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Pharmaciens hospitaliers : ce secteur où l’on soigne autrement (et qui recrute)
Dans l’imaginaire collectif, le métier de pharmacien se limite à l'officine. Chloé l’exerce différemment, auprès de patients hospitalisés à domicile.
Après quatre ans d'internat et plusieurs années au CHU de Montpellier, Chloé Chantemesse aurait pu rester pharmacienne hospitalière classique, entre les murs d’un établissement de santé. Elle a choisi une autre voie, méconnue de la plupart de ses confrères : la pharmacie à usage intérieur (PUI) en hospitalisation à domicile (HAD), au sein du groupe Adène. Un métier où l'hôpital s'invite jusque dans le salon ou la chambre du patient.
Le même cœur de métier qu'à l'hôpital, mais à domicile
« Concrètement, mon rôle ressemble sensiblement à celui d’un pharmacien hospitalier qui exerce en clinique ou en centre hospitalier », pose d'emblée Chloé. Même sécurisation du circuit du médicament, même analyse pharmaceutique des ordonnances, même approvisionnement, même dispensation. Elle gère aussi une longue liste de médicaments dits « à risque », ou de dispositifs d’administration propres à l’HAD, qui sont parfois très éloignés de la réalité des soins à l’hôpital.
« Mais ce qui change vraiment tout, c'est que l'établissement de santé s'étend jusqu'au domicile du patient », explique la pharmacienne. Résultat : le traitement délivré doit être accessible immédiatement, et non plus récupéré quelques étages plus bas. « Il doit être disponible au domicile du patient, et administrable selon ce qui y est envisageable dans ces conditions. »
bon à savoir
La logistique, grande absente de la pharmacie hospitalière classique
C'est là, selon Chloé, que se joue la vraie singularité de la profession. « Ce qui me plaît, c'est bien sûr l'aspect pharmaceutique. Mais c'est surtout tout le volet logistique, qui n'existe pas dans un centre hospitalier classique, ou alors qui est géré par des personnes qui ne sont pas des pharmaciens », explique-t-elle. En HAD, ce pan du métier lui revient entièrement.
La manière de délivrer les médicaments change aussi la donne. « Une particularité de l'hôpital, c'est de délivrer la quantité à l'unité près, alors qu'en officine on délivre à la boîte », précise Chloé. « Nous, on délivre au plus près des besoins du patient. S'il n'a besoin que de trois unités sur une boîte de trente, il aura ces trois unités, pas plus. » Une précision d'autant plus nécessaire que certains traitements, comme les antibiotiques, restent onéreux.
Le rythme, lui, dépend beaucoup des aléas médicaux. La matinée démarre toujours par la prise de connaissance des ordonnances et de tout ce qui a pu se passer la nuit, avant de vérifier posologies et interactions. Vient ensuite l'organisation de la pharmacie : préparation des commandes, gestion des stocks, vérifications des ruptures médicamenteuses, des factures, et échanges avec les fournisseurs. Le pharmacien participe aussi à des instances plus ponctuelles, comme la régulation du matin avec les équipes médicales et soignantes ou les commissions médicales d'établissement. « C'est ce qu'on fait dès la prise de poste, puis, plus classiquement, au fil de la journée », résume Chloé.
À noter que le lien avec les patients passe rarement par un contact direct. « Le relais se fait par le biais des infirmiers coordonnateurs », souligne Chloé, qui échange tout de même avec les patients ou leurs proches lorsque des questions précises se posent sur un traitement. Une proximité qui pourrait s'accentuer avec le développement de la pharmacie clinique. Les préparateurs commencent déjà à se déplacer au domicile pour observer l'environnement du patient et prévenir l'automédication.
bon à savoir
L'adaptabilité, maître mot du métier
Si la logistique structure le quotidien, c'est bien l'imprévu qui la différencie vraiment de la PUI classique. En cause : une réglementation hospitalière qui ne prévoit aucune exception pour le domicile. « Elle s'applique à toute structure, qu'elle soit HAD ou clinique, sans aucune adaptation prévue pour le domicile », souligne Chloé. « En PUI, on rédige énormément de procédures, mais on a beau envisager tout un tas de scénarios, celui qui survient n'est pas forcément celui qu'on avait attendu, il faut faire preuve de rigueur et d’adaptabilité. »
Cette adaptabilité, Chloé l'a particulièrement éprouvée face à des situations compliquées, comme des patients jeunes placés en soins palliatifs » « Ce sont des pronostics difficiles à accepter », confie-t-elle. Dans ces moments, l'enjeu dépasse la seule délivrance des médicaments : « Le patient doit recevoir son traitement et les dispositifs pour l’administrer en temps et en heure, sans qu’ils ne soient impactés par des erreurs logistiques. » Une exigence qui, selon elle, nécessite d'être « hyperactif et de communiquer sans relâche », avec les médecins praticiens HAD, les infirmiers coordonnateurs et les infirmiers libéraux.
Elle a aussi dû apprendre à composer avec des métiers qu'elle ne côtoyait pas à l'hôpital, comme les chauffeurs-livreurs, chargés d'acheminer les traitements. « Ce sont des professionnels qui n'ont aucune connaissance du milieu médical ou pharmaceutique, et pourtant on leur confie le soin de livrer les patients. Il faut donc s’adapter, leur transmettre les bons repères et vulgariser certaines notions », détaille-t-elle. Une gymnastique permanente entre rigueur pharmaceutique et souplesse de terrain.
Une profession méconnue, qui gagnerait à être découverte
Pour Chloé, le principal frein à ce métier n'est pas la difficulté à l’exercer, mais l'ignorance de son existence. « C'est une profession que je ne connaissais pas, et que très peu de pharmaciens connaissent, hormis ceux formés dans des centres hospitaliers disposant déjà de services d'hospitalisation à domicile », remarque-t-elle. Un angle mort qui se retrouve jusque dans la formation des soignants qu'elle rencontre aujourd'hui : « Je leur dis systématiquement : "Vous avez une vision très hospitalière de votre patient, installé dans sa chambre où tout est maîtrisé. Il faut aller voir ce qu’il en est réellement au domicile." »
Son conseil aux pharmaciens qui souhaiterait se diriger vers l’hospitalisation à domicile est donc limpide : il faut sortir du cadre. « Tant qu'on n'a pas fait la démarche d'aller voir ce qu'est un domicile de patient, l'exercice sera d'autant plus difficile, car on s'en fait une idée faussée », prévient-elle. Sa recommandation ? « Faire une tournée avec un infirmier coordonnateur ou un médecin praticien HAD, pour se rendre compte de la réalité du terrain avant de se lancer. »
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