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Thèse Evaluation Économique des Impacts du Changement Climatique sur les Services Rendus par les Écosystèmes Forestiers en Afrique de l'Ouest les Cas du Parc Niokolo Koba Sénégal et de la Réserve H/F

Doctorat.Gouv.Fr

  • Paris - 75
  • CDD
  • BEP, CAP
  • Service public d'état
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Les missions du poste

- pour le troisième objectif, nous effectuerons un examen complet de la littérature existante sur la gestion adaptative des forêts, les stratégies d'adaptation au changement climatique et les politiques de conservation des forêts. Cela permettra d'identifier les études de cas réussies, les meilleures pratiques et les enseignements tirés de diverses régions géographiques et de divers types de forêts ;
- pour le dernier objectif, abordant la question des recommandations, nous analyserons les politiques de conservation des forêts, les réglementations et les plans de gestion existants aux niveaux local, national et international et évaluerons l'efficacité, la cohérence et les lacunes des cadres politiques actuels pour faire face aux impacts du changement climatique sur les écosystèmes forestiers.

Le profil recherché

Le candidat devra démontrer un fort intérêt pour les interactions entre les écosystèmes forestiers, les pressions anthropiques et le changement climatique ainsi qu'une capacité à mobiliser des outils et concepts issus de l'économie de l'environnement, du développement durable, de l'écologie et de l'analyse territoriale. Il est essentiel que le candidat comprenne les enjeux liés à la dégradation des forêts et à l'érosion de la biodiversité tout en étant capable d'analyser les bénéfices économiques, écologiques et sociaux associés à leur préservation à court et long terme.
Le candidat devra maîtriser les méthodes d'évaluation économique des services écosystémiques, afin de quantifier la valeur des forêts et d'analyser les impacts des dynamiques de déforestation et de dégradation. Une expérience de terrain, bonne connaissance des dynamiques territoriales, des usages des ressources naturelles et des cadres institutionnels et de gouvernance en Afrique de l'Ouest sera également nécessaire.
Par ailleurs, le candidat devra être en mesure de mobiliser des compétences en économétrie, en analyse spatiale, en collecte et traitement de données de terrain, ainsi qu'en conduite de projets de recherche en contexte international, en intégrant des approches interdisciplinaires combinant économie, écologie et sciences sociales.
Ainsi, le candidat devra présenter un profil d'économiste tout en disposant de compétences en en économie de l'environnement, en économie agricole, en analyse territoriale et en gestion durable des ressources naturelles.

Bienvenue chez Doctorat.Gouv.Fr

Établissement : Université Paris-Saclay GS Economie & Management École doctorale : Droit, Economie, Management Laboratoire de recherche : UMI SOURCE - Soutenabilité et Résilience Direction de la thèse : Laurent DALMAS ORCID 0000000232647744 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-11T23:59:59 Le projet de thèse porte sur l'évaluation économique des services écosystémiques rendus par les forêts d'Afrique de l'Ouest, dans un contexte marqué par le changement climatique et l'intensification des pressions humaines. Les forêts jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat, la conservation de la biodiversité, la protection contre les catastrophes naturelles, le stockage du carbone et le soutien aux moyens de subsistance des populations. Pourtant, elles sont de plus en plus fragilisées par la déforestation, l'expansion agricole, l'exploitation du bois, les incendies, les sécheresses et d'autres perturbations climatiques.
En Afrique, la perte forestière est particulièrement élevée, alors même que les études économiques sur la valeur réelle des services rendus par ces écosystèmes restent encore rares, notamment en Afrique de l'Ouest. Or, mieux connaître cette valeur est indispensable pour orienter les politiques publiques, améliorer la gestion durable des forêts et renforcer leur conservation, surtout dans des pays disposant de ressources financières limitées. La plupart des travaux existants se concentrent sur certains usages directs des forêts, sans intégrer pleinement les valeurs indirectes et les valeurs de non-usage, pourtant essentielles pour estimer leur valeur économique totale.
La thèse s'intéresse plus particulièrement à deux sites : la forêt classée de la Lama au Bénin et le Parc national du Niokolo Koba au Sénégal. Ces deux espaces possèdent une biodiversité remarquable et jouent un rôle écologique, social et économique majeur. Cependant, ils subissent de fortes pressions : fragmentation, dégradation des habitats, braconnage, feux, exploitation des ressources et pression foncière. Dans les deux pays, des politiques de conservation, de reboisement et de gestion durable existent, mais elles restent confrontées à de nombreuses limites institutionnelles, économiques et sociales.
