Détail du poste
Établissement : Muséum national d'Histoire naturelle École doctorale : DIVONA (Diversités, Origines, Natures) Laboratoire de recherche : Patrimoines locaux, environnement et globalisation Direction de la thèse : Romain SIMENEL ORCID 0000000334238087 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-30T23:59:59 Ce projet doctoral a pour ambition d'étudier, de manière critique, comparative et interdisciplinaire, les développements récents en matière de conceptualisation, de planification et de gestion de la biodiversité en milieu urbain à travers la perspective ethnobiologique de la pratique collective de l'horticulture en ville. Des développements qui sont simultanément perceptibles : (i) dans les évolutions physiques du paysage urbain, qui se concrétisent par de nouvelles expérimentations urbanistiques et paysagères dans lesquelles la nature acquiert de nouvelles formes -parfois inédites- dépassant esthétiquement et écologiquement les fonctions légitimes qui lui ont été historiquement attribuées ; (ii) dans les nouveaux registres et modalités d'interaction, collectifs comme intimes, avec cette composante organique du tissu urbain qui apparaissent grâce à l'exercice collectif d'une horticulture populaire motivée par la quête d'une alternative qui semble ne jamais parvenir ; et enfin (iii), dans le bouleversement conceptuel et ontologique de la notion de «nature urbaine» dans lequel débouchent discursivement et phénoménologiquement les acteurs mobilisés dans ces expérimentations horticoles. Bouleversement permettant d'amorcer une profonde redéfinition des conditions d'existence du vivant dans un espace urbain où l'évolution et l'intensification des interactions quotidiennes entre l'individu et la plante offrent un pertinent support pour étudier les régimes d'altérités qui structurent le système-ville.
Concrètement, ce projet doctoral s'intéresse à la popularisation d'un corpus de connaissances et de pratiques horticoles et botaniques caractérisées par leur adaptation aux problématiques émergentes du milieu urbain contemporain. Ces pratiques apparaissent, dans un premier temps, comme le résultat d'une prise de conscience écologique face à la recrudescence des événements climatiques extrêmes et à la dégradation rapide des écosystèmes mondiaux propre à l'anthropocène avancé (Crutzen & Stroemer, 2000) et, dans un second temps, comme une réaction à la dégradation ressentie de la qualité de vie dans les grandes aires métropolitaines. Ainsi, l'intérêt de ce projet portera sur l'articulation entre les techniques déployées et les motivations avancées par ces acteurs qui semblent privilégier une conception de la nature urbaine reposant sur une compréhension plus écosystémique et métabolique de celle-ci (Swyngedouw, 1996), en rupture avec les modèles sociotechniques conventionnels qui ont historiquement interprété l'espace vert urbain comme un élément passif et neutre, dépourvu d'apparente autonomie.
Dans ce cadre, l'objectif de ce projet sera d'étudier comment l'urgence climatique et écologique oblige la ville -appréhendées ici comme l'ensemble des équilibres écologiques et métaboliques structurants du système-ville et résultants de la permanente interaction entre les pouvoirs publics locaux, la société civile organisée et les individus (mobilisés ou non)- à réimaginer de nouvelles façons de penser et d'intégrer la nature dans les tissus urbains qui aillent au-delà de l'intervention anecdotique. Et comment, par le biais de cet exercice conceptuel et expérimental, de nouveaux régimes d'interaction avec l'autre -comprenant ici l'interlocuteur non-humain- peuvent transgresser le cadre référentiel naturaliste occidental en nous permettant de faire évoluer notre perception de l'altérité par-delà celui-ci. Cette reconfiguration interactionnelle pourra également être mobilisée à l'heure d'expliquer la complexification et la sophistication de la compréhension collective du système urbain mobilisée par ces acteurs, leur permettant ainsi de traduire discursivement la volonté de passage d'un modèle urbain extractiviste par rapport à la périphérie, vers un autre fondé sur une conception métabolique et systémique de la ville en tant que système complexe (Sengupta, 2017).
Développer une approche réticulaire des démarches en écologie urbaine L'objectif central sera d'étudier, de manière comparative, la reconfiguration des régimes d'altérité entre l'humain et le végétal urbain à l'oeuvre au sein des collectifs d'horticulture participative des métropoles de Paris et de Madrid. Et ce, à travers l'expérience d'une pratique d'une horticulture engagée, menée dans un contexte de rupture avec la vision territorialisée et contenue de la ville caractéristique de la conscientisation des enjeux présentés par l'urbain-anthropocène (Mizra, 2021). La démarche ethnobotanique cherchera a déterminer comment, à travers l'expérience sensible collectivement incorporée de l'horticulture urbaine, tout comme par le travail réflexif et discursif mené à bien au sein même de ces communautés, se produit une ré-articulation des régimes d'altérité structurant le rapport entretenu avec la plante dans le milieu urbain (Simenel et al. 2026). Sur le plan méthodologique, ce projet envisagera deux registres de recherche complémentaires :
Le premier consistera en une immersion ethnographique chez différents collectifs impliqués dans la transformation végétale du paysage urbain, en accordant une attention particulière aux registres et aux modalités d'interaction qu'ils déploient/démontrent lorsqu'ils entrent en contact avec la matière organique végétale. L'objectif est de comprendre, à travers l'enquête sur l'expérience sensible des nouvelles modalités horticoles, les nouvelles modalités relationnelles que chaque groupe d'acteurs développe envers la végétation urbaine et, par extension, la conception de l'autre qui en résulte. Tant au niveau institutionnel -afin de comprendre plus en détail la politique environnementale officielle- qu'au niveau associatif -afin d'observer le déploiement de stratégies et d'innovations en horticulture- et éventuellement au niveau individuel -afin de mettre en évidence les comportements singuliers des individus impliqués dans la végétation urbaine. De même, les divergences ou les conflits pouvant surgir entre, ou au sein de, chaque groupe seront étudiés.
Le second empruntera davantage aux disciplines dérivées de la géographie physique, telles que l'analyse morphologique urbaine, la télédétection ou les SIG. Mais également aux sciences naturelles, telles que la botanique, l'écologie ou la climatologie urbaine. Cette approche méthodologique permettra d'évaluer empiriquement les évolutions du milieu physique afin de contextualiser et d'apprécier de manière pertinente les actions menées par les différents groupes. Contrairement à la recherche ethnobotanique, nous ne prétendons pas ici de réaliser une production scientifique inédite -car nous ne pouvons justifier une maîtrise théorique et pratique suffisante de ces disciplines- mais plutôt mobiliser la production scientifique récente et les outils informatiques préconçus afin d'étayer les phénomènes sociaux et horticoles observés sur une base physique cartographique concrète.
Le profil recherché
Publiée le 30/03/2026 - Réf : 9a5d70e03a3a8fa44cae16d0f1449748