Détail du poste
Le projet souhaite comprendre comment se structurent les cultures bovines en élucidant les dimensions socio-spatiales des relations bidirectionnelles humain-animal dans un contexte sociétal articulant questions autour de la survie des systèmes productifs traditionnels et des transformations des régimes alimentaires. Il s'agit d'envisager dans cette thèse les hiérarchies sociales des catégories animales et les principes sociaux et spatiaux de leurs acceptabilités et comestibilités.
De la vache patrimoniale à préserver au steak réinventé, les bovins irriguent des pans entiers de nos vies matérielles et immatérielles. En mettant en regard les espaces de la vie et de la mort bovine aux structures sociales qui s'y projettent, cette géographie sociale se situe au croisement des enjeux contemporains qui interrogent le sens éthique, la légitimité alimentaire et les spatialités des pratiques.
Les moyens mis à disposition dans le cadre de cette thèse sont ceux présents au sein du laboratoire ESO-Le mans d'une part et toutes les ressources matérielles et humaines des réseaux scientifiques des Pays de la Loire (la MSH Ange-Guépin et son réseau dans les Pays de la Loire, l'École doctorale d'inscription, les antennes et l'animation scientifique des laboratoires du réseau de l'UMR CNRS 6590 à Rennes, Nantes, Angers et Caen). Plusieurs ingénieurs sur ces différents sites font partie des moyens et ressources mobilisables dans le cadre de cette thèse en cartographie, en maniement des données numériques, quantitatives comme qualitatives.
La viande rouge est un objet-frontière qui articule des positions divergentes devenant un point de coordination (Star & Griesemer, 1989), entre héritages agricole et culturel, devenus ces dernières décennies controverses politiques et sociales (Van Tilbeurgh, 2017; Delanoue, 2018), point convergeant d'enjeux sur nos sociétés à l'heure de l'anthropocène. Qu'on le veuille ou non ces matières carnées participent d'un compromis autour de l'idée qu'elles contribuent à organiser les paysages, les activités agro-industrielles, les mondes alimentaires et plus généralement le rapport entre humains et animaux. En somme, la viande est envisagée comme une matière vivante du corps social qui, pour exister, passe par la mort des animaux afin d'en tirer les matières qui deviennent alors aliments (Vialles and Cazes-Valette, 2015). Réaliser une géographie des cultures bovines revient à assumer le fait que la relation entre les humains, les animaux et l'alimentation sont intrinsèquement liés dans la construction des hiérarchies socio-spatiales. De fait, elle participe à éclairer les Avenir des filières viande en France (Schiavo et al., 2025).
De toutes les catégories animales, nous retenons celle des bovins dans la mesure où 1) elle joue un impact majeur à l'échelle des territoires notamment de l'Ouest de la France et 2) les enjeux sociétaux et environnementaux autour de son existence sont certainement les plus présents. Parler de cultures bovines exige de prendre en considération les tensions qui irriguent le monde humain des bovins aussi bien dans le maintien de l'élevage et de ses paysages que dans la présence de leurs viandes dans les assiettes. Ces deux dynamiques font systèmes et posent de manière particulièrement sensible la reproduction sociétale et ses évolutions. En élucidant ces enjeux, cette recherche a pour perspective de dessiner en creux, au-delà des clivages binaires, ce que pourraient être des paysages végans, c'est-à-dire sans cultures animales.
La notion de « cultures bovines » employée ici s'inscrit dans une approche contextualisée et située (Kalenda, 2016) intégrant les pratiques et les représentations des relations aux multiples figures bovines. En s'intéressant aux croissements, superpositions voire oppositions des perceptions avec et pour les bovidés, le propos est de tracer les champs de force et de significations qui composent les présences bovines dans un espace, organisent et structurent des espaces formant des compromis et des dissensus sur les fonctions animales. Ainsi, en Pays de la Loire la préservation de la Rouge des Près (race du Maine et Loire) et les alternatives à l'abattage de masse (AALVie) par exemple mobilisent le maillage associatif et le monde des amateurs de biodiversités animales. Ces derniers cohabitent avec les quelques 20 000 exploitations ligériennes, les acteurs de la transformation et des interprofessions dédiées (interbev par exemple)qui génèrent un chiffre d'affaires global de plus d'1 milliard d'euros (Chambres d'Agricultures des Pays de la Loire, 2015). Ces différentes relations humanimales cohabitent avec la figure de la Prim'Holstein, vache à lait symbolique des représentations bovines. Ces différents positions sociales et économiques participent à donner sens à ce que nous nommons ici les « cultures bovines ».
Ainsi, l'analyse de la construction de cet objet « cultures bovines » comme un référent légitime -apprécié ou contesté- participe à élucider nos sociétés contemporaines. L'animal vivant et mort invite à interroger les espaces physiques et symboliques de ses productions, de ses transformations et les multiples codes et symboles de son ingestion. Ces 3 étapes (production, transformation, ingestion) en apparence fort simples rappellent que ces univers sociaux sont constitués de hiérarchies et de rapport de pouvoir particulièrement intéressants à analyser. Ils sont le coeur du questionnement : en quoi les espaces sociaux et spatiaux de production et reproduction des cultures bovines sont-ils révélateurs de nos structures sociales et comment ils nous informent en retour sur les hiérarchies en cours de redéfinition ?
Les enjeux du sujet proposé convergent vers une hypothèse forte : les flux de matières et de symboles qui irriguent les cultures bovines constituent la fabrique sociale des territoires sur lesquels elles se déploient. En cherchant à comprendre la matrice sociétale du rapport aux matières bovines, la thèse porte l'ambition de saisir la profondeur des liens entre humains, animaux et territoires, et s'inscrit dans les perspectives de la géographie humanimale (Estebanez et al., 2013).
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Les questionnements sur les cultures bovines s'inscrivent dans le champ scientifique riche des études post-coloniales en géographie (Neo and Emel, 2017), en sociologie (Nungesser and Winter, 2021), en économie politique (Williams, 2000) notamment. Parmi ces références, geography of meat montre comment il est possible d'articuler dimensions économiques et culturelles en centrant le regard sur les enjeux politiques de la marchandisation des animaux et de leur chair qui révèlent nos propres hiérarchies socio-spatiales de genre et de classe sociale par exemple. En France plus spécifiquement, les enjeux sont essentiellement traités des points de vue alimentaires (systèmes, production, allocation des ressources, terroir et qualités), éthiques (Lestel, 2010), et, dans un moindre mesure, des morts animales (Collectif Animort, 2020; Lamy et al., 2022). Les travaux menés à l'INRAE par le groupe « filière bovine » notamment dans sa partie SHS sont également à intégrer dans une perspective pluridisciplinaire. L'articulation entre les matières vivantes et mortes est envisagée comme les deux phases des mêmes enjeux. Elle permet de placer le propos à l'échelle des territoires, c'est-à-dire au plus près de la création, de la transformation et de l'ingestion de l'objet lui-même. Il s'agit d'envisager la matrice des hiérarchies de consommabilité du vivant, en analysant les classements comme révélateurs d'une ontologie différenciée du produire, et permettant de repérer, ce qui demeure non nommé ou euphémisé.
(voir méthodologie, terrains et bibliographie dans fichiers joints)
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L'immense majorité des animaux élevés par l'humanité est destinée à être ingérée. L'animal vivant puis mort, passant du statut de bétail à celui de viande rouge, est un enjeu pour des territoires comme celui des Pays de la Loire, première région française en termes de production et d'abattage ; trois fois plus qu'elle ne peut en consommer.
Publiée le 05/05/2026 - Réf : 124eba60e6c0671279d1863d2c4bf066