Le projet vise donc à analyser la valeur économique totale des services écosystémiques forestiers dans ces deux territoires, afin de produire des outils d'aide à la décision pour les acteurs publics et privés. Il s'agit de mieux prendre en compte à la fois les usages directs, indirects et les valeurs de non-usage. La recherche accordera aussi une attention aux savoirs écologiques traditionnels, qui peuvent contribuer à la gestion durable, tout en montrant leurs limites face aux transformations sociales et économiques actuelles.
En définitive, cette thèse ambitionne de combler un manque important de travaux en économie de l'environnement en Afrique de l'Ouest. Elle doit permettre de mieux quantifier la contribution des forêts au bien-être des populations, à la résilience climatique et au développement socio-économique, tout en apportant des éléments concrets pour améliorer les politiques de conservation au Bénin et au Sénégal. Le changement climatique est devenu l'un des problèmes les plus urgents et les plus complexes de l'humanité au XXIe siècle. Ses répercussions, profondément ressenties dans le monde entier affectent de manière significative les écosystèmes naturels et les sociétés humaines. Ces changements modifieront également la variabilité et les extrêmes climatiques, dont la fréquence des évènements de sécheresses ou des pluies abondantes (GIEC, 2007). Les effets actuels les plus visibles prennent la forme d'une modification de la fréquence et de la sévérité des perturbations naturelles comme les feux, les sécheresses, les tempêtes violentes, les infestations d'insectes et les maladies (Johnston et al., 2010). Cette variabilité du climat affectera notamment les forêts (Boccanfuso et al., 2014) et en réaction l'exploitation forestière (Ciesla, 1997).
Les forêts abritent une biodiversité exceptionnelle, fournissant un habitat vital à de nombreuses espèces végétales et animales, et jouent ainsi un rôle essentiel dans le maintien de la santé des écosystèmes terrestres. En effet, elles sont connues pour leur rôle important dans la régulation du climat, dans la protection des êtres humains contre les catastrophes et dans la fourniture d'aliments diversifiés pour la survie de l'humanité (Taye et al., 2021). Les forêts sont confrontées à un ensemble complexe de pressions non seulement anthropiques mais également environnementales (elles-mêmes souvent consécutives à des activités humaines) qui compromettent leur capacité à fonctionner de manière optimale en tant qu'écosystèmes et à fournir les services écosystémiques essentiels dont dépendent les populations locales (Amani et al., 2021). Véritables réserves de biodiversité, elles figurent ainsi parmi les écosystèmes les plus vulnérables à ces changements (Gonzalez et al. 2010) et leur rôle essentiel est donc crucial dans l'atténuation du changement climatique et l'adaptation à ce dernier.
L'Afrique a ainsi enregistré le taux annuel de perte forestière le plus élevé sur la période 2010-2020, avec 3,9 millions d'hectares perdus. Or, si les forêts gardent encore de nombreux secrets, c'est parce qu'elles sont de formidables réservoirs de biodiversité . Ainsi, cette richesse que possède les forêts confère donc également aux forêts d'Afrique de l'Ouest une valeur comparable à celle d'autres forêts du monde. Toutefois, la conservation de ces forêts se heurtent à de nombreux défis. Les pays d'Afrique de l'Ouest où se situent ces forêts n'ont pas forcément les ressources financières pour assurer leur préservation. Très peu d'études en Afrique de l'Ouest se sont malheureusement intéressées à l'évaluation économique des services rendus par ces forêts. Si Abdel Hamid (2018) a effectué sa thèse sur l'évaluation économique des services écosystémiques rendus par les aires marines protégées en Afrique de l'Ouest à travers l'exemple Parc National du banc d'Arguin-Mauritanie et en appliquant la méthode de l'évaluation contingente, les approches similaires pour évaluer les services écosystémiques rendus par les forêts en Afrique de l'Ouest restent rares. Pourtant, leur valorisation économique est cruciale pour orienter les politiques publiques et renforcer la conservation, surtout dans les pays à ressources limitées. L'appauvrissement de la biodiversité et le recul des contributions que la nature apporte aux êtres humains en Afrique se répercutent en outre de plus en plus sur la vie quotidienne des populations et nuisent au développement socioéconomique du continent (IPBES, 2018b).
