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Demander une augmentation : et si le bon moment, c'était maintenant ?

Par Stéphanie Davalo • Publié le

On remet souvent cette conversation à plus tard. "Maintenant", c'est pourtant pas mal.

Demander une augmentation : et si le bon moment, c'était maintenant ?
Juin est la dernière fenêtre avant les congés d'été, qui ont tendance à geler les décisions jusqu'à la rentrée © Wesley JvR/peopleimages.com

52 % des salariés français ne se sentent pas à l'aise avec la négociation salariale. Et le frein numéro un n'est pas la peur du refus : c'est de ne pas savoir combien demander. C'est ce que révèle le baromètre Robert Half 2026, qui interroge chaque année plusieurs centaines d'actifs sur leur rapport au salaire.

Pourquoi les enveloppes qui se resserrent peuvent jouer en votre faveur

Les Négociations Annuelles Obligatoires 2026 ont acté une hausse moyenne de 1,6 %, selon les données de la Banque de France publiées en avril 2026 à partir de 1 700 accords de branche. C'est le niveau le plus bas depuis plusieurs années : 2 % début 2025, 3,3 % début 2024. Après deux années de rattrapage face à l'inflation, les budgets se normalisent.

Ce que ce chiffre ne dit pas, c'est que ces enveloppes sont de moins en moins réparties de façon homogène. Seules 29 % des entreprises prévoient encore des augmentations générales en 2026, selon l'enquête WTW Salary Budget Planning. Les 71 % restantes concentrent leurs budgets sur des hausses individuelles ciblées. Ce glissement structurel est une bonne nouvelle pour ceux qui savent demander : l'enveloppe globale diminue, mais la part disponible pour les profils qui se positionnent activement augmente.

Autrement dit, dans un contexte de modération salariale, attendre que l'augmentation vienne d'elle-même est la stratégie la moins efficace.

Juin, une fenêtre à ne pas laisser passer

Pour comprendre pourquoi juin est un bon moment, il faut d'abord comprendre comment les décisions salariales se prennent dans la plupart des entreprises. Il y a en général deux cycles distincts.

Le premier, c'est la NAO, la Négociation Annuelle Obligatoire. Elle concerne les entreprises dotées de délégués syndicaux et se tient généralement en début d'année, entre janvier et mars. C'est là que se fixent les augmentations générales, applicables à l'ensemble des salariés d'une branche ou d'une entreprise. Si vous attendez ce moment pour demander une hausse individuelle, vous êtes hors cycle : la NAO n'est pas une discussion entre un manager et son salarié, c'est une négociation collective.

Le second cycle, moins connu mais souvent plus utile pour les demandes individuelles, c'est la revue de mi-année, ou mid-year review. Elle existe surtout dans les grandes entreprises, les filiales de groupes étrangers, et les structures des secteurs financier, tech ou conseil. Le principe est simple : au premier semestre, le manager fait le point sur les performances de chaque membre de son équipe, et une enveloppe de budget peut être allouée pour des ajustements individuels avant l'été. Ce n'est pas un droit formalisé comme la NAO, c'est un processus interne que toutes les entreprises n'ont pas.

Si vous ne savez pas si votre entreprise pratique ce type de revue, la question la plus directe reste la meilleure : « Est-ce qu'il y a une revue salariale prévue au second semestre ? » Posée à votre manager ou aux RH, elle vous donnera une réponse nette et vous permettra de calibrer votre démarche.

Pour ceux qui n'ont pas ce dispositif, le raisonnement tient quand même : juin est la dernière fenêtre avant les congés d'été, qui ont tendance à geler les décisions jusqu'à la rentrée. Attendre septembre, c'est décaler de trois mois une conversation qui pourrait avoir lieu maintenant. La règle pratique reste la même dans tous les cas, poser la demande avant la mi-juin pour que la discussion puisse aboutir avant les départs.

Combien demander et avec quels arguments

La préparation fait toute la différence. Le frein principal des salariés n'étant pas psychologique mais informationnel, la solution est simple, se renseigner avant de demander.

Les arguments qui fonctionnent, toujours selon le baromètre Robert Half : l'ancienneté dans l'entreprise arrive en tête (56 %, en hausse de 7 points en un an), suivie des résultats obtenus sur les objectifs fixés (47 %) et de l'évolution de la fiche de poste (45 %). Ces leviers ont en commun d'être concrets et vérifiables. Un manager peut difficilement contester un objectif dépassé ou un périmètre qui s'est élargi.

Pour calibrer le montant, le réflexe est de regarder ce que le marché paie pour un poste comparable. Le Panorama des salaires Hellowork agrège les données de rémunération par métier, secteur et niveau d'expérience sur l'ensemble des offres diffusées sur la plateforme. C'est un point de départ factuel, que vous pouvez utiliser dans votre argumentation : « Pour ce niveau de poste dans ce secteur, le marché se situe entre X et Y. Ma rémunération actuelle est en dessous. »

N'oublier pas d'estimer aussi l'impact réel d'une augmentation : une hausse de 200 € brut par mois ne se traduit pas par 200 € net sur votre compte en banque. Pour savoir concrètement ce que vous gagnerez, utilisez par exemple notre calculateur brut/net.

La conversation elle-même

Demander une augmentation n'est pas une revendication, c'est une discussion professionnelle. La distinction est importante dans la préparation mentale autant que dans la forme. Quelques règles qui changent la dynamique : prendre rendez-vous explicitement pour parler de rémunération plutôt que d'aborder le sujet en fin de réunion, arriver avec un chiffre précis plutôt qu'une fourchette (qui invite à s'aligner sur le bas), et anticiper le « ce n'est pas le bon moment » par une question simple : « Quand serait le bon moment pour en reparler ? »

Si la réponse à votre demande est négative, ce non n'est pas forcément définitif. 46 % des entreprises prévoient en 2026 des ajustements d'équité interne (toujours selon l'enquête WTW Salary Budget Planning 2026), notamment pour corriger des écarts de rémunération non justifiés au sein des équipes. Une demande bien documentée peut aussi déclencher ce type de révision, indépendamment du cycle habituel.

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