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Télécharger Télécharger40 % des chômeurs changent de métier en retrouvant un emploi
Retrouver un job, oui. Retrouver son métier, moins souvent qu'on ne le pense.
C'est un peu une reconversion subie. On vise un métier, on se retrouve dans un tout autre univers professionnel. Cet écart, une étude de France Travail vient de le mesurer sur 2,9 millions de demandeurs d'emploi ayant décroché un poste en 2023. Résultat, 40,3 % d'entre eux ont occupé un emploi hors de tout ce qu'ils recherchaient. En ne regardant que le métier principal visé au départ, la proportion grimpe à 53 %.
Une évolution amorcée en 2019
Hors fonction publique, la part des demandeurs d'emploi retrouvant un emploi dans un domaine différent de celui recherché est passée de 48,8 % en 2019 à 50,4 % en 2021, avant de se stabiliser jusqu'en 2023. La part de ceux qui reprennent exactement le métier recherché recule légèrement, de 32,7 % en 2019 à 31,8 % en 2023, tout comme celle de ceux qui restent dans le même domaine sans retrouver le métier exact, passée de 18,5 % à 17,8 % sur la même période.
France Travail rapproche ce constat d'une évolution plus large des mobilités professionnelles. Entre 2018 et 2021, davantage de salariés ont changé de secteur d'activité ou de métier qu'auparavant. Pour expliquer ces écarts, l'étude distingue deux familles de facteurs : ceux liés au profil du demandeur d'emploi, et ceux liés à la zone géographique où il cherche un emploi.
Âge, qualification, secteur recherché : ce qui joue dans le parcours individuel
L'âge a un effet net. À caractéristiques égales, un demandeur d'emploi de moins de 25 ans a une probabilité de retrouver un métier différent de sa recherche supérieure de 6,5 points à celle d'un demandeur de 35 à 39 ans. Elle diminue au contraire de 3,5 points pour les 50 ans et plus. France Travail explique cette différence par des réorientations professionnelles plus fréquentes en phase d'insertion sur le marché du travail et donc, chez les plus jeunes.
Le niveau de qualification du métier visé compte aussi. Rechercher un poste d'ouvrier qualifié réduit de 9,6 points la probabilité de changer de domaine, et un emploi peu qualifié de 5,5 points, toujours par rapport à un poste d'employé qualifié. Un métier à caractère saisonnier retranche également de 4 points.
Tous les métiers recherchés ne se valent pas non plus, la comparaison se faisant toujours par rapport au commerce, référence du modèle. La mobilité vers un autre domaine est plus difficile pour qui brigue un poste dans la santé et l'action sociale (-15,9 points) ou dans l'hôtellerie-restauration-alimentation (-11,9 points). Elle est au contraire nettement plus fréquente pour les métiers industriels, avec +26,7 points pour les ingénieurs et cadres de l'industrie et +18,6 points pour la mécanique et le travail des métaux.
Bassin d'emploi, tension du marché, distance : ce qui joue selon le territoire
Le lieu de résidence pèse tout autant. Les écarts entre métier recherché et métier retrouvé sont les plus marqués à Mayotte, en Guyane et en Bourgogne-Franche-Comté. La correspondance est au contraire la plus forte en Corse, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, en Île-de-France, ainsi qu'en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion, des régions à dominante tertiaire.
À l'échelle plus fine des bassins d'emploi, deux profils de territoires concentrent les plus fortes divergences : les zones à faible densité de population (Loches, Aubusson, Cosne-sur-Loire) et celles à forte orientation industrielle (Sedan, Revin, Montbéliard, Sélestat, Luxeuil). Le bassin de Morteau, en Bourgogne-Franche-Comté, affiche ainsi 49,6 % de demandeurs d'emploi retrouvant un métier hors de tout ce qu'ils recherchaient. À l’inverse, les zones touristiques et les territoires d’agriculture maraîchère ou viticole affichent une meilleure correspondance.
La situation du marché du travail local joue également un rôle direct. Quand le métier recherché est en tension de recrutement au niveau régional, la probabilité de décrocher un métier différent chute jusqu'à 10,3 points. Même logique quand ce métier est déjà surreprésenté localement dans les offres d'emploi.
La distance domicile-travail agit, enfin, dans deux sens différents selon qu’on évolue dans le privé ou le public. Dans le privé, plus un demandeur d'emploi accepte de s'éloigner de son domicile, plus il a de chances de retrouver le métier recherché. Ce risque de changer de domaine diminue de 1,3 point pour un trajet de 5 à 10 km, et jusqu'à 4,2 points au-delà de 30 km. Dans le secteur public, l'effet s'inverse, les demandeurs d'emploi retrouvant un emploi loin de leur bassin de résidence ayant au contraire plus souvent un métier différent de celui recherché.
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