Quelques évaluations menées au Bénin, et plus largement en Afrique de l'Ouest, ont effectivement confirmer la pluralité et la portée des services écosystémiques. Par exemple, Imorou et al. (2019) quantifient la déforestation et la dégradation forestière dans cinq aires protégées du Bénin, dont la forêt classée de la Lama, et démontrent la nécessité de mesures de restauration pour préserver ces services pour les populations. Les auteurs relèvent que la dégradation et la déforestation réduisent la fourniture des biens et services écosystémiques, affectant non seulement la stabilité écologique mais également les moyens d'existence. Dans d'autres contextes ouest-africains, tels que la Côte d'Ivoire à travers la REDD+ (Réduction des émissions de gaz à effet de serre dues à la déforestation et à la dégradation des forêts), l'évaluation économique des services écosystémiques a servi d'outil d'aide à la décision permettant d'orienter la gestion forestière dans une perspective de développement durable et d'économie verte. De plus, selon Sanon et al., (2024) les services écosystémiques contribuent de façon non négligeable à l'économie de la zone UEMOA-CEDEAO. Ils ajoutent que, les écosystèmes d'Afrique de l'Ouest revêtent une importance à la fois écologique, sociale, économique et culturelle considérable et tant aux niveaux nationaux, régionaux et mondial dans une approche liée au développement soutenable. Toujours d'après Sanon et al. (2024), les stocks de capital naturel protégé baissent rapidement en Afrique et continueront probablement à s'amenuiser si les actions menées ne sont pas intensifiées. Si l'érosion de la biodiversité se poursuit au rythme actuel, certaines projections anticipent une contraction annuelle de l'économie des pays de la région de l'ordre de 26 % du PIB de la croissance du PIB réel d'ici 2030, compromettant leur capacité à sortir de la pauvreté (World Bank, 2021).
Si l'on parle d'écosystèmes naturels, nous pouvons directement penser à la biodiversité, terme inventé pour la première fois par Walter G. Rosen à Washington en 1986 et qui a connu un succès rapide au sein du monde scientifique et politique. Selon la Convention sur la Diversité Biologique (CDB), la biodiversité peut être définie comme la « variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes ». Dès lors, la notion de biodiversité s'est installée dans les débats publics et dans les analyses économiques avec la publication de l'article de Costanza et al., en 1997. Les travaux qui ont suivi ont donc permis de sensibiliser les décideurs publics sur l'importance de préserver les espaces naturels fortement affectés par les activités anthropiques.
En France, plusieurs études ont été conduites pour évaluer économiquement la biodiversité. Par exemple, les travaux de Chevassus-au-Louis et al., (2009) proposent une analyse critique des différentes méthodes disponibles pour estimer la valeur économique de la biodiversité et des services écosystémiques. Cette approche distingue deux niveaux de biodiversité : d'une part la biodiversité dite « remarquable », et d'autre part, la biodiversité « ordinaire ». La première correspond à des entités reconnues par la société comme ayant une valeur intrinsèque fondée sur des critères non économiques. La deuxième ne possède pas une valeur intrinsèque identifiée mais son abondance et ses interactions multiples contribuent au fonctionnement des écosystèmes et à la production de services essentiels pour les sociétés humaines. Ainsi, cette distinction permet de mieux appréhender la diversité des valeurs associées à la biodiversité et de guider la prise de décisions publiques en matière de préservation et d'investissements dans les services écosystémiques. Cette synthèse s'appuie notamment sur l'analyse critique des méthodes d'évaluation économique telles que présentées dans ce rapport de Chevassus-auLouis et ses collaborateurs, qui reste une référence importante en France. À l'inverse, dans les pays africains, cette approche est encore peu employée pour évaluer les services rendus par la biodiversité. La plupart des études qui ont été menées n'ont pas pris en compte les valeurs de non-usage et donc se sont uniquement appuyés sur les valeurs d'usage.
