Détail du poste
Établissement : Université Lumière Lyon 2 École doctorale : NSCo - Neurosciences et Cognition Laboratoire de recherche : EMC - Laboratoire d'étude des mécanismes cognitifs Direction de la thèse : Stéphanie MASSOL ORCID 0000000248554489 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-31T23:59:59 Ce projet de thèse vise à examiner le rôle des compétences en orthographe et en compréhension de phrases dans la reconnaissance visuelle des mots écrits. La lecture experte repose sur une interaction dynamique entre des processus ascendants (traitement des informations orthographiques) et descendants (mobilisation des connaissances lexicales et contextuelles). Toutefois, la manière dont ces processus s'articulent en fonction des compétences individuelles demeure encore mal comprise. L'objectif de ce projet est d'identifier dans quelle mesure les compétences en orthographe et en compréhension de phrases modulent l'équilibre entre ces processus lors de la reconnaissance des mots écrits. En combinant des approches expérimentales en psychologie cognitive, l'utilisation de tests standardisés et l'étude des corrélats neurophysiologiques du système cognitif de la lecture, cette recherche visera à caractériser les profils de lecteurs et à mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à la variabilité interindividuelle. Les résultats attendus permettront d'affiner les modèles théoriques de la lecture et auraient des implications pour l'identification et la prise en charge des difficultés en lecture. De nombreuses études ont montré un effet de supériorité du mot, selon lequel l'identification d'une lettre est facilitée lorsqu'elle est présentée dans un mot plutôt que dans une suite de lettres sans signification (Adams, 1979 ; Grainger & Jacobs, 1994 ; Johnston & McClelland, 1974, Reicher, 1969 ; Wheeler, 1970). Ce phénomène est interprété comme le résultat d'influences top-down (i.e., traitement descendant) : les représentations lexicales activées par le mot facilitent le traitement des unités orthographiques plus élémentaires (McClelland & Rumelhart, 1981). Il témoigne ainsi d'une interaction entre niveaux lexical et prélexical dans la reconnaissance visuelle des mots.
Par ailleurs, le système visuel est capable d'extraire simultanément des informations à partir de plusieurs mots lors d'une seule fixation. Des travaux montrent un effet de supériorité de la phrase : les mots sont mieux identifiés lorsqu'ils apparaissent dans des séquences syntaxiquement correctes que dans des suites agrammaticales (Asano & Yokosawa, 2011 ; Massol et al., 2026 ; Snell & Grainger, 2017). Sur le plan neurophysiologique, les séquences grammaticales s'accompagnent d'une diminution de l'amplitude de la composante N400, signe d'une facilitation de l'accès lexico-sémantique (Wen & al., 2019). L'ensemble de ces résultats suggère que la structure syntaxique est extraite rapidement et en parallèle, indépendamment des processus lexicaux, et soutient ainsi l'idée que l'effet de supériorité de la phrase repose sur une activation précoce d'une représentation syntaxique (i.e., traitement ascendant), modulant l'activation des représentations lexicales (i.e., traitement descendant). En outre, Massol & Grainger (2025) montrent que l'identification des lettres est influencée à la fois par le mot et par la structure de la phrase. Les lettres sont mieux reconnues dans des mots que dans des pseudo-mots ou non-mots, et davantage encore lorsqu'elles apparaissent dans un contexte grammatical. Ces résultats indiquent des influences top-down à plusieurs niveaux, soutenant l'idée d'un traitement parallèle, à la fois des lettres dans les mots et des mots dans les phrases. Récemment, les travaux de Vandendaele et al. (2020, 2025) montrent que l'utilisation des informations syntaxiques dépend des objectifs de la tâche. L'effet de supériorité de la phrase n'apparaît que lorsque les participants jugent la grammaticalité d'une séquence, indiquant une utilisation accrue des contraintes syntaxiques globales. Les données ERP confirment cette flexibilité : bien qu'une réduction de la N400 soit observée dans tous les cas, seule la tâche de jugement grammatical engage une représentation syntaxique phrastique rapide (~500 ms), tandis que les tâches centrées sur un mot reflètent une intégration plus locale des informations lexicales et syntaxiques (Vandendaele et al., 2025).
L'ensemble des études présentées a été réalisé auprès de lecteurs adultes et s'appuie principalement sur des analyses de groupe, permettant de dégager des tendances générales mais pouvant masquer une forte variabilité interindividuelle. Or, les compétences linguistiques et cognitives varient significativement entre les individus, même au sein de populations homogènes (Andrews & Hersch, 2010 ; Andrews & Lo, 2012). Peu de travaux ont ainsi exploré comment ces différences modulent l'utilisation du contexte lors de la reconnaissance des mots. Cependant, certaines recherches ont mis en évidence que les lecteurs ayant de solides compétences en orthographe sont plus efficaces pour inhiber les interférences orthographiques et identifier des mots en contexte peu contraignant (Hersch & Andrews, 2012). Des études en EEG étendent ces résultats : les lecteurs plus compétents présentent une plus grande sensibilité au contexte sémantique, mise en évidence par une modulation accrue de la N400 (Dunagan et al., 2025 ; Milligan et al., 2025 ; Payne & Federmeier, 2019). La N400 reflète ainsi en partie la préactivation des mots attendus grâce au contexte. L'ensemble de ces résultats indiquent que l'influence du contexte sur le traitement lexical varie selon les compétences en orthographe et en compréhension.
La problématique générale de cette thèse est la suivante : dans quelle mesure les lecteurs, en fonction de leur niveau de compétences linguistiques (maîtrise de l'orthographe, richesse du vocabulaire, compréhension de phrases écrites), diffèrent-ils dans leurs modes de traitement du langage écrit ? Plus précisément, les effets de supériorité de la phrase ainsi que les effets d'intégration spatiale des informations phrastiques (sémantique et syntaxique) peuvent-ils être modulés par les compétences en lecture ?
L'objectif de ce projet est de déterminer dans quelle mesure les compétences en orthographe et en compréhension de phrases en lecture modulent l'équilibre entre les processus impliqués dans la reconnaissance des mots écrits. Il s'agira notamment d'examiner comment ces compétences influencent l'articulation entre le traitement ascendant des formes orthographiques et les mécanismes descendants liés à l'exploitation du contexte. Pour répondre à cette problématique générale, ce projet combinera différentes approches. Des paradigmes issus de la psychologie cognitive (Target-in-string identification task, Flanker task) seront employés. En plus, afin de mesurer objectivement les compétences en lecture de chaque participant, une série de tests standardisés sera employée pour évaluer les compétences de décodage, les compétences de compréhension de phrases et le niveau de vocabulaire. Cela permettra d'effectuer des analyses statistiques approfondies pour caractériser les profils de lecteurs et ainsi mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à la variabilité interindividuelle. Enfin, l'utilisation de la technique des potentiels évoqués permettra de mettre en évidence les corrélats neurophysiologiques des effets comportementaux en fonction des différents profils de lecteurs.
Le profil recherché
Publiée le 27/04/2026 - Réf : 60142483b0805d1459c0d0e9f0b8f919