Détail du poste
Face à ce constat, la littérature en écologie propose deux modèles principaux de gestion de l'espace agricole pour concilier production alimentaire et préservation de la biodiversité (Green et al. 2005) :
1. Le land sparing, qui repose sur une séparation stricte entre zones agricoles et espaces protégés et qui prône une intensification de la production agricole pour répondre aux besoins alimentaires sur un espace limité.
2. Le land sharing, qui favorise l'intégration de la biodiversité au sein même des systèmes agricoles et qui prône une agriculture durable (réduction des pesticides, haie, agroforesterie).
Si la littérature écologique a largement documenté les implications de ces deux modèles, les analyses économiques restent relativement limitées (Strobl, 2022 et Palmer, Groom, Sileci, & Langton, 2024). Cette thèse propose d'apporter un éclairage nouveau sur cette question en adoptant une approche principalement économique, tout en intégrant une dimension interdisciplinaire. L'objectif est d'évaluer les implications économiques respectives de ces deux modèles de gestion de l'espace agricole en intégrant les connaissances en écologie, afin d'éclairer les choix de politiques publiques dans ce domaine (Loconto, Desquilbet, Moreau, Couvet, & Dorin, 2020).
Cette thèse vise à combiner les approches économiques et écologiques pour analyser l'allocation du sol en s'appuyant sur des modèles économiques théoriques et empiriques. Elle s'articulera en trois étapes principales :
1. Revue de la littérature croisée. Une revue de littérature croisant les connaissances en économie et en agroécologie, afin d'acquérir les connaissances de base en écologie et de confronter les approches écologiques et économiques.
2. Modélisation théorique. L'adaptation du modèle ricardien d'allocation du sol pour intégrer l'arbitrage entre land sparing et land sharing, en vue d'atteindre des objectifs de préservation de la biodiversité tout en répondant aux contraintes de souveraineté alimentaire. Il s'agira dans cette étude d'étendre le modèle proposé par (Meunier, 2026).
3. Modélisation empirique. La construction d'un modèle économique empirique synthétisant les enseignements théoriques et les résultats de la revue de littérature, afin de formaliser les dynamiques d'allocation du sol. La revue de la littérature de l'étape 1 permettra d'apporter des éléments pour justifier le choix des pratiques et des cultures et sélectionner les indicateurs de biodiversité alors que les enseignements du modèle théorique de l'étape 2 permettront d'apporter une cadre théorique rigoureux pour analyser les mécanismes économiques.
Références
Bareille , F., & Largier, B. (2024). A meta-analysis on the productive value of crop biodiversity. American Journal of Agricultural Economics, 1-33.
Gollin, D., Worm Hansen, C., & Wingender, A. (2021). Two Blades of Grass: The Impact of the Green Revolution. Journal of Political Economy, 129(8).
Green, R.E., Cornell, S. J., Scharlemann, J. P. W., Balmford, A. (2005). Farming and the fate of wild nature, Science 307 (5709): 550-555.
Hubert, M.-H., & Ing , J. (2025). Looking for Methods to Value Ecosystem Services? An Economic Toolkit with a Focus on Biocontrol. (J. van Baaren , C. Le Lann , C.-S. Ma, & G. Ma, Éds.) Biological Control Systems and Climate Change.
Loconto, A., Desquilbet, M., Moreau , T., Couvet, D., & Dorin, B. (2020). The land sparing - land sharing controversy : Tracing the politics of knowledge. Land Use Policy , 103610.
Meunier, G. (2026). Land Sparing and Land Sharing in a Heterogeneous Landscape . Working Paper Chair Energy & Prosperity .
Monnet, A.-C., Cairo, M., Deguines, N., Jiguet, F., Vimont, M., Fontaine, C., & Porcher, E. (2026). Common birds have higher abundances in croplands with lower pesticide purchases. Proc Biol Sci, 293(2062), 20252370.
Palmer, C., Groom, B., Sileci, L., & Langton, S. (2024). Biodiversity-food trade-offs when agricultural land is spared from production. American Journal of Agricultural Economics, 108(1), 254-284.
Strobl, E. (2022). Preserving local biodiversity through crop diversification. American Journal of Agricultural Economics, 104(3), 1140-1174.
Tromeur, E., & Pommeret, A. (2024). Mettre en valeur(s) la biodiversité: état des lieux et perspectives. [La Note d'analyse, n° 147] (16 pages). France Stratégie.
En croisant approches théoriques et empiriques en économie, cette thèse fournira des outils pour définir des politiques publiques visant à concilier production alimentaire et préservation de la biodiversité.
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La perte de biodiversité constitue l'un des défis environnementaux majeurs du XXI siècle, et les produits phytosanitaires, notamment les pesticides, y jouent un rôle central. Leur utilisation intensive, bien qu'ayant permis d'accroître les rendements agricoles de manière substantielle depuis les années 1960, s'accompagne également d'effets délétères documentés par de nombreuses études scientifiques (Gollin, Worm Hansen, & Wingender, 2021). Par exemple, Monnet, et al., 2026 ont démontré que 54 des 64 espèces d'oiseaux communes étudiées en France métropolitaine présentent des populations réduites dans les zones où l'usage des pesticides est intensif. Cette étude, qui croise des données d'achat de pesticides avec des suivis ornithologiques, illustre clairement l'impact négatif de ces substances sur les écosystèmes.
La soutenabilité des systèmes agricoles dépend directement de la fourniture en quantité et en qualité de services écosystémiques essentiels tels que la pollinisation ou le contrôle biologique des ravageurs. Bareille & Largier, 2024 ont estimé que l'élasticité de la diversité des cultures sur la productivité agricole est en moyenne de 0.75 selon un panel de 52 études (1998-2025). La préservation de ces services est donc cruciale pour assurer à la fois une production agricole durable et la pérennité des écosystèmes, dans toutes leurs dimensions : valeurs d'usage, de non-usage et intergénérationnelles (Hubert & Ing , 2025 ; Tromeur et Pommeret, 2024).
Publiée le 05/05/2026 - Réf : 96f45368bfae8ec9e11e2c3251d5d362