Établissement : Université de Perpignan Via Domitia École doctorale : Inter MED - Espaces, Temps, Cultures Laboratoire de recherche : FRAMESPA- France, Amériques, Espagne-Sociétés, pouvoirs, acteurs Direction de la thèse : Julien LUGAND ORCID 0000000225395518 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-25T23:59:59 L'étude de l'espace domestique constitue un champ relativement récent en histoire de l'art. Si l'historiographie française a été pionnière dans l'élaboration d'une méthodologie croisant l'histoire et la sociologie de l'art, ces études se sont essentiellement concentrées sur des 'capitales', des grands foyers, délaissant les villes de 'province'. Cette recherche souhaite combler cette lacune historiographique en étudiant les intérieurs nobles de la ville de Perpignan au XVIIIe siècle. Il s'agit d'analyser le cadre de vie de la noblesse perpignanaise à partir des importants fonds documentaires conservés (inventaires après décès, fonds « familles », cartes, relevés de la période révolutionnaire...), en les confrontant aux édifices, oeuvres, meubles et objets conservés ; aux collections et/ou ensembles reconstitués. A la croisée de l'histoire, de la sociologie de l'art, de l'histoire de la vie privée et des mentalités ; de l'étude des objets et des édifices, cette thèse propose de faire l'analyse du goût d'une classe sociale - la noblesse -, en un lieu -Perpignan -, et sur un siècle - le XVIIIe siècle -, afin d'en analyser les changements. Quelques années après l'annexion du Roussillon au Royaume de France (1659) voit-on apparaître une évolution ? Une francisation des goûts, des modèles, du 'paraître' (au sens de la représentation sociale) ? De la nature des collections (place, objets, provenance...) ? De l'aménagement et de la distribution des demeures ? De la persistance de certaines coutumes ou formes de sociabilité propres au Roussillon ? Cette thèse s'inscrit dans le prolongement d'une tradition académique française, née avec les travaux de Pierre Verlet, Annick Pardailhé-Galabrun, Daniel Roche, Philippe Ariès, Georges Duby et Maurice Rheims, qui ont constitué, à partir des années 1960, un socle permettant aux recherches de connaître un important développement avec les travaux d'Alexia Lebeurre, Anne Perrin-Khelissa, Anne Debarre et Monique Eleb (cf. bibliographie infra). Si l'ensemble de ces travaux s'est principalement concentré sur la ville de Paris ou des foyers artistiques remarquables, ils constituent cependant une base méthodologique et théorique essentielle ; un corpus de référence pour analyser les continuités et/ou les transformations entre la capitale, ces foyers et des villes de plus petite taille comme Perpignan. Qu'est-ce qu'un intérieur noble à Perpignan au XVIIIe siècle ? Que révèle-t-il de l'intime, de la culture, du quotidien des personnes qui y résident ? Les périodes de changements et d'instabilité politiques ont-elles eu des conséquences sur la typologie, les modèles, la distribution, l'organisation de ces intérieurs ? A l'inverse, les périodes de stabilité ont-elles favorisé une plus grande consommation artistique et le renouvellement des espaces domestiques ? Quels sont les modèles de représentation mobilisés par la noblesse ? Quelles similitudes, différences et hybridations peut-on observer dans leurs intérieurs ? Quels furent les vecteurs de diffusion des goûts et des nouvelles tendances dans l'organisation des intérieurs nobles ? Y-avait-il des collectionneurs à Perpignan au XVIIIe siècle ? Quels objets étaient concernés ? Quel était leur profil, leur culture, leur éducation ? Comment s'est déroulé le processus de confiscation des biens de la noblesse à la suite de la Révolution ? Quels critères ont été retenus pour accorder une valeur à ces biens ? Cette recherche se structure autour de quatre voies d'analyse : (1) le contexte historique et social, permettant de comprendre les structures sociales et familiales de la noblesse perpignanaise - les modes de constitution et de transmission du patrimoine ; l'impact des transformations urbaines mais aussi les conséquences de la Révolution pour la noblesse. (2) La question de la décoration intérieure des demeures, c'est-à-dire la culture matérielle que révèlent ces habitations, en se concentrant sur la fonction des objets, des ornements, des éventuelles collections, de la distribution des espaces et ce que cela révèle de la vie quotidienne de la noblesse. (3) Les systèmes de production et de circulation des modèles, des objets, des oeuvres ; le rôle des artisans spécialisés et des marchands ; la théorie de la distribution dans les demeures et son application dans les habitations nobles de Perpignan. (4) L'intérieur domestique comme espace de relation entre espace privé et espace public ; comme représentation de formes de sociabilité au sein du foyer où se retrouvent des thèmes cruciaux comme le goût, les espaces d'intimité et d'hygiène, la place des femmes et des enfants.