Détail du poste
Établissement : Université Rennes 2 École doctorale : École doctorale Espaces, Sociétés, Civilisations Laboratoire de recherche : ESPACES ET SOCIETES Direction de la thèse : Benoit MONTABONE Date limite de candidature : 2026-06-15T00:00:00 Le projet vise à approfondir les connaissances sur la gentrification touristique en adoptant une démarche qualitative de prise en compte des émotions dans les rapports socio-spatiaux autour de la mise en tourisme des hauts lieux patrimoniaux. La thèse s'inscrit dans le tournant émotionnel des sciences sociales sur le tourisme et sur le patrimoine pour interroger la touristification du quotidien des habitants dans et à proximité de lieux patrimoniaux, et comprendre les réactions qu'elle suscite selon un gradient appropriation/acceptation/résignation/rejet. Cette « touristification du quotidien » s'entend comme le processus d'appropriation des pratiques quotidiennes locales, des modes de vie et des patrimoines locaux par des visiteurs extérieurs. En retour, le tourisme affecte les résidents locaux dans leur mode d'habiter, entre effet d'opportunité et contestation d'une intrusion touristique. Cette recherche originale permettra de mieux spécifier cette intrusion en partant du vécu émotionnel des habitants, permanents et temporaires, pour mieux comprendre le sentiment de dépossession qui s'exprime parfois violemment dans le débat public. Elle s'appuiera sur les méthodologies qualitatives de l'intime, notamment la tenue de « journaux intimes de la touristification » auprès de populations de différentes catégorie sociale, d'âge, de sexe et d'activité, résidentes à proximité de hauts lieux touristiques. La première hypothèse est la « cohabitation touristique par le travail », c'est-à-dire le fait d'accepter l'intrusion touristique pour pouvoir exercer son activité professionnelle et assurer son bien-être - ou sa survie - économique. La deuxième hypothèse est celle du « changement de statut patrimonial » : le passage d'un patrimoine de proximité à une reconnaissance labelisée augmente l'attractivité d'un territoire mais accentue le sentiment de dépossession de ses habitants. Cette thèse mènera une approche comparative dans des lieux relevant de formes de mise en tourisme différentes et dans différents contextes territoriaux, en Bretagne et en Turquie.
Le doctorant est rattaché au laboratoire ESO-Rennes et à l'Ecole Doctrale ESD, il bénéficie des moyens mis à disposition par ces structures pour mener à bien le projet de recherche.
Des bourses de soutien à la mobilité devront être sollicitées avec l'appui du directeur et de la directrice de thèse.
Le projet s'inscrit dans la continuité des travaux du laboratoire ESO sur la gentrification et les situations de tension liées à la fréquentation touristique sur le littoral breton. Ces travaux ont porté pour l'instant sur les problématiques du logement, en lien avec la question des résidences et résidents secondaires, et celles des mobilisations habitantes, à travers différents programmes de recherche et thèses en cours. Ces recherches ont mis à jour de nouvelles problématiques liées d'une part au sentiment de dépossession suite à la patrimonialisation, et d'autre part aux réactions habitantes parfois perçues comme contradictoire par les acteurs publics. Ce nouveau projet vise par conséquent à caractériser et objectiver ces réactions émotionnelles, et à comparer les territoires bretons avec d'autres territoires et d'autres processus de patrimonialisation pour interroger leur caractère exceptionnel ou banal. Le projet présenté s'inscrit dans une thématique structurante du laboratoire ESO, en lien avec les spécificités de la recherche sur le tourisme portées par ESO-Angers, à la croisée de son axe stratégique « Pratiques, expériences et représentations de l'espace » et de son chantier transversal « Patrimoine ». Sur le plan disciplinaire, le projet s'inscrit dans les approches sociales des pratiques touristiques et de la patrimonialisation, en mobilisant une approche novatrice de géographie des émotions. Il permet de dépasser la question des représentations en mobilisant les ressorts de l'intime, et pose un jalon dans le dialogue interdisciplinaire au sein des sciences sociales autour du concept d'habiter et de quotidienneté. La Turquie s'impose aujourd'hui comme une destination incontournable de la mondialisation touristique. Elle compte un nombre croissant de visiteurs internationaux pour devenir en 2024 le 5° pays destinataire du tourisme international. Cette mise en tourisme accélérée met en lumière des processus d'exclusion socio-spatiales très fortes, encore plus criantes qu'en Bretagne. En parallèle, elle connait une inflation patrimoniale pour des raisons économiques (aménités touristiques) et politiques (construction d'un nouveau récit national). Les premières études faites à l'automne 2025 montrent que les terrains turcs et bretons se prêtent particulièrement bien à la comparaison et au transfert de modèle, notamment du fait de la grande diversité des formes patrimoniales et de leurs statuts. Les terrains étudiés ont été sélectionnés sur des critères typologiques (type de mise en tourisme) et politique (formes et usages de la patrimonialisation) : des hyperlieux patrimoniaux centraux dans la mondialisation touristiques (Mont-Saint-Michel / Péninsule historique d'Istanbul) ; des patrimonialisations réticulaires en zone rurale (Enclos paroissiaux du Finistère / sites troglodytiques de Cappadoce), des effets de labélisation localisés (Label Petites cités de caractère/ Label Sakin Sehir (ville lente), des changements de statut de patrimoniaux aux conséquences politiques (Sud-Morbihan et Mégalithes / Murailles de Diayarbakir). Sur l'ensemble de ces catégories, le laboratoire ESO a déjà entrepris des recherches, rendant plus facile l'accès au terrain et l'effectivité de la comparaison dans le travail de thèse.
Publiée le 01/06/2026 - Réf : 7d1e43483bf12c7834c2edbd2b29ca9b