Le Bénin, pays de l'Afrique de l'Ouest couvre une superficie de 114.763 km2 avec 1.457.247 ha occupés par des formations forestières. D'après les travaux de Mama et al. (2013), les forêts représentaient 16% de la superficie totale du pays en 2006. Le Bénin enregistre une perte d'environ 70.000 hectares de forêts par an. Les forêts couvraient 70,4 % du territoire national en 2007, puis 47 % en 2010, 68.5 % en 2016 et 51,15% en 2019. Cela représente une diminution d'environ 22 % de leur surface et un taux de déforestation de 2,2 % par an .
En dehors des parcs nationaux et des zones cynégétiques qui sont dans un état de conservation plus favorable à la conservation de la diversité biologique, les forêts classées sont très peu étudiées. Face aux défis du secteur forestier, le gouvernement béninois a mis en oeuvre des politiques visant la conservation des forêts, la gestion durable des ressources forestières et l'atténuation du changement climatique, notamment à travers le Programme d'Action du Gouvernement (PAG) 2016-2021, aligné sur les Objectifs de Développement Durable et la Vision Bénin Alafia 2025. Dans cette dynamique, la politique forestière 2023-2032 a été actualisée afin de remplacer celle de 1994, jugée obsolète, et prévoit notamment le reboisement de 150.000 hectares d'ici 2030 ainsi que la mise en place d'un système de gestion forestière plus résilient. Dans le but de garantir une production et une gestion durable du bois d'oeuvre, l'Office National du Bois (ONAB) du Bénin gère actuellement plus de 20 000 ha de plantations de teck . En février 2023, la superficie totale reboisée était estimée à 17 730 ha sur les 22 000 ha prévus dont 13 715 ha de plantations de bois énergie (Acacias auriculiformis) et 4 015 ha de plantations de bois d'oeuvre (Tectona grandis) . Le gouvernement béninois a mis en place plusieurs politiques et programmes visant la préservation des forêts et de la biodiversité, à travers le reboisement, la gestion communautaire, l'écotourisme et la valorisation des services environnementaux, afin de lutter contre la désertification, restaurer la biodiversité et renforcer la séquestration du carbone. Malgré des avancées en matière de cohérence réglementaire et de retombées socio-économiques (emploi rural, participation communautaire), des défis majeurs persistent, notamment la pression démographique, la déforestation, l'expansion agricole, la dépendance à l'aide extérieure et la coordination institutionnelle insuffisante.
La forêt classée de la Lama, au Bénin, couvre une superficie de 16.250 hectares et est localisée dans la partie sud de la République du Bénin. Elle se situe entre 6°55'et 7°00' de latitude nord et entre 2°04' et 2°12' de longitude est (Fonton et al., 2022). Selon Emrich et al. (1999), sa végétation naturelle comporte environ 173 espèces de plantes, réparties en 67 familles dont les plus importantes sont les Rubiaceae (15 espèces), les Caesalpiniaceae (11 espèces), les Euphorbiaceae et les Papillionaceae (9 espèces chacune) et les Sapindaceae (8 espèces). Différents travaux dont ceux de Kassa (2001) et Nobimè (2002) ont permis de faire un inventaire de la faune de la Lama constituée d'antilopes (céphalophes), de rongeurs, de primates de la famille des Cercopithecideae, de suidés comme le potamochère (Potamochoerus porcus). Anciaux (1996) y a dénombré 124 espèces d'oiseaux mais une estimation plus récente donne 171 espèces, dont 91 sont liées aux zones forestières, 51 aux savanes et 29 sont ubiquistes (Emrich et al., 1999). L'activité principale exercée par la population se trouvant dans la zone de la forêt classée de la Lama est l'agriculture, caractérisée par les cultures sur brûlis, à laquelle s'ajoutent l'exploitation forestière (travaux de pépinière, balivage, bûcheronnage, débardage), l'élevage, la chasse et le petit commerce . Sa gestion est actuellement assurée par l'ONAB (Office Nationale du Bois) avec les populations locales. La Lama fait justement l'objet d'attention particulière du gouvernement béninois pour inverser le fort degré de fragmentation qu'elle avait subi avant 1980 (MEPN, s.d.).
Le Sénégal, pays lui aussi situé en Afrique de l'Ouest, est limité au nord par la Mauritanie, à l'est par le Mali, au sud par la Guinée et la Guinée-Bissau, et à l'ouest par la Gambie et l'océan Atlantique. Selon les données de la Banque mondiale, il couvre une superficie de 196 710 km² et compte une population d'environ 18.032.473 habitants . Selon une étude de Solly et al. (2020), entre 1987 et 2018, la forêt claire et la savane boisée ont perdu respectivement 66.485,5 ha et 36.470,6 ha de leur superficie, en faveur des zones de culture et des savanes arborées. D'après un rapport de la FAO (2020), le taux annuel de régression des forêts s'élève à 40 000 ha, illustrant la pression croissante exercée sur les écosystèmes forestiers.
