. Les candidats qui tirent leur épingle du jeu actuellement, sont ceux qui sont à l’aise dans l’analyse et le pilotage de la performance, mais également qui réussissent à être rapidement opérationnels lorsqu’ils intègrent une entreprise.

Nous sommes également dans une dynamique de transformation. Les entreprises recherchent des profils capables de les accompagner dans ce changement, c’est un élément très marqué dans nos observations depuis plusieurs mois.

Le marché continue de rester tendu sur les profils techniques confirmés. Les postes clés aujourd’hui sont le contrôleur de gestion, le contrôleur financier, et le comptable général en comptabilité. Ces professions ont toutes un point commun : elles sont essentielles pour fiabiliser les données et optimiser la prise de décision.

Quelles compétences techniques et compétences comportementales font la différence entre les candidats ?

Les hard skills sont fondamentales sur nos métiers. Les entreprises sont à la recherche de compétences techniques en comptabilité, en fiscalité, en reporting et en gestion de la performance.

Toutefois, on se rend compte de plus en plus que les experts en comptabilité ou en finance doivent aussi être capables d’exploiter les outils, que ce soient les ERP, de plus en plus complets et globaux, la Business Intelligence ou les outils d’automatisation. Ce sont aujourd’hui des prérequis.

« Le financier devient un business partner »
Abdelhamid Benhamma, directeur senior chez Michael Page

On observe aussi, que la communication est centrale. Nos clients recherchent des professionnels capables d’échanger avec les opérationnels, avec les directions, de restituer leurs analyses, et parfois de défendre leurs préconisations.

Pour les managers et les fonctions d’encadrement, les attentes portent davantage sur la capacité à porter un projet et à incarner une vraie posture de leader auprès des équipes, pour entraîner tout le monde dans le mouvement. Et bien évidemment une vraie aptitude à accompagner le changement. Le financier devient de plus en plus un business partner.

Quelles sont les tendances en matière de salaire ?

Nous avons connu plusieurs années de hausse, notamment post-COVID. Depuis 2025, le marché connaît un retour à une certaine normalisation au niveau des augmentations de salaire.

On pense qu’en 2026, il y aura encore des augmentations de salaire pour certains profils, mais elles resteront ciblées. Les profils les plus demandés continuent à bénéficier d’augmentations significatives, notamment lors de changements de poste. Ils ont vraiment la main pour négocier. À noter que les compétences techniques pointues et la maîtrise des outils, ERP*, BI**, restent aussi des leviers clés de valorisation salariale.

Ce secteur est-il propice aux profils en reconversion ? Si oui, quels types de profil ?

Le secteur reste relativement exigeant, car le background technique est au cœur des recrutements. Je dirais qu’il est assez peu ouvert aux profils en reconversion.

En revanche, il existe des passerelles, notamment pour des profils issus de l’audit, ou des profils ayant une forte appétence pour l’analyse de la data. La cohérence du parcours est toujours très demandée, et la capacité à démontrer une montée en compétences sur des nouveaux sujets reste essentielle.

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes des candidats ? Y a-t-il des attentes mal comprises sur ce secteur ?

Les erreurs les plus fréquentes sont un manque de précision et de mise en contexte des expériences professionnelles.

Je vois encore trop de candidats qui ne mettent pas assez en avant leur implication sur des projets transverses, des projets de transformation ou d'automatisation. C'est dommage ! Ce qui peut faire la différence, c’est de valoriser ces éléments, puisqu’ils démontrent la capacité du candidat à mener à bien ses missions et son impact.

Y a-t-il des éléments différenciants à mettre en avant dans son CV ? Comment un candidat doit-il se préparer pour un entretien dans ce domaine ?

Les candidats disposent de bons outils pour créer leur CV, et la forme est généralement bonne. En revanche, sur le fond, il faut veiller à ce que la maîtrise des outils, soit bien documentée. On demande de plus en plus aux candidats de mettre en avant des résultats concrets. De ne pas hésiter à chiffrer, à quantifier, pour appuyer leurs compétences par des cas concrets.

L'objectif, c'est de démontrer son fonctionnement en mode projet et son expertise, pas seulement de décrire ses missions, qui sont déjà présentées sur le CV. L'idée, est d’apporter une réelle valeur dans la présentation de son parcours.

Quant à la préparation de l’entretien, elle est déterminante. On conseille d'abord au candidat de bien comprendre les enjeux de l'entreprise dans laquelle il postule, son activité, son actualité, son organisation. Cette démarche va lui permettre de mieux identifier les défis du poste : est-on dans un contexte de transformation de la direction financière ? Une société en croissance ? En restructuration ?

Lors de l'entretien, illustrez votre parcours par des exemples concrets. Si vous avez mené un projet d'implémentation d'ERP ou d'optimisation de process, mettez-le en avant ! Les problématiques que vous avez traitées peuvent rejoindre celles du recruteur, et ces points de convergence éclairent la discussion. Mieux : présentez les solutions apportées et les résultats que vous avez obtenus.

Quelles évolutions anticipez-vous sur ce marché dans les 12 à 18 prochains mois ? Y a-t-il des compétences émergentes sur lesquelles les candidats devraient se former ?

Le marché devrait globalement rester stable à court terme. Les métiers vont continuer à se transformer sous l’effet des évolutions technologiques et du contexte global et réglementaire.

Les principaux enjeux des directions financières à venir : la généralisation de la facturation électronique, l’automatisation des tâches à faible valeur ajoutée, le pilotage de la donnée, et bien sûr le renforcement des enjeux ESG et du reporting extra-financier. Les reportings extra-financiers avec l’intégration des indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance deviennent une priorité à la fois réglementaire et stratégique pour les entreprises.

Les profils analytiques, capables de fonctionner en mode projet, polyvalents et force de proposition vont rester les plus recherchés. Les candidats doivent se former sur des compétences et des outils qui leur permettent de piloter la performance, et non plus seulement de produire des données.

*Les ERP (Enterprise resource planning) sont un type de logiciel que les entreprises utilisent pour gérer leurs activités quotidiennes telles que la comptabilité, les achats, la gestion de projets, la gestion des risques et la conformité.

**BI Le terme Business Intelligence (BI) désigne les technologies, applications et pratiques de collecte, d'intégration, d'analyse et de présentation de l'information.

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