Créé en 1954, le Parc national du Niokolo Koba (PNNK) est inscrit depuis 1981 au patrimoine mondial et à Réserve de biosphère. S'étendant sur 913.000 ha à cheval sur les régions de Tambacounda, Kédougou et Kolda, il comporte une grande diversité écologique et biologique. Il renferme au moins 1 500 espèces de plantes à fleurs (Ba et Noba, 2001), 330 espèces d'oiseaux, 80 de mammifères, 60 de poissons, 36 de reptiles et 20 d'amphibiens. Ce site représente une zone de haute densité de biodiversité et un refuge pour plusieurs grands mammifères. Si la forêt de la Lama au Bénin est une forêt dense sèche semi-décidue, le PNNK est, lui, constitué de savanes boisées et des forêts-galeries. Mais selon, l'IUCN (2025), la combinaison de beaucoup de types de pressions (braconnage, pâturage, exploitation minière, présence d'espèces envahissantes, coupe de palmier rônier) mène à une détérioration des habitats et de la conservation de la faune. La répétition de feux mis en oeuvre par l'administration du parc sans planification participe aussi à la détérioration. L'orpaillage illégal, bien que considérablement réduit, reste avec le braconnage et le bétail errant l'une des principales infractions observées pour la plupart à la périphérie du bien. Ce parc figure depuis 2007 parmi les sites en péril. La fragilisation du PNNK s'explique en partie par la méconnaissance des enjeux patrimoniaux et de la valeur économique réelle des services écosystémiques qu'il fournit. Au Sénégal, la contribution de la foresterie à l'économie nationale représente environ 1% du PIB et 5 à 6% du PIB du secteur primaire. Dans ce contexte, l'évaluation économique des services écosystémiques du PNNK revêt une importance particulière.
Le Sénégal reconnaît dans sa législation que tout individu a droit à un environnement sain ; ce principe est consacré par le Code de l'environnement de 2001 qui reste une référence en matière de droit environnemental national. Ce code de 2001 définit l'environnement comme patrimoine national dont la protection et l'amélioration sont d'intérêt général et incombent à l'État et aux collectivités locales. Le nouveau Code de l'environnement adopté en 2023 remplace le texte de 2001 afin de mieux répondre aux enjeux actuels comme la pollution, l'exploitation des ressources et les évaluations environnementales . Ce nouveau Code de l'environnement souligne notamment l'importance des évaluations environnementales préalables pour tout projet susceptible d'impacter durablement les écosystèmes, un instrument clé pour concilier développement et protection du vivant. Sur le plan forestier, la loi n°2018-25 du 12 novembre 2018 portant Code forestier structure la gestion des forêts, des arbres hors-forêt et des terres à vocation forestière, en renforçant le rôle de l'État et des collectivités dans la gouvernance forestière . Le cadre législatif sénégalais intègre également des stratégies alignées avec les engagements internationaux, notamment les conventions sur la biodiversité et le climat, bien que ces stratégies ne soient pas toujours centralisées dans un seul document légal accessible en ligne. En matière de restauration et reboisement, des initiatives comme la création de l'Agence sénégalaise de la Reforestation et de la Grande Muraille Verte visent à combattre la désertification et à renforcer la résilience des écosystèmes face aux changements climatiques. Enfin, les aires protégées, telles que le PNNK, restent des piliers concrets de la conservation in situ, bien que leur gestion soit confrontée à des menaces persistantes comme le braconnage et la pression anthropique sur les habitats forestiers.
Un article de Sinthumule (2023) montre cependant que de savoirs endogènes existent. En effet, d'après Berkes (1993) cité par Sinthumule (2023), les SET (Savoirs Ecologiques Traditionnels) sont « un ensemble cumulatif de connaissances et de croyances, transmis de génération en génération par transmission culturelle, concernant les relations des êtres vivants (y compris les humains) entre eux et avec leur environnement ». De plus, elle rajoute que « ces connaissances diversifiées, développées au fil des générations sont encore appliquées par les communautés locales dans de nombreuses régions d'Afrique et présentent un fort potentiel pour la conservation in situ de la biodiversité ». Cependant, d'après (Phuthego et Chanda, 2004 ; Diawuo et Issifu, 2017) cités par Sinthumule (2023), « les savoirs écologiques traditionnels (SET) sont menacés par l'évolution des moeurs et des pratiques culturelles (notamment le christianisme et l'islam), l'éducation formelle, la modernisation et les nouveaux contextes politiques ». Dans le même sens, d'après Asante (2017) cité par Sinthumule (2023), dans la région Ashanti du Ghana, la négligence des savoirs écologiques traditionnels (SET) dans la gestion des forêts publiques est notamment justifiée par leur perception comme barbares, non scientifiques, inhumains et obsolètes. Par ailleurs, Carrière (2003) dit que « les règles sociales de diversité des droits fonciers jouent un rôle important sur la structuration du terroir en contribuant au maintien du couvert forestier. Ces règles sociales, en maintenant une hétérogénéité spatiale, participent à la gestion traditionnelle et durable de la forêt ». Néanmoins, si les savoirs autochtones de gestion forestière, tels que le système Kobbo du peuple Shekachoo ont historiquement contribué à la conservation durable des forêts, leur affaiblissement progressif face aux pressions anthropiques croissantes notamment l'expansion des investissements agricoles à grande échelle et l'érosion intergénérationnelle des connaissances révèle leur insuffisance actuelle à assurer seuls la protection des écosystèmes forestiers. À ce titre, d'après Ameneshewa et al. (2023), les jeunes «pensent que ce savoir traditionnel et les pratiques de protection des forêts sont actuellement obsolètes et inefficaces». Dès lors, vu ces limites, il et donc il serait pertinent de développer des indicateurs, des moyens de paiements comme les PSE, et d'améliorer les programmes comme le REDD+ qui, d'après plusieurs ONG, ont échoué à réduire la déforestation à grande échelle dans certains cas et pour que les populations afin qu'ils protègent au mieux les forêts. L'objectif principal de cette thèse de doctorat est de réaliser une évaluation économique des services fournis par les écosystèmes forestiers en Afrique de l'Ouest en utilisant forêt de la Lama au Bénin et le Parc National de Niokolo Koba au Sénégal comme études de cas et de mesurer les impacts du changement climatique et des pressions anthropiques sur cette valeur. Ce questionnement permet ainsi de déboucher sur une série d'objectifs spécifiques pour cette thèse, à savoir :
1 - Quelles sont les dynamiques de pression sur les forêts de deux zones d'Afrique de l'Ouest (Bénin et Sénégal), et comment le changement climatique et les usages humains les influencent-ils ?
2 - Comment les préférences hétérogènes et le consentement à payer des ménages riverains de la Lama (Bénin) et du Niokolo Koba (Sénégal) pour les attributs de gestion forestière influencent-ils la valorisation des SE, les comportements économiques, le bien-être local et la conception d'instruments incitatifs pour l'atténuation climatique ?
- quelle perception ont les Béninois/Sénégalais de l'utilité des services écosystémiques rendus par les forêts de Lama et Niokolo Koba, et quels sont les principaux déterminants de cette perception ?
- quelles sont les valeurs économiques (usage direct, indirect, non-usage) associées aux écosystèmes forestiers dans ces territoires ? Et quels sont les principaux déterminants de ces valeurs?
- comment la valorisation des services forestiers affecte-t-elle les comportements économiques, le bien-être des populations et l'efficacité des actions d'atténuation du changement climatique ?
- quelles méthodes économiques d'évaluation sont les plus adaptées aux contextes locaux ?
3 - Quelle est l'efficacité additionnelle des politiques de conservation forestière et d'atténuation climatique en Afrique de l'Ouest (aires protégées, reboisement) sur la réduction de la déforestation, et quels modérateurs (institutionnels, économiques, socio-démographiques) expliquent les hétérogénéités ? (pistes d'action pour la gestion durable et la gouvernance participative des forêts (conciliation entre communautés locales, décideurs et quels acteurs économiques)
4 - Dans quelle mesure un cadre d'aide à la décision optimise-t-il les stratégies de gestion adaptative des forêts de Lama/Niokolo, conciliant conservation, atténuation climatique et résilience socio-économique ?
- quels indicateurs territorialisés de valorisation forestière, intégrant les dimensions économiques, sociales et environnementales ?
- pistes d'action pour la gestion durable et la gouvernance participative des forêts (conciliation entre communautés locales, décideurs et quels acteurs économiques) Ce travail utilisera une approche interdisciplinaire (écologique, économique et institutionnelle) fondée sur le cadre du Millennium Ecosystem Assessment.
- pour le premier objectif, la méthodologie reposera sur une approche combinant la télédétection et les systèmes d'information géographique (SIG) afin d'analyser les dynamiques de pression qui affectent les forêts dans les deux zones d'étude au Bénin et au Sénégal. Elle consistera d'abord à exploiter des images satellitaires pour identifier et comparer les changements d'occupation et d'usage des sols sur plusieurs périodes. Ces traitements permettront de produire des cartes de l'évolution du couvert forestier et de localiser les zones les plus exposées. Ensuite, une analyse spatiale sera réalisée pour repérer les hotspots de pression, c'est-à-dire les secteurs où se concentrent le plus fortement les effets conjugués des usages humains et des contraintes climatiques. L'intégration dans le SIG de variables environnementales et anthropiques permettra ainsi de mieux comprendre comment le changement climatique et les activités humaines influencent la transformation des paysages forestiers dans les deux contextes étudiés.
- pour le deuxième objectif, dans la littérature, nous retrouvons des techniques d'évaluation économique telles que l'évaluation contingente (Yelkouni, 2005 ; Garcia et al., 2011) ou la méthode des choix expérimentaux (Louviere et al., 2000 ; Rambonilaza et al., 2007 ; Feyisa et Mekonnen, 2020) pour évaluer la volonté de payer pour différents services écosystémiques forestiers parmi les différents groupes de parties prenantes et les méthodes par les coûts des dommages (ou dommages évités), celles par les coûts de remplacement ou encore celles par les coûts d'opportunité pour évaluer par les coûts observables ou estimés. Plus largement, la littérature a mobilisé différentes approches pour évaluer la valeur économique des forêts. Certaines études se sont intéressées à la valeur de non-usage des forêts isolées des hautes terres du Royaume-Uni (Garrod & Willis, 1997), tandis que d'autres ont analysé les préférences de la population pour la biodiversité associée à différents types de forêts (Hanley et al., 2002). D'autres travaux ont, quant à eux, estimé les préférences individuelles pour des attributs forestiers spécifiques (Adamowicz et al., 1998) ainsi que pour les options de gestion et les caractéristiques attendues des forêts privées (Horne et al., 2005). Dans notre cas, nous envisageons d'utiliser la méthode des choix expérimentaux (DCE). Elle présente des scénarios hypothétiques pour évaluer les préférences des individus (dans notre cas des agriculteurs, riverains et autres personnes exploitant la forêt) pour des changements dans les services écosystémiques fournis par le patrimoine naturel ou culturel. Au lieu de demander directement le consentement à payer de l'individu, on le déduit de ses choix successifs. Elle occupe aussi désormais une place importante dans l'évaluation économique environnementale. La démarche retenue pour évaluer les services écosystémiques de la forêt s'articule en trois étapes. La première consiste en une revue de littérature visant à identifier les attributs et niveaux mobilisés dans des DCE comparables appliquées aux forêts, afin d'ancrer le design expérimental. La deuxième étape repose sur des entretiens semi-structurés avec les parties prenantes. Cette étape est méthodologiquement nécessaire pour sélectionner des attributs pertinents, définir des niveaux plausibles et contextualiser les scénarios soumis aux répondants. Dans notre étude, ces entretiens serviront à valider les attributs issus de la littérature, à tester leur compréhension par les répondants et à identifier le vecteur de paiement adapté au contexte local. La troisième étape consiste en l'enquête quantitative par DCE : sur la base des étapes précédentes, un design expérimental sera construit sous Ngene, le questionnaire comprendra des choix entre scénarios de gestion forestière, un attribut monétaire permettant le calcul du consentement à payer, et des questions de debriefing. Les données seront analysées par des modèles logit conditionnel, logit à paramètres mixtes ou de classe latente selon l'hétérogénéité observée.

Publiée le 18/04/2026 - Réf : ec4b279f3d58f0a3c78a3c9dfe3fd95f

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